mercredi 22 octobre 2008

La déclaration de principes adoptée par la convention nationale du 14 juin 2008

Le Parti socialiste plonge ses racines dans la tradition de l’humanisme et dans la philosophie des Lumières. Il fait siennes les valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, proclamées par la Révolution Française. Il est né de la rencontre entre une pensée critique, riche et diverse, et l’action du mouvement ouvrier qui, pendant deux siècles, ont porté une contestation de l’organisation sociale façonnée par le capitalisme et ont défendu le projet d’une société solidaire dont tous les membres jouissent des mêmes libertés et des mêmes droits. Il revendique le souvenir de 1848, avec l’abolition de l’esclavage, de la Commune, l’héritage de la République, de son œuvre démocratique, et de son combat pour la laïcité, les grandes conquêtes sociales du Front Populaire, de la Libération, de mai 68, de mai 81 et des gouvernements de gauche qui se sont succédé depuis. Il participe des grandes batailles politiques et intellectuelles pour la liberté et la justice, de l’Affaire Dreyfus à l’abolition de la peine de mort. Il fait sienne la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948.

Ces ambitions sont plus que jamais d’actualité. Pour les socialistes, l’être humain est un être doué de raison, libre, un être social qui grandit de sa relation aux autres, ouvert à toutes les potentialités. C’est pour cela que les conditions dans lesquelles il vit sont essentielles. Bâtir un monde nouveau et meilleur, respectant la dignité de la personne humaine et assurant la sauvegarde de la planète est la tâche première des socialistes, celle qui motive un engagement renouvelé pour le progrès au fil des générations, par-delà les moyens mis en œuvre, qui, eux, se formulent différemment dans le temps selon les enjeux et les problèmes. Le socialisme démocratique veut être explication du monde, une pédagogie de l’action, une promesse d’avenir pour l’humanité. Sa nature est «d’aller à l’idéal et de comprendre le réel », d’inventer le futur et de travailler dans le présent, d’assumer les tensions et les contradictions qui en résultent et font la vie humaine.

I - NOS FINALITES FONDAMENTALES

Art 1

Être socialiste, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est, c’est vouloir changer la société. L’idée socialiste relève, à la fois, d’une révolte contre les injustices et du combat pour une vie meilleure. Le but de l’action socialiste est l’émancipation complète de la personne humaine.

Art. 2

L’égalité est au cœur de notre idéal. Cette volonté n’a de sens que par et pour les libertés. Egalité et liberté sont indissociables. Aux injustices et aux violences du monde, l’idée socialiste oppose un engagement pour une humanité libre, juste, solidaire, fraternelle. Elle porte un message universel, dès lors qu’il s’agit de défendre les droits fondamentaux de chacun et de tous. Pour les socialistes, ces objectifs ne peuvent être atteints à partir du fonctionnement spontané de l’économie et de la société. La redistribution permanente des ressources et des richesses est nécessaire pour donner une réalité à l’égalité des droits, offrir à chacun les chances de conduire sa vie, réduire les écarts de condition et combattre la pauvreté.

Art 3

Le développement durable doit permettre de répondre aux besoins du présent, sans compromettre l’avenir des générations nouvelles. Les finalités du socialisme démocratique portent pleinement la volonté de préserver notre planète aujourd’hui menacée particulièrement par les risques de changement climatique et la perte de la biodiversité, de protéger et de renouveler les ressources naturelles, de promouvoir la qualité de l’environnement. Cette nécessité demande des réponses qui ne privilégient pas la rentabilité immédiate, mais concilient l’intérêt général et les intérêts particuliers. Conscients de l’étroite interaction des activités humaines et des écosystèmes, les socialistes inscrivent la prise en compte de la planète au même rang de leurs finalités fondamentales que la promotion du progrès et la satisfaction équitable des besoins.

Art 4

Le progrès, synonyme d’amélioration des conditions de la vie humaine, est une valeur fondamentale pour les socialistes. Ils pensent que l’exercice de la raison doit être accessible à tous, acceptable par tous, applicable à tout. Ils promeuvent la connaissance, la recherche, la culture.

Ils veulent mettre les avancées scientifiques et technologiques au service des hommes et de la planète. Celles-ci posent des questions essentielles pour l’avenir de l’humanité. Les socialistes défendent le principe de précaution qui permet d’effectuer des choix collectifs par l’arbitrage démocratique et subordonne l’acceptabilité des risques, inséparables du développement de la science, à l’utilité des innovations et à la légitimité de leurs utilisations.

Le progrès économique et social ne peut plus être apprécié à l’aune de la seule croissance de la production marchande, mais doit l’être à l’aide d’indicateurs reflétant la qualité effective des conditions d’existence et de travail des individus.

Art 5

La démocratie représente, à la fois, une fin et un moyen. Elle incarne une valeur et un combat universels. Elle conditionne la nature même de l’action socialiste. Elle ne se résume pas à une méthode. Être socialiste, c’est penser que les femmes et les hommes décidés à agir ensemble peuvent influer sur l’évolution de leur vie, de leur société et du monde. Notre socialisme est une conception et une pratique de la citoyenneté dans tous les domaines et sous toutes ses formes. Démocratie politique et démocratie sociale, démocratie représentative et démocratie participative forment un tout pour permettre la délibération et la décision collectives.

II - NOS OBJECTIFS POUR LE XXIème SIECLE

Art 6

Les socialistes portent une critique historique du capitalisme créateur d’inégalités, facteur de crises, et de dégradations des équilibres écologiques, qui demeure d’actualité à l’âge d’une mondialisation dominée par le capitalisme financier.

Les socialistes sont partisans d’une économie sociale et écologique de marché, une économie de marché régulée par la puissance publique, ainsi que par les partenaires sociaux qui a pour finalité la satisfaction des besoins sociaux essentiels. Le système voulu par les socialistes est une économie mixte, combinant un secteur privé dynamique, un secteur public efficace, des services publics de qualité accessibles à tous, un tiers secteur d’économie sociale et solidaire.

Les socialistes affirment que certains biens et services ne doivent pas relever du fonctionnement du marché quand ils concernent les droits essentiels. Ils font de la création et de la redistribution des richesses un enjeu majeur de l’action politique.

Art 7

Les socialistes défendent un nouveau modèle de développement, à l’échelle de la planète, qui conjugue la croissance, l’innovation, l’impératif écologique, la création d’emplois, la protection sociale. Les socialistes se préoccupent non seulement de la quantité des richesses produites et de leur distribution, mais aussi de la manière de les produire et du contenu de la production. Les socialistes agissent pour que la croissance économique et la production de richesses s’effectuent en réduisant les prélèvements sur les ressources non renouvelables et en renforçant la cohésion sociale.

Art 8

Le travail humain est un enjeu et un droit fondamental, c’est un moyen individuel et collectif d’insertion, de reconnaissance, d’émancipation. Les socialistes refusent et combattent une société duale où certains tirent leurs revenus de l’emploi et d’autres sont enfermés dans l’assistance ou l’exclusion. Ils défendent le principe d’une société qui donne à tous les moyens de vivre dans la dignité et lutte contre les handicaps de la vie. La qualité de l’emploi est un objectif fondamental qui suppose une rémunération juste, des droits garantis et respectés, un accès à la formation tout au long de la vie favorisant la promotion professionnelle et sociale, un droit à la santé au travail. Le travail doit aller de pair avec un mode de vie qui donne du temps libre, l’accès à la culture et au sport, offrant à chacun la possibilité de construire sa vie et de participer à la vie publique, et fait toute sa place au secteur non marchand.

Art 9

Une tâche tout aussi importante est de réactualiser ce qui est l’apport propre du socialisme démocratique dans le siècle dernier, l’État social, qui permet aux réponses collectives de satisfaire les besoins individuels dans leur diversité. Celui-ci privilégie d’abord l’investissement productif au détriment de la rente et de la spéculation. Il doit être un État qui investit et émancipe en privilégiant l’éducation, la recherche, l’innovation, la culture. Il assure une protection contre les risques sociaux. Il repose sur une redistribution assumée et la mise en œuvre d’une fiscalité progressive. Il doit garantir pour tous, la sécurité des personnes et des biens sans laquelle il n’y a pas de liberté réelle. La régulation est un des rôles majeurs de l’État pour concilier l’économie de marché, la démocratie et la cohésion sociale et territoriale.

Art 10

Lutter pour la paix, la sécurité collective, le co-développement correspond à la vocation internationaliste des socialistes. C’est notre horizon pour le siècle qui commence. Le combat pour une communauté internationale pacifique est indissociable de la défense des droits de l’Homme, et de la lutte pour la justice sociale. Il demande également de reconnaître les intérêts propres des États et des peuples, de travailler à dégager les intérêts communs pour construire un monde équilibré, juste et sûr. Il exige aussi un double effort pour conforter, réformer et démocratiser les institutions internationales. Il demande enfin une gestion solidaire des biens publics mondiaux au premier rang desquels le climat, l’eau, la bio-diversité. C’est pourquoi, nous avons besoin du renforcement des Nations unies, et du poids de l’Union européenne et de sa détermination.

Art 11

La volonté des socialistes est de contribuer à faire de la France un pays ouvert, respecté dans le monde, oeuvrant pour la paix, les droits de l’Homme et le développement durable. La France est, de par son histoire, à la fois, singulière et universaliste, elle doit être fidèle à ce double héritage. Elle doit combattre les discriminations et protéger les droits fondamentaux des immigrés.

III - NOTRE PARTI SOCIALISTE

Art 12

Le Parti socialiste est un parti républicain. Il s’organise au service de l’engagement citoyen. Il fait siennes les valeurs de la République, la Liberté, l’Egalité, la Fraternité, la Laïcité. Il prône la séparation des pouvoirs, garantie d’un régime de responsabilité politique. Il défend le pluralisme et l’indépendance de l’information dans les médias. Pour lui, la Nation n’est pas une juxtaposition de communautés, mais un contrat entre citoyens libres. Elle respecte les droits de toutes celles et de tous ceux qui vivent sur son sol, et veille à ce que chacun accomplisse ses devoirs vis-à-vis d’elle. Le Parti socialiste se donne pour ambition de favoriser l’adhésion de toutes et de tous aux valeurs de la République.

Art 13

Le Parti socialiste est un parti laïque. Il défend la séparation des Églises et de l’État et le caractère laïque de l’école publique. Il veille à la liberté de conscience. La laïcité est plus qu’un principe de tolérance, elle est un combat contre tous les fondamentalismes, tous les intégrismes, et tous les sectarismes. Elle entend promouvoir et organiser un espace commun, respectant les religions, dès lors qu’elles s’exercent dans le cadre de la loi et ne sont pas un obstacle pour les libertés individuelles et collectives. La laïcité est une condition de notre vivre ensemble dans la République.

Art 14

Le Parti socialiste est un parti réformiste. Il entend exercer les responsabilités de gouvernement, à tous les niveaux, afin de changer la société. Il porte un projet de transformation sociale radicale. Il sait que celle-ci ne se décrète pas, qu’elle résulte d’une volonté collective forte assumée dans le temps, prenant en compte l’idéal, les réalités et l’histoire. Le Parti socialiste veut contribuer à changer la vie avec la société et par la société, par la loi et le contrat. Il ne considère jamais les rapports de force d’un moment comme figés ou indépassables. Il entend lutter contre tous les déterminismes sociaux, source d’injustices et d’inégalités.

Art 15

Le Parti socialiste est féministe. Il agit en faveur de l’émancipation des femmes. Il œuvre pour l’égalité entre les femmes et les hommes, la parité et la mixité de la société. Il garantit aux femmes l’accès aux droits fondamentaux qui assurent la maîtrise de leur corps. Il défend l’égalité salariale et professionnelle entre les hommes et les femmes.

Art. 16

Le Parti socialiste est un parti humaniste. Il lutte contre toutes les formes de discriminations quelles que soient les origines et les causes. Il condamne la marchandisation du corps humain et du vivant. Il combat toutes les atteintes à l’intégrité et à la dignité humaines en raison de l’orientation sexuelle.

Art 17

Le Parti socialiste est un parti décentralisateur. Il met le respect de la diversité des territoires, au cœur de ses valeurs. Il veut allier la présence d’un Etat régulateur, garant de l’égalité républicaine et de l’équilibre – y compris financier- entre les territoires, à une démocratie locale vivante et innovante.

Art 18

Le Parti socialiste est attaché aux grands principes de la Justice. Il veille à la protection des libertés tant publiques qu’individuelles. La justice est une valeur et une institution. Elle est garante de la réalité des droits de chacun. Elle doit être accessible, indépendante et égale pour tous. Elle a pour mission de sanctionner mais aussi de contribuer à la prévention et d’aider à la réhabilitation et à la réinsertion dans la société.

Art 19

Le Parti socialiste met la culture et l’éducation au centre de ses valeurs.

La culture permet à la fois, de rassembler et de libérer. Face au danger de l’uniformisation et la marchandisation, la culture, avec l’apport irremplaçable des artistes et des créateurs, contribue à construire un monde fondé sur la diversité, le dialogue, l’ouverture. Les technologies numériques peuvent y concourir à condition d’en préciser le cadre démocratique et les règles pluralistes.

L’éducation et la formation sont une condition majeure de l’émancipation de chacun, et de la démocratisation de notre société. Elles décident de l’avenir de notre pays. Le Parti socialiste doit veiller à ce que tous aient le même accès à l’éducation et à la formation.

Art 20

Le Parti socialiste est un parti européen. Il agit dans l’Union européenne qu’il a non seulement voulue de longue date, mais contribué à fonder. Il revendique le choix historique de cette construction et la place dans la perspective d’une Europe politique, démocratique, sociale et écologique. Pour les socialistes, celle-ci doit avoir pour mission, par ses politiques communes d’assurer la paix sur le continent et d’y contribuer dans le monde, de favoriser une croissance durable et le progrès social, de conforter le rôle des services publics, de promouvoir la créativité et la diversité culturelle, d’aider à relever les défis planétaires par l’exemple d’association qu’elle offre. Engagé au sein du Parti socialiste européen, le Parti socialiste entend tout mettre en œuvre pour le renforcer dans ses structures afin que soit porté un message socialiste en Europe.

Art 21

Le Parti socialiste est un parti internationaliste. Il condamne toutes les oppressions et exploitations et les formes modernes d’esclavagisme. Il œuvre pour le respect du droit des enfants. Il reconnaît pleinement le droit d’asile. Il combat la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme.

Le Parti socialiste milite pour un ordre international juste et respecté, pour une coopération entre les peuples, pour une vraie politique de développement. Il défend le rôle de l’ONU et des institutions internationales. Il souhaite que l’Internationale Socialiste devienne un véritable mouvement progressiste, à l’échelle du monde.

Art 22

Le Parti socialiste est un parti populaire ancré dans le monde du travail. Il est le produit des combats politiques et des luttes sociales menés depuis le XIXème siècle pour plus de justice et d’égalité sociales. Ouvert sur la société, il entend exprimer l’intérêt général du peuple français.

Art 23

Le Parti socialiste est un parti démocratique. Il respecte chacun de ses adhérents. Il organise un débat politique transparent et ouvert. Il veille à la diversification des responsabilités partisanes et électives à tous les niveaux. Il fait de la parité entre les hommes et les femmes un principe. Il prend en compte dans un dialogue permanent les forces et les mouvements de la société civile, en particulier les syndicats, les associations, les organisations non gouvernementales, dans le respect de leur indépendance. Le Parti socialiste est un parti qui défend une éthique politique dans l’engagement militant. Il repose sur une adhésion volontaire qui demande que les décisions, les textes et les règles, délibérés et adoptés en commun, soient respectés.

Art 24

Le Parti socialiste veut rassembler toutes les cultures de la gauche. Il ne se résigne pas aux divisions héritées du passé. Organisant en son sein depuis toujours un libre débat, il appelle tous les hommes et toutes les femmes qui partagent ses valeurs à rejoindre ce combat.

adoptée par la convention nationale du 14 juin 2008

vendredi 17 octobre 2008

F-Utopia Socialistes, Altermondialistes, Ecologistes

« Ils ont échoué parce qu’ils n’avaient pas commencé par le rêve »
Shakespeare
Ce travail est le fruit des échanges entre les militants d’Utopia et des citoyens, universitaires, associatifs, syndicats et mouvements politiques, en France et à l’international. L’ensemble des positions prises au nom d’Utopia l’a été collectivement et démocratiquement, par la participation et le vote de tous en assemblée générale. Nous invitons aujourd’hui tou-te-s les militant-e-s socialistes désireux-ses de résister, de penser la politique autrement et de porter un nouvel idéal, à signer cette motion et à nous rejoindre afin de poursuivre ce travail de réflexion et de construction.

Préambule
Les statuts du PS prévoient 2 votes distincts pour ce congrès : un vote le 6 novembre (sur les motions) pour définir l’orientation politique un vote le 20 novembre pour désigner les dirigeants de notre parti (au niveau national et local) Nos statuts nous permettent de prendre position séparément sur ces deux votes, ne nous en privons pas !

Introduction : Poser la question du sens et de l’idéal

Faire de la « bonne » politique c’est d’abord avoir une vision précise de la société vers laquelle on veut aller. Combattre efficacement la révolution conservatrice en cours alliant ultralibéralisme économique et pratique autoritaire du pouvoir nécessite de concevoir une nouvelle pensée et un projet à la hauteur de cet enjeu. La politique aujourd’hui se résume au mieux à un art des moyens qui oublie sa finalité, au pire à une simple conquête ou conservation du pouvoir. Nous devons reprendre le combat des objectifs et des idées pour proposer une alternative ambitieuse mais crédible au modèle néolibéral qui domine actuellement la scène mondiale. Construire un projet de société, c’est définir et organiser les conditions de vie qui permettront à chacun de s’épanouir. Force est de constater que sur ces points nous nous situons souvent aux antipodes des idées reçues. Pour construire, il faut préalablement déconstruire et pour cela identifier les aliénations que nous devons combattre. Pour Utopia, les trois premières aliénations des sociétés développées sont le dogme de la croissance comme solution aux maux économiques, le dogme de la consommation comme seul critère d’épanouissement individuel, la centralité de la valeur travail comme seule organisation de la vie sociale. Le combat contre ces trois aliénations est indispensable pour construire le cadre de la société dans laquelle nous voulons vivre et les modalités d’un véritable alterdéveloppement. Notre alterdéveloppement doit permettre à chacun d’intégrer la société, d’être autonome en disposant non seulement de moyens financiers d’existence, mais aussi des outils lui permettant d’exercer un jugement éclairé, de participer à des choix communs. Etre un citoyen actif, ce n’est pas seulement produire et consommer, c’est aussi apprendre à vivre ensemble, comprendre les enjeux de notre société et participer à la vie politique. A travers notre approche de l’écologie, notre vision altermondialiste et notre conception élargie des droits fondamentaux, nous proposons les moyens de construire un nouveau modèle de société. Nous revendiquons cette utopie qui considère que la réflexion alliée à l’imagination, que les principes de fraternité combinés à la volonté farouche de s’attaquer aux causes du dérèglement social et écologique, arriveront à fédérer un mouvement fort, solidaire, capable de proposer une véritable alternative au capitalisme. Nous n’avons pas la prétention d’apporter systématiquement du neuf sur le « marché » de la culture politique, mais de resituer nos propositions dans une perspective globale. Notre originalité consiste aussi à porter ces analyses et propositions au sein des mouvements et partis de gauche, depuis les objecteurs de croissance jusqu’au parti socialiste, en passant par les verts, les altermondialistes, les antilibéraux et les alternatifs. UTOPIA appelle à l’émergence d’une gauche d’avant-garde fondée sur une identité écologiste, altermondialiste et anti productiviste, capable de transformer la société, de porter de nouveaux idéaux et de les réaliser.

PARTIE UNE
DEPASSEMENT DU CAPITALISME ET ALTERDEVELOPPEMENT

1. L’alterdéveloppement : Notre réponse aux impasses de la croissance, de la société de consommation et de la centralité de la valeur travail
1.1. Capitalisme, démocratie et alterdéveloppement
« Notre modèle de production et de consommation a été conçu pour étendre la domination du capital aux besoins, désirs, pensées, pour nous faire acheter et consommer ce qu’il est dans l’intérêt du capitalisme de produire. Les producteurs/consommateurs sont mis au service du capital et non l’inverse. Le lien entre la création de richesse et la création de valeurs est rompu. N’est reconnu comme richesse que ce qui peut s’exprimer en argent. Les services collectifs seraient donc à abolir dans la mesure où ils freinent et empêchent la croissance de la consommation individuelle » André Gorz. Nous devons faire le constat que notre parti a renoncé à prendre position vis à vis du capitalisme. En général, il utilise le terme dans ses discours et ses programmes sans vraiment lui donner un sens en parlant indifféremment de capitalisme ou de sphère marchande, en lui affublant des adjectifs choisis (capitalisme financier, capitalisme libéral…) comme si le terme en soi n’était pas suffisamment signifiant. Cela traduit une posture beaucoup plus profonde qu’une simple prise de position sémantique. Force est de constater que le Parti Socialiste ne se pose plus la question de la pertinence du système qui régule aujourd’hui l’ensemble des rapports sociaux. Ce faisant, il se condamne à ne proposer que des ajustements « à la marge ». Or selon nous, la légitimité à construire un projet politique à Gauche porteur de sens, porté par un idéal fort, ne peut s’ancrer que dans une remise en cause du système capitalisme. En effet, le piège du capitalisme est de se présenter comme un « système économique » alors qu’il est beaucoup plus que cela. C’est un système politique, un système économique, un système social qui régit la quasi totalité des différentes sphères de la vie des individus. Il est donc urgent de mener une première bataille politique : il s’agit d’une bataille culturelle qui différencie notamment capitalisme et sphère marchande. L’un est un système global qui gouverne l’économie et la société, l’autre est un espace pouvant servir à réguler une partie de la production de biens et services. L’un n’implique pas forcément l’autre. Notre projet implique une remise en cause du système capitaliste Si la sphère marchande n’est pas condamnable en soi, notre projet remet nécessairement en cause le capitalisme car celui-ci combine 2 caractéristiques qui en font, selon nous, un système incompatible avec notre alterdéveloppement : La rentabilité du capital comme unique objectif. Le capitalisme organise l’ensemble des facteurs de production (humains et matériels) en fonction de son objectif premier. Dans ce modèle, la prise en compte des dimensions environnementales, sociales ou éthiques résulte soit de l’instinct de conservation du système, soit d’un positionnement stratégique ou marketing. Si la compréhension et la dénonciation des différentes formes de capitalisme (financiers, libéral…) nous permet d’adapter nos modes d’actions, nous estimons que ces différentes formes ne recouvrent en somme que plusieurs faces d’un seul et même modèle. Il n’existe pas de « bon » capitalisme. Le caractère englobant ou systémique du capitalisme. Une des grandes forces du capitalisme est de se faire passer comme un outil « technique ». On tente aussi de nous faire croire que cet outil ne serait ni « bon » ni « mauvais » en soi, mais simplement un mode de régulation des échanges permettant d’ajuster l’offre à la demande… Cet artefact, profondément intégré par la société toute entière, constitue le principal levier de légitimation du système. Or, le capitalisme est englobant, et englobant par nature, à la fois pour l’individu mais également pour la société. En transformant les désirs en besoins, en érigeant en valeur le travail et le mérite, en posant l’échelle économique et sociale comme la hiérarchie naturelle des rapports humains, il dépasse largement le champ « économique » pour régir sans le dire la quasi totalité des rapports sociaux. Le capitalisme revêt un caractère totalitaire dans la production du monde, c’est à dire dans la production des liens qui fondent la vie en société et l’histoire commune. Il enferme l’imaginaire et borne les possibilités pour l’homme d’envisager un nouveau rapport au monde. Le stade actuel du capitalisme aggrave encore ces caractéristiques : l’ouverture des marchés (de biens, de services, de capitaux) privent les nations de leur faculté de déterminer librement les politiques économiques, fiscales, de redistribution, environnementales…Par ailleurs, le dogme de la concurrence pure et parfaite implique la régression des secteurs publics et des politiques sociales. Plus que jamais, le capitalisme accentue aujourd’hui le primat de l’économique sur le politique. Notre projet est incompatible avec une appropriation publique et centralisée de tous les moyens de production Si nous rejetons le système capitaliste, nous rejetons tout autant la tentation d’une appropriation publique et centralisée de tous les moyens de production censée assurer un équilibre social, environnemental durable et équitable pour tous. Même si l’histoire n’avait pas tranché sur cette option, nous pensons que notre projet est également incompatible avec ce système pour 3 raisons. D’abord, il est illusoire de penser que l’appropriation publique de tous les biens de production favorise un quelconque épanouissement de l’homme au travail. Le caractère aliénant est intrinsèquement lié au travail, même si les avantages sociaux permettent bien entendu de desserrer la contrainte. Nous pensons que le travail n’a pas de lien direct avec la réalisation de soi. Ensuite, une organisation centralisée et planifiée de l’ensemble de toutes les productions serait liberticide et conduirait nécessairement à une impasse : organiser la production signifie encadrer l’expression, la créativité… Elle impliquerait de contrôler tous les citoyens et leurs activités en fonction des objectifs qu’elle s’est assignée. Enfin, planifier toutes les productions implique de prévoir les consommations humaines et les répartir ce qui aboutit nécessairement à figer la société ou à l’orienter de façon arbitraire. Nous proposons un dépassement du système capitaliste Au terme d’un processus démocratique, nous redessinerons tout d’abord les contours du domaine public, de la sphère marchande régulée, de l’économie sociale et solidaire. Pour chacun de ces secteurs, nous redéfinirons les règles du contrôle politique et citoyen et nous agirons pour la reconnaissance et l’extension des biens communs et des biens de connaissance. Nous élargirons donc considérablement le domaine public en proposant une réappropriation publique (via l’Etat, les collectivités locales et d’autres acteurs public) des secteurs touchant aux besoins fondamentaux. Nous limiterons le champ de la sphère marchande tout en l’encadrant par des normes sociales, environnementales. Si la rationalité des principaux acteurs et notamment l’espérance d’une rentabilité du capital pour l’entreprise s’exercera toujours dans cette sphère, elle sera limitée, encadrée. Chaque fois que cela est possible, nous inciterons les entreprises à produire de façon localisée leurs différentes productions. Nous favoriserons l’appropriation collective, démocratique, relocalisée et décentralisée des moyens de production via notamment une socialisation de l’investissement. Cette appropriation permettra notamment un développement de l’économie sociale et solidaire et une réduction progressive du rôle aujourd’hui central des marchés financiers. Notre alterdéveloppement appelle bien une rupture culturelle qui affiche clairement le primat du politique sur l’économique et la mise en place d’un système humaniste gouvernés par et pour les citoyens.
1.2. Notre alterdéveloppement
Le dépassement du système capitaliste implique la mise en œuvre d’un nouveau projet politique. Cet autre projet, notre alterdéveloppement, nécessite d’abord une rupture culturelle indispensable à la remise en cause des dogmes de la croissance, de la consommation et de la valeur travail afin de créer un nouvel imaginaire. Un nouvel imaginaire politique pour débattre et construire ensemble une politique citoyenne qui met en avant la gratuité, l’accès inconditionnel aux droits, un nouveau rapport au temps, une démarche altermondialiste et écologiste. A droite bien entendu, mais aussi à gauche, l’écrasante majorité des acteurs politiques ne remet plus en cause ces dogmes, seule manière, selon eux, de combattre le chômage et de réduire les inégalités. C’est donc bien le système de développement actuel et sa logique qu’il convient de rejeter. L’alterdéveloppement est un développement radicalement différent de celui d’aujourd’hui, un développement pluriel de nos sociétés. Radical ne veut pas dire extrémiste, donc potentiellement tyrannique. Ce qualificatif doit être compris dans son sens étymologique : ce qui va à la racine des choses. Pour Utopia, cette réflexion passe par un premier objectif, essentiel et préalable : celui de dessiner le projet de société fort et mobilisateur et ainsi de poser la question du sens. Nous refusons que l’argent soit la mesure de toute richesse et la source de tout sens. Nous voulons proposer des valeurs qui déclassent véritablement le matérialisme rampant : nous devons imaginer une société où il existe un infléchissement de cette course à la consommation matérielle, où l'on renonce à cet imaginaire économique, où l'on cesse de croire que "plus" égale "mieux" et où l'on redécouvre une consommation plus proche de nos besoins réels. Nous devons changer radicalement de modèle si nous voulons éviter le grand désordre mondial et le désastre écologique annoncés. Ce changement passe par la prise de conscience citoyenne et collective, la volonté des politiques et des mesures d’application volontaristes et équitables. La politique relève aussi de nos actes quotidiens pour incarner nos idées et nous engage autour d’un nouveau pacte social nécessaire pour changer notre société, individuellement et collectivement. Comme Dominique Méda, nous affirmons que « L’ambition de notre société n’est pas le développement économique ou l’accumulation de biens, mais le développement de l’ensemble de la société. Un développement collectif et durable, qui s’accompagne d’une amélioration des conditions de vie et de la mise à disposition pour tous des ressources matérielles et immatérielles nécessaires pour permettre à chacun de vivre pleinement son humanité et sa citoyenneté active. La répartition des biens, des revenus, l’accroissement du niveau d’éducation et de santé de l’ensemble de la population, la capacité à maîtriser la violence, l’accès et la qualité des services publics, la vitalité de la vie sociale et démocratique, le degré d’égalité entre hommes et femmes, le respect de l’environnement, la maîtrise par les individus de leur temps, la qualité de vie, l’accès à la Culture, la sécurité économique... sont autant d’indicateurs qui permettent de mesurer la véritable richesse d’un pays ». Ce projet de développement universel, l’alterdéveloppement, doit permettre à chacun de faire pleinement partie de la société, d’être autonome en disposant non seulement de moyens financiers, mais aussi des outils lui permettant d’exercer un jugement, de participer à des choix communs. Or le système économique actuel est fondé sur la logique « création de besoin / consommation / production / travail » et représente une inacceptable marchandisation de l’homme. Au contraire, la diversité des activités humaines - amicales, familiales, amoureuses, artistiques, culturelles, politiques - est une source d’enrichissement individuel et social. Elles sont nécessaires et essentielles à l’épanouissement de chacun, l’espace occupé par le travail est tel qu’il déprécie et réduit considérablement leur place. Le développement de la préoccupation purement économique est allé de pair avec la dépolitisation de la grande masse de la population. La grande majorité des citoyens laissent à une classe spécialisée le soin de gérer les affaires publiques, comme si celles ci n’avaient pas pour objet d’être vraiment publiques et donc l’affaire de tous. Remettre en cause le modèle de société actuel, c’est construire une société répondant à la devise républicaine de liberté, d’égalité et de fraternité… et placer cette dernière au cœur de notre projet car c’est elle qui peut donner un sens et une assise plus solide au vivre ensemble démocratique. Si le socle de la République est bien la liberté et l’égalité, la fraternité en est la perspective. Cette fraternité dépasse la notion de solidarité qui, elle, a pour message de compenser des inégalités, des injustices, sans nécessairement remettre en cause le cadre économique, politique, libéral productiviste qui produit ces inégalités. La solidarité compose avec les hiérarchies et les injustices. La fraternité va plus loin. Nous souhaitons en faire la preuve par l’expérience en l’intégrant totalement à notre réflexion. Cette réflexion nous ramène dans l’espace de la cité, au « vivre ensemble » individuel et collectif. La perspective d’une société fraternelle en appelle assurément à une économie du don, de l’échange et de la réciprocité. 2. Contre trois aliénations fondamentales
2.1. La « religion » de la croissance
« L’industrialisme et la religion de la croissance sont inhérents au capitalisme. On ne peut pas avoir un capitalisme sans croissance. Si on doit changer nos modes de consommation, il faut aussi changer nos modes de production, donc l’organisation sociale » André Gorz. Aujourd’hui, les différentes organisations politiques et associations qui militent pour une remise en cause de la croissance abordent essentiellement cette problématique sous l’angle écologique en prenant en compte les limites physiques de la planète. Ces limites nous appellent à la sobriété. C’est important, mais ce n’est qu’un des aspects. La croissance ne peut pas avoir vocation à réduire la pauvreté, ni à renforcer la cohésion sociale. Un même taux de croissance peut correspondre à un accroissement ou à une réduction des inégalités. Et une croissance illimitée dans un monde fini est une illusion : « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer infiniment dans un monde fini est un fou… ou un économiste » (Kenneth E. Boulding). Il nous semble tout aussi dogmatique et inefficace de se déclarer pour une décroissance qui pourrait à son tour être synonyme de « moins bien être » social. Néanmoins, comme certains objecteurs de croissance, « nous sommes convaincus qu’il faut dépasser la contradiction croissance/décroissance car elle nous entraîne dans l’immobilisme » (Paul Ariès). Nous ne proposons pas de croissance négative mais plutôt l'abandon de l'objectif insensé de la croissance pour la croissance, de la consommation pour la consommation. La croissance, ou son image inversée, la décroissance, ne peut pas plus être un objectif en soi. Les vraies questions sont : croissance de quoi, pourquoi et pour qui ? Décroissance de quoi, pourquoi et pour qui ? En fonction de quels objectifs, au service de quel idéal de société ? Nous voulons sortir de la polémique stérile croissance / décroissance. Ces termes sont perçus comme exclusivement économiques. Or, on confond trop souvent croissance économique, progrès et développement humain. En effet le PIB et sa progression n’ont pas de sens pour mesurer le bien être d’une société. Rappelons qu’une catastrophe naturelle peut augmenter fortement le PIB et donc la croissance. Il ne prend pas non plus en compte les incidences négatives et l’impact humain, social La croissance économique n’empêche pas la montée des inégalités « Il n’est pas plus facile de réduire les inégalités quand il y a de la croissance. L’histoire de ces 25 dernières années le prouve, avec dans presque tous les pays riches une progression de la richesse économique et des inégalités » (Jean Gadrey). En 1960, l’écart de revenu entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres de la planète étaient de 1 à 30. Il est en 2007 de 1 à 80. Les 500 personnes les plus riches possèdent l'équivalent du revenu des 500 millions les plus pauvres. Un « très riche » gagne donc autant qu’un million de ses semblables. Soixante-dix pour cent du commerce mondial est sous le contrôle de 500 entreprises. Ford et General Motors ont des ventes supérieures au PIB de l’Afrique Sub-Saharienne. Microsoft affiche 37 milliards de dollars de bénéfices en 2005 alors que l’ONU estime qu’avec seulement 20 milliards de dollars par an la sous-alimentation pourrait être éradiquée, qu’avec 15 milliards on pourrait fournir de l’eau potable partout dans le monde et qu’avec 12 milliards il serait possible de garantir une éducation de base. Mais l’on préfère dépenser 1 100 milliards de dollars par an pour l’armement. Doit-on accepter et se résigner devant un tel modèle de gouvernance mondiale ? Doit-on réciter la liturgie néolibérale répétant « il n’y a pas d’alternative » ? Cette concentration spectaculaire des inégalités résulte d’un système structurellement injuste mais aussi de pratiques conjoncturelles indignes : rétributions pharaoniques et parachutes dorés des grands patrons, primes des cadres de banques financières. Comme le reconnaît Sicco Mansholt, Président de la Commission Européenne en 1972, « La croissance n’est qu’un objectif politique immédiat servant les intérêts des minorités dominantes ». En France, le nombre de bénéficiaires du RMI a doublé en dix ans et 10% de la population survit grâce aux minima sociaux. Plus de 7 millions de salariés perçoivent un salaire inférieur à 722 € et se trouvent donc dans l’incapacité de se nourrir et se loger décemment, de même que leur famille. Un tiers des SDF à Paris travaillent et la moitié des Français pensent qu’ils pourraient perdre leur logis (Emmaüs, enquête 2006). Alors qu’entre 1980 et 2002 le PIB augmentait de 156%, le chômage passait de 6,2 à 9,5%. Un patron du CAC 40, dont le salaire annuel a triplé depuis 1998, touche en moyenne en un jour ce qu’un ouvrier gagne en un an. Voilà les modèles économiques que certains ont l’indécence de continuer à encenser. Le système capitaliste, et la croissance économique qui en est issue, sont par essence créateurs d'inégalités et destructeurs de cohésion sociale. Ils n’ont été capables ni de réduire la pauvreté ni de renforcer la cohésion sociale. Nous refusons ce monde où la seule alternative serait de remplacer la misère par la pauvreté. Nous refusons de nous résigner à une société où tout se vend, tout se monnaye, tout se « mérite », même les droits les plus élémentaires de l’être humain. Et les choses empirent. D’une part, le capitalisme entrepreneurial - dont la logique échappait déjà à toute forme de contrôle politique - a cédé la place à un capitalisme financier, pour qui la rentabilité maximum du capital à court terme est l’unique objectif, au détriment du travail et des salariés, voire de la pérennité même des entreprises. D’autre part, la concentration croissante des entreprises conduit à la constitution d’un petit nombre de « world companies » solidaires et complices dictant leurs lois au marché et même à certains gouvernements. La remise en cause de l’idéologie productiviste et de son double, la soumission au marché, qui par définition ignore l’intérêt collectif, devient urgente. Cela signifiera changer radicalement notre modèle social si on ne veut pas que les révoltes et les violences, accompagnées des inévitables réponses répressives et liberticides, tiennent lieu de programme politique. Une croissance infinie dans un monde fini : une équation impossible « Vous ne pouvez pas vouloir la réduction des flux de marchandises sans vouloir une économie radicalement différente, une économie dont le but premier n’est pas de faire de l’argent et dans laquelle la richesse ne s’exprime ni ne se mesure en termes monétaires…L’écologie politique est une discipline foncièrement anticapitaliste et subversive » (André Gorz). L’utopie capitaliste de la croissance matérielle illimitée nous mène droit dans le mur et la droite est irrémédiablement vouée à soutenir ce capitalisme destructeur. Une croissance illimitée dans un monde fini est une illusion. Aberration : lLa science économique ignore les données écologiques dans son raisonnement et se déconnecte de la réalité de la biosphère. Chacun sait que les ressources naturelles de la planète sont insuffisantes pour permettre à l’humanité de partager un mode de vie à l’européenne et a fortiori Nord Américain. 20% des humains consomment 80% des ressources de la planète. 1,2 planètes seraient nécessaire pour continuer à exploiter les ressources naturelles mondiales au rythme actuel. Avec une croissance mondiale de simplement 3% par an il en faudrait plus de 8 en 2100. Un système économique qui détruit l’environnement s’autodétruit. Même en Chine, considérée actuellement par beaucoup comme l’un des principaux bénéficiaires de la mondialisation, (l’ultralibéralisme économique peut faire bon ménage avec le totalitarisme politique) si on ajoutait les coûts cachés liés aux réductions des ressources naturelles et à la pollution, la croissance du PIB chinois serait diminuée entre 1985 et 2000 de 3 à 5 points. Mais ce sont en Chine comme ailleurs les générations futures qui paieront la note.
2.2. La consommation, nouvel opium du peuple
Notre alterdéveloppement implique une réflexion sur un partage de biens relationnels, de services aux personnes, de service à la réparation des biens (plutôt que de produire des biens dont la durée de vie est de plus en plus courte), d'activités culturelles et associatives. La consommation doit en effet être liée à l'aspiration à une meilleure qualité de vie, et non à une accumulation illimitée de biens, illusoire promesse du bonheur. L'objectif est bien de la replacer par rapport à un autre modèle de développement, plus juste, respectueux de l'environnement, en phase avec les véritables besoins. En résumé : « Moins de biens, plus de liens ». La consommation comme révélateur de la crise identitaire Au delà de la réalité économique, la société souffre aujourd’hui d’une crise identitaire, d’un profond désenchantement du monde. Cette crise d’identité est liée à la mise en avant de l’individu aux dépens du collectif et à la croyance que la somme des réussites matérielles de chacun fait le bonheur de tous. La consommation perd sa finalité première, qui est de répondre à un besoin : on consomme parce que les autres consomment. Parallèlement et paradoxalement, les modèles de réussite véhiculés par les médias et la publicité mettent toujours en avant l’exception, la distinction, la performance. Il faut consommer pour se distinguer, pour afficher sa différence, sa réussite. Le processus d’affirmation de l’identité par la consommation est de fait voué à l’échec : il est construit sur un perpétuel recommencement - sorte de déclinaison moderne de Sisyphe -, inquiétant et absurde. Ce processus conduit à un mode d’appartenance au groupe, de distinction ou d’exclusion qui débouche, dans tous les cas, sur une identité superficielle qui nous échappe. L’augmentation de la production ne peut être le seul indicateur de richesse pas plus que l’acquisition croissante de biens par chaque individu. De la même façon que la société n’est pas une entreprise dont la vocation est de produire toujours plus, chacun d’entre nous n’a pas celle de consommer La société de consommation confond besoin et désir La société de consommation s’impose à tous. Dès l’enfance, elle fixe un système de références nous permettant de nous situer, de nous comparer, de nous valoriser. Elle a construit un mode de socialisation à part entière, a noyé le sens de l’acquisition et a corrompu la notion de désir. Les besoins humains sont à la fois individuels et sociaux, matériels et spirituels. Le système capitaliste recourt abusivement à cette notion de besoin qu’il présente comme une catégorie naturelle et extensible à l’infini. La logique des besoins, naturelle à l’origine, s’est étendue à la totalité des désirs humains, comme si la société devait saisir tout désir et le transformer en besoin, et organiser la production collective pour les satisfaire. D’où les incessantes exhortations à consommer. La consommation est devenue un acte civique. Elle peut porter sur n’importe quoi, pourvu que cela apparaisse dans les statistiques officielles, pourvu que cela soit visible. L’homme n’est alors plus qu’un producteur/consommateur. Il passe sa vie, consacre ses forces à réaliser la production qui a pour but de satisfaire les désirs retraduits des autres. L’ensemble de la société ne travaille plus que pour un seul but : nourrir ce feu de la consommation. La consommation agit comme une drogue La consommation est devenue le nouvel opium du peuple. Il y a une religion du marché - et la sémantique n’est pas neutre : temples de la consommation, grands prêtres de l’économie, foi dans le progrès, liturgie publicitaire, credo du pouvoir d’achat (le fondamentalisme marchand dont parle Stiglitz). L’ultralibéralisme et le marxisme revisité à la mode soviétique ou chinoise communient ensemble à la vision d’une humanité se réalisant par le développement économique. La publicité et le marketing (500 milliards de dollars par an dans le monde, 32 milliards d’euros en France) sont là pour dire que l’épanouissement et le bonheur ne peuvent passer que par la consommation d’objets pour partie superflus. Pour reprendre ce que disait Lacan à propos de l’amour, on pourrait dire que le marketing, « c’est proposer quelque chose qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas ». Dégradation de l’être en avoir, puis de l’avoir en paraître avec le spectacle érigé en marchandise suprême. « On connaît le prix de tout mais la valeur de rien » (Oscar Wilde). Il est donc aussi de la responsabilité de chacun de porter un regard critique sur la société de consommation en interrogeant ses propres besoins et désirs. 2.3. Le travail érigé en valeur « Tout se passe comme si le travail épuisait toute l’activité humaine. Or, d’une part l’activité humaine ne se réduit pas au travail, elle est au contraire multiple, et d’autre part, il me semble urgent de réduire la place occupée, réellement et symboliquement, par le travail précisément pour laisser se développer d’autres activités très nécessaires aussi au bien-être individuel, à la réalisation de soi, au lien social… » (Dominique Méda). Dans le prolongement de la réflexion de Dominique Méda, nous pensons que nous devons remettre profondément en cause la place du travail dans notre société. Nous contestons le discours actuel qui institue le travail comme une valeur émancipatrice, comme un vecteur de réalisation individuelle. Bien entendu, cette position n’est absolument pas incompatible avec la conviction que tout citoyen doit avoir accès au travail et que la lutte contre le chômage doit rester une priorité. Nous sommes parfaitement conscients que dans une société comme la nôtre qui sacralise le travail, il est très difficile de poser sereinement les termes du débat tant les souffrances (matérielles et sociales) liées au chômage, rendent parfois inaudible cette réflexion. Évacuons donc d’emblée tout malentendu afin d’éviter toute caricature : nous pensons que le travail doit être un lien social de qualité auquel chaque individu doit pouvoir avoir accès. Une perspective de plein emploi doit rester essentielle, tout comme la conquête de nouveaux droits. Néanmoins, nous réaffirmons avec force que l’élévation du travail au rang de valeur fondamentale est d’abord le fruit d’une idéologie productiviste, incompatible selon nous, avec un quelconque épanouissement de l’individu. Le travail : activité de production au service de logiques économiques Le capitalisme considère le travail comme un simple facteur de production, c’est à dire comme un coût, une variable d’ajustement au service d’une logique implacable : la recherche de profit pour le détenteur du capital. Le travail est aujourd’hui le support et l’alibi de la croissance, la source des enrichissements fabuleux dont profitent quelques uns et dont le grand nombre, ébloui par l’illusoire attente de participer un jour au festin, se résigne davantage qu’il ne se scandalise. Voie obligée d’une participation aux tentations de la société d’abondance, le travail est soumis au chantage incessant d’une obligation de compétitivité, placé dans une situation de concurrence déréglée avec des armes très affaiblies et des défenses émoussées. La direction de l’entreprise, arbitre entre différents coûts : matières premières, loyers, frais de personnels…comme s’il y avait une équivalence entre toutes ces lignes comptables. La « ressource humaine » est donc analysée, décortiquée, et valorisée selon le prix du marché. Cette valorisation n’a donc rien à voir avec la pénibilité ou la pertinence de l’usage du bien ou service produit. Elle est directement déterminée par un raisonnement économique qui évalue la rareté relative du savoir-faire au sein d’un processus de production. Cela signifie, plus abruptement, que dans un environnement concurrentiel internationalisé, soit le salaire baisse, soit l’emploi est délocalisé. Bien évidemment, dans une situation de chômage, le rapport de force est beaucoup plus favorable aux employeurs et impose des baisses ou des gels de rémunération en jouant sur les peurs. Dans ces conditions, comment peut-on imaginer que chaque individu puisse s’épanouir dans son travail ? Comme valeur morale, on doit pouvoir trouver mieux…Comme lien social central, on doit pouvoir trouver plus juste et plus égalitaire. Certes, certains prennent plaisir à travailler. Pour autant nous ne devons pas perdre de vue que ce n’est pas le cas pour l’immense majorité des salariés pour qui le travail reste une contrainte physique et psychologique. En faisant du travail une « valeur », la droite est cohérente avec ses idéaux et avec le système qu’elle défend qui est fondé sur l’efficacité économique, la recherche du profit, et l’idée maîtresse que la richesse de quelques-uns crée le travail des autres. La gauche, héritière d’une tradition matérialiste, prend aujourd’hui parfois position pour une « réhabilitation de la valeur travail ». Comme si ce qui fonde notre pacte social et notre « vivre ensemble » devait se réduire à une activité productive rémunérée. Cette gauche revendique un héritage où le sens de l'histoire de l'homme serait d'humaniser le naturel, de le modeler, de repousser l'animalité du monde. Dans cette hypothèse, l'homme se réaliserait totalement dans sa production. Le vrai combat, le seul qui vaille, serait de repousser la logique de ceux qui cherchent à valoriser le capital au détriment du travail. Il serait de valoriser les droits et les pouvoirs du travailleur afin finalement de rendre le travail et donc l'homme conforme à son essence. Nous ne partageons pas cette orientation. Avant d'être perçu comme un moyen permettant d'aménager la nature ou même d'humaniser le monde, le travail est d'abord né comme facteur de production. Nous refusons donc de considérer l'activité de production comme liée à l'essence de l'homme ou même au sens de son histoire. Le travail et la valorisation du mérite La droite a fait du « mérite » et du « travail » le fondement de sa réflexion politique. Et curieusement, on sent la gauche un peu gênée sur cette question. Chacun fait d’ailleurs comme si le mérite et le travail étaient des notions établies dont l’acception et l’utilisation allaient de soi. Qu’entend–on par mérite ? S’agit-il des efforts nécessaires que chaque citoyen fait sur lui-même pour apprendre, pour contribuer à la vie collective afin d’agir de façon éclairée dans la cité ? Non, bien évidemment. Quand la droite évoque le mérite, il le lie naturellement à ce que l’on appelle « la réussite ». Le mérite devient donc l’argument libéral et conservateur par excellence qui se décline en général sur le thème : « en fonction de sa volonté et de son travail, « on » réussit plus ou moins bien sur une échelle de valeur donnée ». Là encore, de quelle échelle parle-t-on ? De cette échelle qui hiérarchise les individus et les valorise en fonction de leur efficacité économique, elle même déterminée par les lois du marché ? Dans ce monde – notre monde – le savoir-faire ou le savoir-être d’une assistante sociale ou d’un ouvrier « vaut » 5 fois moins que celui d’un cadre supérieur. A droite, on légitime cet ordre des choses en s’appuyant sur le « mérite », le mérite de droite, celui d’être né dans une famille culturellement ou financièrement favorisée, celui de ne pas avoir de problèmes de santé, celui d’avoir eu la chance de faire les bonnes rencontres au bon moment. Bref, le mérite que nous mériterions tous ! Et la gauche dans tout ça ? On lui parle « mérite », elle répond « lutte contre le phénomène de reproduction sociale ». En se centrant sur la « remise en marche de l’ascenseur social », elle ne remet plus en cause la hiérarchie sociale ni les valeurs et les logiques qui ont conduit à les construire. Elle finit donc implicitement par légitimer un système et ses inégalités inhérentes en proposant des mesures, simplement correctrices, qui ne changeront pas fondamentalement l’ordre des choses puisque l’injustice est justement l’un des ressorts essentiels du système. La question n’est donc pas de savoir comment corriger le système en donnant à chacun la possibilité d’être « méritant », mais de savoir comment repenser l’échelle de valeur des rapports humains. Le travail doit revenir à sa « juste » place Il ne s’agit pas ici de remettre en cause le travail en soi, ou de prôner sa fin. Ce n’est pas son existence mais sa place qui est en cause. Aujourd’hui le travail est-il à sa « juste place » parmi les activités humaines ? La réponse est clairement non. Nous souhaitons défendre le caractère diversifié des activités humaines indispensables à l’équilibre humain, qu’elles soient familiales, culturelles, associatives, politiques, amoureuses… Le travail doit retrouver sa « juste place ». Posons donc la question suivante sans ambiguïté : et si, en défendant un autre idéal, une autre notion de la richesse, une autre vision du monde, la glorification aveugle du mérite et du travail n’avait plus de sens ? Alors il faudrait accepter de changer de système et de promouvoir un système humaniste où la logique dominante n’est plus marchande, où l’essentiel n’est pas « économiquement mesurable ». Une société où la richesse se définit différemment. Par ailleurs, nous refusons de reconnaître comme idéal de société ce que certains appellent la « société du travail » en l’opposant à l’« assistanat », ce qui finit de laisser penser que si l’on n’a pas eu la chance de trouver, d’accéder à un emploi, alors il n’est pas question d’assurance maladie, de revenu de subsistance, de retraite… Comme si seul le travail participait au bien être collectif, comme si chacun avait le choix et l’égal accès à ce fameux « travail », comme si ceux qui en étaient dépourvus avaient sciemment choisi cette situation pour « profiter » du système. Relativiser l’obligation de croissance, tempérer l’appétit de consommation, soustraire le travail rémunéré aux injonctions du profit, réduire l’espace qui lui est réservé, s’ouvrir à la gratuité, tous ces éléments devraient permettre une société plus ouverte, respectueuse de la pluralité des activités humaines, et un lien social enrichi. Remettre le travail à sa vraie place, resituer ses objectifs, inventer pour lui un cadre humain, c’est donner accès à l’homme à un espace de créativité, à une temporalité plus heureuse.

2.4. De nouveaux indicateurs de richesse
« Les concepts et les mesures de la croissance, de la productivité et du pouvoir d’achat, ne veulent pratiquement plus rien dire dans les activités en passe de devenir majoritaires dans l’emploi des pays développés : l’éducation, la santé, l’action sociale, les services, les administrations publiques, les conseils aux entreprises ou aux particuliers, la recherche, les banques… Ces concepts, hérités du modèle dit « fordiste » de la grande industrie ou de l’agriculture à grande échelle, sont aujourd’hui largement dépassés » (Jean Gadrey). Aujourd’hui le calcul de la croissance repose sur le produit intérieur brut, le fameux PIB, c’est à dire la valeur marchande créée par l’économie lorsqu’elle produit tous les biens et services qui se vendent dans un pays pendant un an. On ajoute ensuite à cette valeur marchande les « coûts de production » des services non marchands des administrations publiques. Ce n’est pas la valeur de ces services qui est intégrée au PIB mais leur coût. Le PIB est donc une « richesse » purement économique et monétaire. Avec ce mode de calcul, les réparations des catastrophes naturelles, le traitement de déchets, les dépenses liées à la dégradation des conditions de vie et de travail… font progresser le PIB ! A l’inverse, de nombreuses activités qui contribuent au bien-être, comme le bénévolat, le travail domestique, les activités culturelles ou encore l’éducation populaire, ne sont pas prises en compte. Il existe plusieurs dizaines d’indicateurs alternatifs et il serait illusoire, voire dangereux de guider une politique avec un seul indicateur figé. C’est leur complémentarité qui donne une vision plus large du niveau de richesse d’une société. Nous exigeons la publication régulière et comparative d’indicateurs mesurant des richesses autres que purement économiques, en voici les principaux : L’Indicateur de Développement Humain (IDH) qui intègre des indicateurs de santé et d’éducation. L’Indice de Santé Sociale (ISS) qui intègre, outre la santé et l’éducation, des critères de pauvreté, d’inégalités et d’accidents. L’empreinte écologique qui reflète le degré d’utilisation de la nature par l’Homme. Le PIB Vert qui déduit du PIB les coûts des dommages environnementaux et sociaux. Le Baromètre des Inégalités et de la Pauvreté (BIP 40), seul indicateur synthétique, alternatif digne de ce nom disponible en France qui intègre 60 critères sociaux différents. Des indicateurs de ce type ont vocation à être produits à la fois au niveau local, régional, national, européen et mondial afin d’être débattus. Il faudrait les publier annuellement, en même temps que les comptes de la nation et les présenter au Parlement et dans les collectivités territoriales avec la même solennité. Ces indicateurs fourniraient ainsi l’occasion aux pouvoirs politiques d’alimenter le débat public sur le sens du développement et ainsi de déterminer les mesures à mettre en œuvre. Rien ne se prête actuellement à un large débat public sur le sens du progrès, et sur celui des politiques économiques. Un tableau de bord pourrait reprendre des indicateurs de ce type pour servir de boussole à la mise en oeuvre d’un projet de société visant à l’amélioration du bien-être individuel et collectif. Enfin, il est essentiel de promouvoir aussi ce que de nombreux militants associatifs appellent la comptabilité du 21ème siècle, c’est-à-dire une comptabilité adaptée aux enjeux de notre temps, mesurant de manière différente la richesse. Comptes économiques, sociaux et environnementaux sont indissociables.

PARTIE DEUX
POUR CHANGER RADICALEMENT LA SOCIETE
1. Répondre à l’urgence écologique
« L’histoire présente évoque certains personnages de dessins animés, qu’une course folle entraîne soudain au-dessus du vide sans qu’ils s’en aperçoivent, de sorte que c’est la force de leur imagination qui les fait flotter à telle hauteur : mais viennent-ils à en prendre conscience, ils tombent aussitôt » Raoul Vaneigem, Traité de savoir vivre à l’usage des jeunes générations. Il y a encore quelques années, la plupart des responsables politiques étaient comme ces personnages de dessins animés, obnubilés par la compétition et la croissance et ne considéraient comme unique terrain de jeu que leur nation. Au point de négliger le fait que les ressources naturelles proviennent d’une seule planète, que l’énergie abondante et bon marché avait nécessairement une fin et le lien entre l’activité humaine et le réchauffement climatique se précisait. Sans rentrer dans le détail sur les conséquences dramatiques du réchauffement climatique, rappelons que celles-ci sont multiples : catastrophes naturelles, pollutions, migrations forcées, épidémies, pertes de biodiversité… Le changement climatique menace les conditions de base de la vie pour de nombreuses populations : accès à l’eau, production agricole, santé... Les pays les plus pauvres sont les premiers touchés, alors qu’ils n’ont que très peu contribué au problème. L’emballement du dérèglement climatique, selon les experts climatiques du GIEC (Groupe International d’Etude sur le Climat – rapport 2007), risque d’entraîner une diminution de la capacité de la mer et de la terre à produire de la biomasse pour l’alimentation, l’énergie, les matériaux, et à jouer leur rôle de puits de carbone et de réceptacle de la biodiversité. En prolongeant les tendances de ces dernières années en matière de gaz à effet de serre, on entrerait dès 2050 dans un territoire inconnu. Il y a donc urgence à agir. Face à la crise énergétique et climatique, nous proposons d’abord d’adopter des mesures réalistes visant à diviser par quatre l’émission de gaz à effet de serre d’ici 2050 en France et plus généralement au niveau de l’Europe et de la planète. C’est l’objectif du « facteur 4 ». Malgré son inscription dans la Loi du 13 juillet 2005 sur la lutte contre le réchauffement climatique, le facteur 4 est aujourd’hui inatteignable. Un manque dramatique de moyens, une absence totale de volontarisme politique. Pourtant des solutions existent. 1.1 Le scénario Négawatt : sobriété, efficacité et renouvelables En France, un groupe d’experts travaille depuis quelques années sur le facteur 4 au sein de l’association Négawatt1. Utopia propose de prendre comme base d’action en France le scénario Négawatt fondé, simultanément sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables. Ce scenario présente l’avantage d’être réaliste car il se limite à l’utilisation des techniques existantes, il ne fait pas le pari risqué d’une quelconque rupture technologique notamment en matière de stockage de l’électricité, de séquestration du carbone, de développement des techniques fondées sur l’hydrogène ou sur le nucléaire de la 4ème génération. Il est également réaliste car il décrit les mesures concrètes à mettre en œuvre et démontre que leur financement est possible. Conforme aux objectifs du « facteur 4 », le scenario Negawatt vise notamment à identifier ces négawatts qui représentent l’énergie non consommée grâce à un usage plus sobre et plus efficace. (soit environ 64% de notre consommation d’énergie primaire).
1 www.negawatt.org
La sobriété consiste à supprimer les gaspillages à tous les niveaux de l’organisation de notre société ainsi qu’au niveau de nos comportements individuels, sans pour autant recourir au rationnement ou à l’austérité. Par exemple mieux profiter de la lumière naturelle, réduire les éclairages inutiles, réguler le chauffage, rationaliser les modes de déplacements des hommes et des marchandises, développer les transports collectifs, la pratique du vélo en ville… L’efficacité énergétique a le potentiel d’être à elle seule la plus grande source d’économie d’émission de GES du secteur énergétique. Elle consiste à utiliser des techniques qui consomment moins d’énergie pour rendre les mêmes services. Il est possible de réduire d’un facteur 2 à 4 certaines de nos consommations d’énergie et de matières premières à l’aide de techniques déjà éprouvées. Il faudra pour cela remettre progressivement à niveau les équipements actuels les plus énergivores, lancer un programme d’amélioration énergétique des bâtiments anciens, généraliser les ampoules basse consommation, développer les réseaux de chaleur en co-génération… Enfin, les énergies renouvelables (solaire, hydraulique, éolien, géothermie, biomasse), si elles sont bien réparties et décentralisées, ont un faible impact sur l’environnement. Elles seules permettront de répondre durablement à nos besoins en énergie tout en respectant notre planète. Ce scénario est considéré comme crédible par les experts et même les politiques compétents en la matière. Saura-t-on l’appliquer à temps alors qu’il y a urgence ? 1.2 Pour une sortie progressive du nucléaire UTOPIA, s’appuyant sur le scénario Négawatt, se positionne pour une sortie du nucléaire d’ici 2035, sans approche dogmatique, en démontrant simplement qu’il est possible de s’en passer. Le problème du nucléaire est complexe. Il dépasse l’aspect purement économique et technique. Or la question cruciale du choix de société quil pose n’a jamais fait, en France ni même au sein du PS, l’objet d’un débat démocratique. Les pro-nucléaires ont 4 arguments principaux qui se révèlent de fausses bonnes idées : Ils mettent en avant une énergie apparemment faiblement carbonée et peu polluante. Or, si le nucléaire émet peu de GES (Gaz à Effet de Serre), une électricité mondiale entièrement produite par le nucléaire ne réduirait les GES que de 10%. Par ailleurs, ils oublient l’émission de vapeur d’eau et le réchauffement des rivières, les GES produits par l’extraction et le transport de l’uranium, la construction et le démantèlement des centrales. Il permettrait une indépendance énergétique. Pourtant, l’uranium, comme le pétrole, est importé et de surcroit cette matière première n’existe que dans un nombre très restreint de pays. Il est souvent présenté comme une énergie renouvelable alors que les stocks mondiaux d’uranium sont estimés au maximum à 100 ans. Il est considéré comme bon marché. En fait, les coûts indirects ne sont pas en comptés (fabrication et démantèlement des centrales, gestion des déchets, recherches..), ni la progression annoncée du coût de l’uranium. Les principaux risques du nucléaire sont les déchets, la prolifération et les risques d’accidents : Les solutions techniques au traitement des déchets qui auraient du permettre de neutraliser la radioactivité nous ont été promises il y a de cela 40 ans… Même pour les prochaines générations de centrales, il restera des déchets radioactifs et donc dangereux. On recense « officiellement » 1000 sites de stockage de déchets en France (en comptant les déchets radioactifs médicaux) pour une production de 1200 tonnes/an, principalement issus des combustibles ou du démantèlement des centrales. La prolifération reste un risque fort car les frontières entre le nucléaire civil et le militaire sont, comme on le sait, très peu étanches. Les accidents sur site ou dans les transports de matières radioactives, sont possibles même avec une occurrence très faible. Leurs conséquences demeurent dramatiques. Faire ce cadeau empoisonné aux générations futures est irresponsable. Sans compter que 90% du budget de la recherche énergétique en France a été absorbée par le nucléaire au détriment des énergies renouvelables pour lesquelles nous avons pris du retard. Le nucléaire en France représente près de 80% de l’électricité et 18% de l’énergie totale consommée. C’est une exception française : au niveau mondial, cette part ne représente que 3 à 4%. Pourquoi alors s’évertuer à poursuivre le développement d’une énergie si dangereuse et au bilan si négatif ? Si le nucléaire était incontournable pour la vie de nos sociétés, nous n’aurions pas d’autres choix que de nous y résoudre. Mais ce n’est pas le cas. Et malgré le réchauffement climatique et la pénurie à venir d’énergies fossiles, un monde dénucléarisé est possible. Le scénario Négawatt auquel nous adhérons le prouve. Un tel scénario est possible et raisonnable à l’horizon 2030/2035, le temps de terminer d’exploiter et de fermer les centrales, d’œuvrer à la sobriété et à l’efficacité énergétique tout en investissant et développant les énergies renouvelables. Pour cela il faut bien sûr ne pas construire de nouvelles centrales nucléaires de type EPR, comme celle de Flamanville, considérée par l’expert anglais John Large comme « le réacteur nucléaire le plus dangereux au monde ». Ces nouvelles centrales ne sont pas nécessaires, la France produit trop d’électricité : elle en exporte 16%, soit l’équivalent de 10 centrales. Il est donc urgent de stopper et de s’opposer activement à tous les projets de nouvelles centrales nucléaires et de transférer les budgets de recherche et développement du nucléaire aux énergies renouvelables.

1.3 La création d’un pôle public de l’énergie
L’accès à l’énergie est un droit fondamental. Or, il ne peut pas y avoir de politique équitable de l’énergie au service des citoyens si celle ci est dépendante des lois du marché. La gestion de l’énergie doit être citoyenne et démocratique. Selon nous, seule la création d’un pôle public de l’énergie peut répondre à cet enjeu essentiel. Cette gestion publique est d’autant plus importante que la production et la distribution d’énergie sont soumises à des contraintes techniques spécifiques. Elles sont liées à des problèmes de stockage (notamment pour l’électricité), de transport ou de planification des capacités de production. La durée de construction des grandes centrales électriques et les montants en jeu ne peuvent être gérés par le marché qui reste focalisé sur des objectifs de court terme. La mise en œuvre d’un grand pôle public de l’énergie garant des droits fondamentaux implique une remise en question de certaines règles européennes comme le fait de devoir séparer production, transport et distribution ou d’interdire les tarifs régulés. Nous avons donc intérêt à décentraliser la production d’électricité afin de limiter les risques de rupture d’approvisionnement, la multiplication des lignes à haute tension et le coût du transport. Par ailleurs, cela permettrait de développer un contrôle citoyen de proximité et de diversifier les sources d’approvisionnement.
1.4 La mise en place d’une taxe carbone
Nous nous prononçons pour une taxation des produits fortement carbonés, dont les modalités devront être étudiées afin de ne pas pénaliser les personnes aux revenus les plus modestes. Le transport dépend essentiellement du pétrole dont il absorbe 65% de la production. Ce secteur est en forte croissance (+ 21% entre 1990 et 2001 en France) et représente plus de 30% des émissions de GES dans le monde, dont la moitié pour la voiture particulière. Il convient donc de rendre l’énergie et donc les transports - en priorité ceux de marchandises - beaucoup plus coûteux qu’ils ne le sont à ce jour. Et ainsi de mettre fin à des aberrations comme celle consistant, pour la France en 1999, à exporter 35 000 tonnes de lait et à en importer 18 000 ! Une taxe significative sur les GES pourrait ainsi à la fois renchérir le coût des marchandises produites très loin de leur lieu de consommation et rendre les produits locaux plus compétitifs. La fiscalité environnementale doit être l’un des instruments destinés à faire évoluer les
1.5 Pour une relocalisation de l’économie : l’exemple d’une agriculture diversifiée
Les entreprises transnationales multiplient les recours à des transports énergétivores et polluants. Les délocalisations, au départ de productions à faible valeur ajoutée, s’étendent maintenant aux produits sophistiqués ainsi qu’aux services (recherche, santé, centres d’appels…). Après avoir déterritorialisé les produits, le capitalisme déterritorialise les hommes, une fois de plus réduits au statut de marchandise. La relocalisation est une réponse aux dégâts environnementaux et sociaux, à la destruction des équilibres locaux et régionaux générés par la mondialisation commerciale et financière. Elle permet de favoriser les circuits courts entre producteurs et consommateurs au sein de l’économie locale. Par relocalisation, nous entendons le rapprochement de la production de biens et services au plus près du lieu de consommation. Précisons qu’il ne s’agit nullement de prôner le retour à l’autarcie ou à ne se satisfaire que de produits locaux. Il est évident que tous les biens et services ne pourront pas être produits à l’échelle d’un bassin de vie. En revanche, l’économie sociale et solidaire, les services publics, l’agriculture, le bâtiment, les services à la personne sont particulièrement adaptés à cette économie de proximité. Dans cette perspective la relocalisation d’une agriculture diversifiée est une priorité. Les AMAP (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) ainsi que toute autre forme de rapport de proximité producteur – consommateur doivent être encouragées. De façon générale, il est temps de redéfinir la politique agricole commune et de changer de cap. Il est temps de réaffirmer que c’est d’abord et avant tout l’agronomie, c'est-à-dire la connaissance et la maîtrise des cycles biologiques naturels et des interactions entre les plantes, les sols et le climat qui doivent être au cœur du métier d’agriculteur et non l’utilisation contrainte de biotechnologies sophistiquées aux conséquences environnementales incertaines. Dans cette perspective, l’agroforesterie (associations de cultures annuelles et d’arbres) et l’agriculture biologique doivent constituer des références majeures. Il est temps de réaffirmer que la vocation première de l’agriculture est effectivement de nourrir les hommes, en qualité et quantité, dans une logique de proximité et non d’être une source de profits, pour quelques multinationales, et matière à spéculations financières comme tant d’autres produits. La reconstitution de stocks de matières premières agricoles, l’établissement de marchés régionaux pour les agricultures du sud avec des protections aux frontières pour promouvoir des agricultures régionales, assurer des revenus aux agriculteurs, faire bénéficier de prix réguliers aux consommateurs, la réorientation des soutiens publics vers des filières agro-alimentaires équilibrées (et non sous la coupe de quelques distributeurs) doivent être les moyens de cette ambition. L’agriculture que nous voulons pour demain est nécessairement une agriculture qui demandera plus de bras, plus de coopération que de concurrence, plus de naturel que d’industriel. Elle est pour nous une agriculture d’avenir.
2. Pour une politique altermondialiste
2.1 Pour une souveraineté alimentaire
« L’agriculture mondiale a la capacité de nourrir 12 milliards d’êtres humains alors que nous ne sommes que 6,2 milliards. Ca signifie que pour la première fois dans l’histoire du monde la faim n’est pas une fatalité : un enfant qui meurt, faute de nourriture, est un enfant assassiné » Jean Ziegler, Rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. Comment peut-on accepter que plus de 840 millions de personnes souffrent encore aujourd’hui de sous-alimentation dans le monde ? Notre planète peut nourrir l’ensemble de ses habitants. Un comble, ceux qui ont faim sont souvent des agriculteurs ou d’anciens agriculteurs. Les pays du Nord, tout en protégeant largement leur agriculture, demandent aux pays du Sud toujours plus de libéralisation et d’ouverture de leur marché : 365 milliards de dollars de subventions ont été versés en 2006 aux producteurs agricoles du Nord, soit 1 milliard par jour. Les pays du Sud doivent alors faire face à l’entrée sur leur marché de produits vendus en dessous de leur coût de production (grâce à des aides comme la PAC en Europe ou aux Etats Unis) qui font baisser les prix mondiaux et donc les productions locales des pays les plus pauvres. Les organisations internationales conditionnent régulièrement leurs prêts à une libéralisation forcée des marchés. En même temps, ce phénomène se double d’une spécialisation de certains pays vers une mono-agriculture, toute entière orientée vers l’exportation et donc directement dépendante des pays du Nord. Pour pouvoir rembourser leur dette, les pays du Sud ont du privilégier les cultures d’exportation, qui épuisent leurs ressources naturelles et réduisent les cultures nécessaires à l’alimentation locale. Ces produits d’exportation (coton, café, cacao, sucre…) sont devenus surabondants et, logiquement, les cours se sont effondrés dans les années 80. De gigantesques sociétés transnationales exercent un véritable pouvoir sur certains segments de la chaîne alimentaire en contrôlant les semences, la production, la distribution, la commercialisation et les prix. Face à ce constat dramatique, la « société civile » a construit une première réponse à l’échelle de notre planète. Avec d’autres mouvements altermondialistes, nous défendons le concept de « souveraineté alimentaire » présentée en 1996 par Via Campesina. Ce mouvement social et paysan international des petites exploitations familiales, est aujourd’hui mondialement reconnu et même repris par Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit à l’alimentation. Plus de 400 ONG mondiales ont élaboré en commun une définition claire et percutante : « La souveraineté alimentaire est le droit des peuples, des communautés et des pays de définir, dans les domaines de l’agriculture, du travail, de la pêche, de l’alimentation et de la gestion foncière, des politiques écologiquement, socialement, économiquement et culturellement adaptées à leur situation unique. Elle comprend le droit à l’alimentation et à la production d’aliments, ce qui signifie que tous les peuples ont le droit à des aliments sûrs, nutritifs et culturellement appropriés et aux moyens de les produire et doivent avoir la capacité de subvenir à leurs besoins et à ceux de leurs sociétés. Cette définition confère donc des droits à chaque pays qui peut protéger sa production interne afin de devenir autonome. Nous proposons que les subventions aux agriculteurs du nord ne portent que sur les produits qui ne seront pas exportés. De manière plus approfondie, nous faisons nôtres les propositions de Via Campesina consistant à : Donner la priorité à la production par les exploitations paysannes et familiales de denrées pour les marchés intérieurs et locaux, selon des systèmes de production diversifiés et écologiques ; Veiller à ce que les agriculteurs reçoivent le juste prix pour leur production, afin de protéger les marchés intérieurs des importations à bas prix relevant du dumping ; Garantir l’accès à la terre, à l’eau, aux forêts, aux zones de pêche et aux autres ressources à la faveur d’une véritable redistribution ; Reconnaître et promouvoir le rôle des femmes dans la production de denrées alimentaires et veiller à ce qu’elles aient un accès équitable aux ressources productives et qu’elles en aient la maîtrise ; Veiller à ce que les communautés aient le contrôle des ressources productives, par opposition à l’acquisition par des sociétés des terres, de l’eau, des ressources génétiques et d’autres ressources ; Protéger les semences, base de la nourriture et de la vie elle-même, et veiller à ce que les agriculteurs puissent les échanger et les utiliser librement, ce qui suppose le refus des brevets sur la vie et l’adoption d’un moratoire sur les cultures génétiquement modifiées ; Investir des fonds publics à l’appui des activités productives des familles et des communautés, en mettant l’accent sur l’autonomisation, le contrôle local et la production de nourriture pour la population et les marchés locaux. 2.2 Les OGM : un scandale révélateur Notre engagement altermondialiste passe par un combat emblématique d’un monde libéral qui marchandise le vivant et met en danger l’équilibre naturel : celui des OGM. Si l’essor du génie génétique dans les années 80 permet la modification de l’information génétique des organismes vivants, il rend aussi possible le brevetage de ces mêmes organismes vivants. C’est sur ces organismes à l’information génétique modifiée (OGM) que seront déposés les premiers brevets sur le vivant, dès 1980 aux Etats-Unis, avec l'autorisation du dépôt d’un brevet sur une bactérie. Par un tour de passe-passe sémantique, les brevets ont été détournés de leur vocation initiale et la maîtrise de l’information génétique n’est plus assurée. Aujourd’hui aux USA 70% du maïs et du soja sont modifiés génétiquement. Nos positions sont claires : La culture des OGM assujettit les agriculteurs, dont la production est contrôlée en amont et en aval par les firmes agrochimiques Les stratégies déployées sur tous les continents par les agents et filiales de ces firmes avec parfois l'appui des autorités nationales de certains pays en développement, visent purement et simplement à assujettir les agriculteurs en les mettant à leur service. La semence est la base de toute activité agricole2. Avec la semence transgénique dont le fruit est volontairement stérile, les semenciers contrôlent l'amont et l'aval de la production. Les OGM ne résolvent pas le problème de la faim dans le monde La faim et le défaut de souveraineté alimentaire sont d'abord liés au fonctionnement du système capitaliste qui organise la production, l'accès à l'alimentation et sa distribution. Par ailleurs, les OGM proposés sont destinés quasi exclusivement à l'exportation ou à l'alimentation du bétail et sont conçus pour exprimer leur potentiel de production dans les conditions d'une agriculture industrielle qui utilise généralement beaucoup d’intrants (engrais et pesticides). La promotion des OGM n'améliore donc en rien la couverture des besoins alimentaires essentiels des populations les plus exposées à la faim tout en menaçant l’environnement. La double filière OGM et sans OGM est illusoire La mise en place d'une filière sans OGM revient à admettre une filière OGM et les risques de transfert d'une filière à l'autre (pollutions génétiques, mélange lors des manipulations et sur les chaînes de conditionnement…). L'absence d'évaluations sérieuses et de connaissances sur les risques pour la santé et l'environnement, l’impossibilité de confiner et tracer les productions ou encore les coûts qu’engendre son contrôle poussé rendent illégitime la création d'une filière OGM. De surcroît, une telle filière détruirait toute possibilité par exemple de culture biologique à proximité.
2 Voir notamment les actions de l’association Kokopelli

Les OGM présentent des risques pour la santé et l'environnement Les manipulations génétiques induisent des changements dans le fonctionnement des plantes et provoquent la synthèse de nouveaux composés potentiellement toxiques dans l'alimentation ainsi que la dissémination à grande échelle de gènes de résistance, notamment à des antibiotiques couramment utilisés en santé humaine et animale. La plupart des plantes transgéniques commercialisées sont conçues pour produire ou tolérer des pesticides et des insecticides, dont les rédisus sont susceptibles de s'accumuler dans la chaîne alimentaire et d'avoir des effets toxiques à long terme. De plus les pollutions génétiques favorisent l'apparition de nouvelles espèces envahissantes (véritable menace pour la biodiversité) ou se transmettent aux bactéries du sol. Nous proposons des actions proches de celles proposées par la Confédération Paysanne soit : L'interdiction du brevetage du vivant : patrimoine inaliénable et commun de l'humanité Un moratoire immédiat sur la commercialisation et la mise en culture des OGM L'arrêt de tous les essais et cultures en milieu ouvert en Europe (sauf expériences en milieu confiné) La prise en compte et un débat public autour des travaux d'évaluations indépendants L'étiquetage et la traçabilité obligatoires sur tous les produits agro-alimentaire. Un régime de responsabilité spécifique aux OGM permettant de poursuivre les auteurs des contaminations (financièrement et juridiquement). Une recherche publique forte, pluridisciplinaire et indépendante Une taxation ou tout autre dispositif permettant d'assurer la protection des productions de qualité, bio et issus de l’agriculture paysanne et nourricière.

2.3 Pour une fiscalité internationale3 et l’annulation de la dette
La fiscalité est, avec la monnaie, un des deux piliers de la souveraineté des Etats. Mais les systèmes fiscaux ont été mis en place lorsqu’ils coïncidaient avec les frontières des territoires nationaux. Ils ont permis la souveraineté et l’autonomie des politiques nationales. Mais, avec la mondialisation et la libre circulation des capitaux et transactions financières, les fiscalités des Etats sont mises en concurrence et les économies nationales perdent autonomie et efficacité. Les entreprises transnationales, les banques et les investisseurs, tout en utilisant également et abondamment les paradis fiscaux (50% des flux financiers internationaux et autant pour l’activité internationale des banques), jouent avec cette concurrence afin de se soustraire au maximum à l’impôt. L’évasion fiscale, cette délinquance réservée aux riches reste à ce jour non réprimée : elle est en effet parfaitement tolérée pour les entreprises transnationales ainsi que les hauts revenus, au détriment des Etats assurant une bonne protection sociale et des services publics de qualité. Trois types de taxes globales et un dispositif de plafonnement de la rémunérations des actionnaires sont à envisager : Les taxes sur les transactions financières (change et bourse) : vieille idée suggérée par Keynes en 1936, reprise par Tobin en 1978 et par ATTAC en 1998 pour lutter contre la spéculation financière voire aider les pays en développement. 2000 milliards de dollars changent de main chaque jour ouvrable, uniquement liés à la spéculation et à la recherche de profits immédiats (et donc sans aucun rapport avec l’économie réelle). Une taxe, même faible, sur ces transactions se chiffrerait en centaines de milliards de dollars soit beaucoup plus que l’aide totale aux pays en développement.
3 D’après Dominique Plihon, Jacques Cossart et Bruno Jetin d’ATTAC.

La taxe unitaire sur les bénéfices des firmes transnationales : elle consiste à indexer et localiser la fiscalité sur le chiffre d’affaire réalisé dans chaque pays ou la firme est implantée. Le taux de prélèvement serait identique pour l’ensemble des pays participant à ce système. Selon ATTAC, une taxation moyenne à 25% rapporterait près de 1000 milliards de dollars par an, auquel il faudrait soustraire les taxations déjà existantes. Les taxes écologiques : nous en avons déjà évoquées certaines dans la partie consacrée au défi écologique, mais on pourrait en rajouter d’autres (sur les déchets nucléaires, l’uranium et l’armement…). Les taxes globales suscitent toujours les mêmes critiques concernant leur faisabilité et efficacité en l’absence de gouvernance mondiale. Ces critiques ne sont pas recevables. Le rapport Landau (2004) propose plusieurs formules d’application pouvant permettre le ralliement des Etats les plus réticents. L’Union Européenne, première puissance économique mondiale, pourrait - par son volontarisme - montrer le chemin. L’instauration de taxes globales est une question plus politique qu’économique ou technique et serait un pas vers une mondialisation plus positive. Un dispositif fiscal (SLAM – Shareholder Limited Authorized Margin), selon Frédéric Lordon, Directeur de recherches au CNRS, permettra de plafonner la rémunération maximale des actionnaires en prélevant intégralement tout ce qui dépasse ce plafond règlementaire. Le SLAM fait ainsi disparaître toute incitation des actionnaires à pressurer indéfiniment les entreprises (délocalisation, précarisation et flexibilisation des salariés). Pour l’annulation de la dette du tiers-monde La dette, au Nord comme au Sud, collective ou individuelle, est au cœur du modèle économique libéral actuel. Elle permet de transférer et prélever, par les intérêts, la richesse du travail vers le patrimoine des plus riches, ceux qui peuvent prêter. Pour réduire le paiement des intérêts de la dette, des politiques de rigueur et d’austérité sont mises en place au Nord, des politiques d’ajustement structurelles au Sud. Toujours pour le plus grand bénéfice d’une minorité. Il s’agit certainement du plus vaste hold-up planétaire jamais réalisé. La dette accélère considérablement les migrations vers le Nord, que nous prétendons vouloir combattre tout en les suscitant. Le co-développement passe nécessairement par la remise à plat de la dette. Ou alors c’est au mieux un vœu pieu, au pire une escroquerie. Nous nous prononçons clairement pour l’annulation totale de la dette de tous les pays du Tiers Monde, dette qui à ce jour concerne essentiellement l’Afrique. Nous rejoignons largement le CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde) qui propose un impôt mondial sur les grandes fortunes et la suppression des paradis fiscaux. Le CETIM (Centre Europe Tiers Monde) et le Forum Social Mondial, entre autres, ont beaucoup travaillé à rendre possible une annulation réaliste de cette dette.

2.4 Sans-papiers et co-développement
La planète est un patrimoine commun : nul ne choisit ni le lieu, ni l’époque, ni l’environnement politique, économique et environnemental de sa naissance. Seule une politique de migration solidaire, réaliste, ouverte et humaniste est dès lors acceptable. Les pays dits « riches » sont responsables des déséquilibres actuels entre pays d’origine et pays d’accueil. Aujourd’hui, les flux migratoires sont le résultat de déséquilibres entre les pays : l’immigration est à la fois l’occasion, pour les pays du Nord, de s’enrichir en allant piller ailleurs les ressources humaines et naturelles et pour les migrants des pays pillés de fuir des conditions économiques et/ou politiques souvent très difficiles, voire des situations environnementales intenables du fait du dérèglement climatique. Les pays « riches » ont largement contribué à créer une « pression migratoire » et à l’alimenter, rendant inopérante et injuste toute politique de restriction migratoire. Ils entretiennent la misère et le désespoir dans les pays pauvres, en perpétuant le pillage de leurs richesses, acculant les plus pauvres à la migration. Enfin, ils ont aggravé la situation en diminuant leurs aides aux pays en développement depuis les années 1990. Or, les immigrés et les Français issus de l’immigration sont les premières victimes de l’insécurité économique, du chômage, de la précarité des conditions de travail, de la perte de confiance et de solidarité. On leur réserve de surcroît le rôle du bouc émissaire de tous les maux de notre société. Or ils sont comme tout être humain à la recherche d’équité et de dignité. Se battre pour une nouvelle politique de migration Le droit à la migration est un droit fondamental. Pour que cette chance soit partagée entre les individus et les pays d’accueil et d’origine, la liberté de circulation et d’établissement doit être reconnue comme un droit fondamental, conformément aux articles 13 et 14 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948. La transition vers une nouvelle politique migratoire ouverte et humaniste implique : la régularisation de tous les sans-papiers actuellement sur le territoire français (dont beaucoup sont exploités du fait de leur absence de statut) la dépénalisation du séjour irrégulier l’instauration d’un caractère suspensif pour tout recours contre une décision administrative de refus de séjour des sans-papiers l’abolition de toute rétention administrative l’abandon des restrictions au regroupement familial la lutte contre les entreprises des pays d’accueil qui cherchent à exploiter l’immigration clandestine et contribuent en premier lieu à appeler ces immigrants la possibilité pour l’ensemble des migrants actuellement en France de disposer, sur simple demande, d’une autorisation de séjour et de travail de longue durée (titre de séjour unique et renouvelable). la motivation systématique pour tout refus, qui ne pourra être justifié que par les risques avérés que ce migrant ferait courir à la nation ou aux personnes l’accès des migrants aux mêmes droits fondamentaux que ceux des citoyens nationaux la mise en place de formations spécifiques d’adaptation (enseignement linguistique, formations complémentaires) ainsi que des conditions d’une intégration à la vie de la cité, dont le droit de vote immédiat aux élections locales. Nos propositions pour un véritable co-développement Le co-développement que nous souhaitons doit s’appuyer sur : un encouragement des migrations temporaires (études, bourses, échanges de savoirs…) dans une logique d’allers-retours entre pays d’accueil et pays d’origine qui favorisent le développement de celui-ci et le retour des personnes qui le souhaitent ; un développement des échanges d’éducateurs, d’enseignants, d’artistes sur la base de projets bilatéraux, une reconnaissance réciproque des diplômes ; l’attribution automatique d’un statut (titre de séjour, droits fondamentaux) de longue durée. En effet, ce n’est que sur la base d’un statut stable et de longue durée que des coopérations durables peuvent être entreprises par les immigrés installés avec leur pays d’origine. La double nationalité pourra être accordée après cinq ans de résidence aux étrangers attestant d’une maîtrise minimum de la langue nationale, ouvrant ainsi le droit de vote à l’ensemble des élections. les facilités accordées aux migrants issus des pays en développement pour effectuer des transferts de fonds. Les études montrent en effet que ces transferts constituent un mode de coopération privilégié. Il s’agit donc de limiter les frais liés à ces transferts, de favoriser des transferts collectifs (via des associations porteuses de projets locaux). Le refus de la marchandisation du vivant et la garantie de l’accès aux soins et aux médicaments au-delà de toute logique marchande. L’Europe devra renoncer à ses aides à l’exportation de matières agricoles. Une véritable souveraineté alimentaire . Enfin, une politique de naturalisation plus généreuse sera mise en place. Ces mesures complètent l’aide au développement (financière et technologique) qui devra être accrue et recentrée pour mieux lutter contre la misère et soutenir en priorité les projets locaux émancipateurs.

3. Pour un élargissement des droits fondamentaux
« Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté » Article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. L’objectif de toute société devrait être de permettre à chacun de ses membres de s’épanouir et de devenir des citoyens éclairés et libres qui agissent sur le présent et la démocratie, qui s’investissent dans la vie de la cité, qui participent équitablement à l’effort de production des biens et des savoirs… Sans accès aux droits fondamentaux comment peut-on véritablement exercer sa citoyenneté ? La satisfaction de l’ensemble de ces besoins est donc un préalable inconditionnel que la société doit garantir à chacun. Or, aujourd’hui, l’individu gagne le droit d'exister s’il participe et soutient la logique dominante qui, avec cohérence, associe (ou veut associer) un droit à chaque devoir. Cette logique n’est pas la nôtre. Dans la société que nous voulons construire, il existera des droits liés à l’individu du seul fait de son existence, sans considération de « mérite », de statut social ou de nationalité. Ces droits sont ceux qui président à la fois à l’épanouissement du citoyen et de la collectivité. Construire et garantir ces droits relèvent d’une exigence éthique et humaniste, fondatrice du « vivre ensemble » et indépendante du sexe, de l’âge ou de la catégorie sociale (même si chaque catégorie sociale doit contribuer à la mesure de ses moyens au financement de ces droits).

3.1 Vers une prise en charge universelle des soins par un pôle public de la santé
La notion de « droit à la santé » renvoie au droit de chaque individu de bénéficier du meilleur état de santé possible. Il signifie que l’individu a droit à un ensemble de mesures relatives à la prévention de la maladie et au traitement du patient, mais aussi à ce que l’Etat s’abstienne de tout acte qui pourrait mettre en danger sa santé. Le droit à la santé c’est finalement le droit aux soins, à la prévention mais aussi à la sécurité sanitaire, son caractère inconditionnel et universel est d’abord une question de justice et de fraternité. En France, seules 75% des dépenses de santé sont prises en charge par les régimes d’assurance maladie obligatoire, le reste relevant des organismes de couverture complémentaire facultatifs ou de la prise en charge directe par le malade. Malgré l’instauration de la Couverture Maladie Universelle (CMU), qui reste un progrès et un acquis majeur (avec 4.5 millions de bénéficiaires), environ 6 millions de personnes ne sont pas couvertes par une assurance maladie complémentaire. De plus, il existe de très fortes disparités entre ces assurances complémentaires qui évoluent dans un marché fortement concurrentiel, avec des inégalités face aux coûts d’accès considérables. Parce que la vie humaine ne peut pas avoir de prix et parce que les droits à la santé constituent une pierre angulaire du « vivre ensemble », ceux-ci, plus que tous les autres droits fondamentaux, doivent bénéficier d’un effort collectif particulier. Nous proposons une couverture médicale qui remboursera l’ensemble des soins et dispensera les patients des avances de frais. Elle consistera en une assurance maladie universelle. Elle sera unique, uniforme, obligatoire et remplacera la multiplicité des systèmes d’assurances maladie (obligatoires et/ou complémentaires). L’accès aux soins ne devra pas être un revenu différé du travail. L'impôt se substituera donc au financement par les cotisations sociales. Dans cette optique, le contrôle et la gestion des organismes de protection sociale doivent être conjointement assumés par le Parlement et un organe représentatif de la société civile. Par ailleurs, si le droit à la santé, comme celui à l’éducation, est un droit essentiellement financé sur fonds publics, comment expliquer que le système de santé, à la différence du système éducatif, soit composé d’un secteur libéral hypertrophié ? Pourquoi les médecins et personnels de santé ne sont-ils pas, comme dans l’Education Nationale, essentiellement des membres de la fonction publique ? Que l’on considère les modes de rémunération, la répartition géographique des activités, les missions ou le financement du système de santé, il apparaîtrait juste, utile et nécessaire pour les médecins, les patients et les contribuables de créer progressivement un corps étendu d’Etat de la fonction médicale intégrant l’ensemble de la profession (médecins, pharmaciens, dentistes, infirmières, professions paramédicales, industrie pharmaceutique…) autour d’un service public de la santé qui ne devra pas remettre en cause le choix de son médecin. Il convient non seulement de donner un accès gratuit aux soins, mais aussi de repenser notre système médical pour favoriser la prévention. En effet, dans de nombreux systèmes médicaux, à l’image du système français, les questions médicales sont centrées sur les soins plutôt que sur la prévention des maladies. Une explication de ce phénomène réside dans le mode de rémunération des médecins : une rémunération « à l’acte » conduit à un développement du nombre de consultations et d’actes médicaux ainsi qu’à une prescription parfois excessive de médicaments. Il faut donc privilégier un paiement forfaitaire du médecin en fonction du nombre de patients suivis. Par des politiques volontaristes en matière d’organisation du système médical, le système contribuera aussi à réduire les contraintes financières qui pèsent sur lui, sans pour autant s’appuyer sur une maîtrise comptable (et donc forcément injuste) des dépenses.

3 .2 Le droit à accéder à un minimum de ressources
« Vous voulez les misérables secourus, moi je veux la misère supprimer » Victor Hugo. L’accès minimum à un certain nombre de biens et de services relève d’une logique d’humanité. Les droits fondamentaux doivent inclure des ressources matérielles permettant la lutte contre l’exclusion et l’indépendance des individus vis-à-vis des pressions que le système économique exerce sur eux. Accès minimum gratuit à l’énergie, l’eau et aux télécommunications Nous considèrons que les premières tranches de consommation d’eau, d’électricité et de certains services de télécommunications essentiels doivent être considérées comme des biens fondamentaux garantis par la collectivité indépendamment des situations financières ou sociales des individus. Le financement de ces droits sera essentiellement assuré par une surfacturation progressive des tranches situées au-dessus de ce minimum. Le calcul sera fait de manière à ce que les gros consommateurs, privés ou entreprises, paient pour les plus sobres ou les plus démunis, ce qui ne serait que justice. De plus, un tel système inciterait chacun à réduire ses consommations énergétiques et de ressources naturelles. De manière générale, la gestion publique, démocratique et transparente des ressources et de ces droits apparaît indispensable. Un plan « Marshall » de travaux de rénovation et d’isolation de l’habitat favorisant les économies d’énergies (Negawatts), qui ciblera en priorité les HLM et les habitations des classes populaires, accompagnera le développement de ces droits afin que les tranches de consommation offerte soient quantitativement faibles tout en correspondant à l’ensemble des usages essentiels. Ressources minimum en matière d’électricité et d’eau : quelques ordres de grandeur A titre d’illustration, en matière d’électricité, la consommation moyenne par habitant est de 2500 kWh/habitant. Prenons l’hypothèse que le tiers de cette consommation soit gratuite pour tous (environ 850 kWh/habitant), que les 850 kWh suivants soient facturés au prix actuel et que le prix des tranches supérieures augmente progressivement afin de compenser la gratuité des 850 premiers kWh. Dans ce cas, le consommateur moyen voit sa facture inchangée, sans alourdir la charge de l’Etat ou des collectivités locales. Un consommateur qui consomme moins d’électricité que la moyenne voit sa facture baisser par rapport à la situation actuelle et un gros consommateur voit sa facture augmenter. La mesure pourrait être envisagée sans jamais faire appel aux fonds publics, déjà mis à contribution pour environ 500 000 ménages qui sont dans l’incapacité de payer leurs factures. De même, en matière d’eau, la consommation domestique en France est d’environ 165 litres par habitant et par jour pour un coût moyen annuel de 177 €, selon l’Institut Français de l’environnement. Dans le même esprit que le programme des Verts, nous proposons que soit accordés gratuitement les 50 premiers litres, les 50 litres au dessus restant au tarif actuel et l’excédent augmentant progressivement. Pour l’eau, plus encore que pour l’électricité, mettre en application cette mesure peut être considérée comme une urgence humanitaire. Une couverture logement universelle Une Couverture Logement Universelle (CLU) doit être instaurée, à l’image de ce qui se met en place dans d’autres régions (comme l’Ecosse et son Housing Act, voté en 2003). La CLU (ou droit opposable au logement) pourrait garantir à chacun un logement décent tout en donnant un certain nombre d’assurances aux bailleurs sociaux. Elle devra bien évidemment être assortie d’un plan massif de construction de logements sociaux qui garantissent une vraie mixité sociale et, pour cela, clarifier les responsabilités locales et nationales. Nous proposons également la mise en place d’une obligation de mixité sociale dans les programmes immobiliers. Cette mixité pourra également s’appuyer sur une loi rendant « potentiellement social » tout appartement se libérant (l’Etat complétant le financement du bail)4. Rappelons que 70 % des foyers répondent aux conditions de ressources requises pour accéder à un logement social avec 48% à Paris, plus de 70% en Languedoc-Roussillon, et jusqu'à 85% dans certains DOM5. La question du logement devra enfin s’insérer dans une logique d’ensemble en insistant davantage sur la nécessaire coordination au niveau des structures d’aide médicale et d’aide sociale. Une amélioration de l’environnement de vie des banlieues populaires devra être entreprise en soutenant notamment le développement des activités associatives, citoyennes et économiques, du commerce de proximité et des transports. Pour un revenu universel d’existence Le problème majeur auquel est confrontée la société humaine n’est pas tant la production de richesse que la nature et la destination de la richesse produite, et partant, le lien social entre les individus. Le revenu d’existence, ou allocation universelle de revenu, répond à l’exigence de justice sociale. Il permet de se dégager de l’aliénation à la valeur travail et de répondre aux besoins fondamentaux. UTOPIA souhaite lancer un large débat de société sur cette question essentielle. Dans son acception la plus large, l’allocation universelle consiste en un versement social distribué de façon égalitaire et inconditionnelle à tous les citoyens. C’est suivant cette acception que nous parlerons ici indifféremment de revenu d’existence ou d’allocation universelle de revenu. L’allocation universelle est une mensualité égale pour tous, versée de la naissance à la mort, due à chacun en tant qu'héritier légitime de la richesse accumulée par les générations antérieures, qu'il contribue à enrichir par ses activités tout au long de sa vie. Cette mensualité est individuelle, inconditionnelle, inaliénable, non affectée (et donc d’utilisation totalement libre) et cumulable avec tout autre revenu. Elle crée un lien de solidarité indispensable entre tous les membres du corps social. 4
Marie-Hélène Bacqué et Jean-Pierre Lévy, L’autre campagne, …
5
Source INSEE

Instaurer l'allocation universelle, ce n'est pas tenter de corriger les effets du néolibéralisme ou de secourir les plus démunis, c'est remettre fondamentalement en cause la logique capitaliste et chercher un autre mode d'organisation sociale. Mais elle se heurte à deux blocages principaux : un blocage culturel, conventionnel et sociétal qui empêche d’imaginer un revenu perçu sans la contrepartie d’un travail, un blocage intellectuel qui empêche de voir comment l’instauration d’un droit inconditionnel au revenu peut entraîner la restauration d’un droit au travail librement consenti, respectueux de chacun et de tous. Pourtant, l’échec patent des différentes politiques de lutte contre le chômage et de « réduction de la fracture sociale » montrent combien il est impossible de lutter contre les inégalités, le chômage et la misère sans remettre en cause le système actuel. Au-delà du débat sur le montant d’un tel revenu, qui n’est pas tranché, techniquement, même si nombre de questions demeurent, il existe des solutions pour financer une allocation universelle : Donner la priorité aux questions sociales dans la distribution du budget de l’Etat. Accompagner sa mise en place d’une refonte du système fiscal actuel qui, par les prélèvements sociaux, fonde notre système de solidarité (retraite, santé, chômage) sur le salariat. Faire entrer l'allocation universelle dans la composition du revenu imposable global, augmentant ainsi la recette fiscale globale. Ceux dont l'allocation universelle est l’unique revenu ne seront pas soumis à l'impôt. En revanche, les revenus les plus élevés la reverseront en quasi-totalité. Il existe d’autres mesures sur lesquelles de nombreux économistes (par exemple Philippe Van Parijs, Yoland Bresson, Yann Moulier Boutang, Alain Caillé ) ont fondé leurs travaux6. Permettant à tous les citoyens de disposer d’un revenu permettant de couvrir les besoins fondamentaux, accompagnant un nouveau modèle de développement, le revenu d’existence permettrait de donner une égale dignité à tous les choix d'existence et favoriserait l'émergence de tout un pan d'activités aujourd'hui délaissées car situées hors de la sphère marchande. 3.3 Le droit à l’éducation Le droit à l’éducation, au sein d’une école laïque, gratuite et obligatoire, est essentiel parce qu’il permet à l’individu de développer son sens critique, de forger le plus librement possible son opinion, de créer du lien social et de préciser la nature de son engagement citoyen. Dans un contexte de fort chômage, c’est au détriment de ces objectifs de formation du citoyen que l’école se voit assigner comme mission prioritaire la formation de jeunes prêts à occuper les emplois disponibles sur le marché du travail. L’Etat tend alors à abandonner progressivement l’idée de former des citoyens pour formater de futurs producteurs/consommateurs. Dans ce même esprit, l’école encourage une « culture » de la compétition et de la « performance », qui décourage et laisse de côté beaucoup de jeunes. Utopia refuse une école dont le rôle premier serait de valoriser le « potentiel économique » de l’individu et son esprit de compétition. Pour nous, l'école doit avant tout permettre à chacun de devenir un citoyen libre et éclairé, capable de comprendre les enjeux du monde qui l’entoure, de débattre, de s’adapter à ses changements, de s’engager et d’agir dans la cité. L’école de la République L’école républicaine doit accueillir des enfants de toutes origines, de tous milieux, de toute croyance. Elle doit favoriser la mixité sociale et jouer pleinement son rôle de socialisation qui fonde notre « vivre ensemble ». Aujourd’hui elle ne le peut pas. L’enseignant seul ne peut tout assurer. C’est la constitution d’équipes éducatives qui est garante du projet d’établissement, du suivi individualisé des élèves, de l’aide gratuite au travail personnel, des critères de sanction qui intègrent au lieu d’exclure, du projet d’orientation en dialogue avec les familles.
6
Voir les travaux du BIEN (Basic Income European Network).

On a laissé trop souvent laissé les territoires concentrer des populations de classes sociales semblables et les dérogations se sont multipliées au sein du système public : on assiste à une fuite des « élites » vers les établissements les mieux « cotés » ou accueillant le moins de jeunes des milieux défavorisés. Cela crée des ghettos qui viennent s’ajouter à ceux existants. Lorsqu’il existe des écoles privées non soumises aux cartes scolaires, comment peut-on construire une société solidaire et fraternelle en acceptant une telle ségrégation dès l’enfance ? Nous proposons donc l’intégration des écoles privées, actuellement sous contrat et hors contrat, au service public et laïc de l’Education, seul véritable garant de l’intérêt général. Nous proposons également de développer une réelle mixité sociale en reconstruisant une carte scolaire sur une base dépassant la seule proximité géographique de l’habitation (c’est-à-dire en scolarisant des jeunes dans d’autres quartiers que le leur). La mixité sociale sera alors facteur d’émulation, moteur d’apprentissage. La relative hétérogénéité des publics pourra contribuer à développer la compréhension des différences entre individus ainsi que le respect et l’ouverture aux autres. Enfin, l’éducation civique doit permettre d’apprendre aux élèves à s’intéresser aux autres, à s’écouter, à se respecter, à débattre, à définir des règles de vie commune, à conduire des actions collectives, à coopérer. Démocratiser l’enseignement supérieur Après sa massification, l’enseignement supérieur doit être démocratisé : les inégalités dans l’accès aux parcours de l’enseignement supérieur doivent être réduites. Un tel objectif ne peut évidemment pas être atteint par une sélection par l’argent que représenterait l’élévation des frais de scolarité, même aidés par des bourses ou des prêts à taux 0%. Certains étudiants de milieux moins favorisés ont souvent moins confiance dans leur capacité à réussir et donc à conserver leur bourse ou à rembourser leur prêt. Si la démocratisation passe par une information plus poussée sur les filières, leurs exigences et leurs débouchés, la démocratisation ne doit pas s’appuyer sur une orientation préalable ou la mise en place de quotas dans les formations universitaires. L’objectif de démocratisation ne peut pas non plus passer par une mise en concurrence des établissements au risque d’accroître les inégalités entre les universités riches et pauvres. La démocratisation des cursus universitaires passe aussi par un fort accroissement des dotations aux universités afin qu’elles disposent des mêmes moyens que les grandes écoles et la mise en place d’une allocation d’autonomie pour les jeunes. A partir de 18 ans, le jeune majeur doit pouvoir acquérir une indépendance économique et être en mesure de se former dans des conditions décentes, indépendamment de son milieu social. Il faut désormais accorder, comme le soutient l’UNEF (Union Nationale des Etudiants de France), une majorité sociale aux jeunes en même temps que leur majorité civile, leur donner les conditions pour réussir leurs études sans avoir à concilier leur projet d’étude avec un travail salarié.

3.4 Le droit à la culture et à l’information
Pour Utopia, la culture est constituée de l’ensemble de connaissances, de pratiques artistiques, de lois, de coutumes, de savoir faire qui nous identifient et nous rassemblent. L’accès à la culture fait donc naturellement partie des droits fondamentaux puisqu’elle constitue, fonde et cimente la vie en société, crée la communauté, la société, ses valeurs et ses institutions. C’est notamment grâce à elle que nous portons un regard aigu sur le monde, nous permettant de nous forger notre propre jugement, de nous soustraire au modèle dominant, de nous ouvrir à notre environnement et de pouvoir le comprendre. La culture contribue à éclairer le citoyen en même temps que le citoyen éclairé s’appuie sur elle pour construire le présent et se projeter dans l’avenir. C’est la raison pour laquelle les politiques culturelles doivent permettre à chacun de trouver ses propres modes de lecture et d’expression à partir d’un socle de connaissances et de valeurs acquises et partagées. Un de nos défis démocratiques majeurs reste d’élargir au plus grand nombre l’accès aux différentes expressions culturelles, des arts, des sciences ou de la pensée sachant qu’aujourd’hui 2/3 de la population n’accède pas aux différentes activités proposées pour le grand public (musée, théâtre, opéra…). Une nouvelle politique culturelle, basée sur ces convictions, dépassant la seule volonté de développer l’offre, permettra de proposer une véritable alternative loin des stéréotypes véhiculés par les médias et la publicité. Parce que les logiques du marché n’ont aucun rapport ni avec des choix démocratiques, ni avec des enjeux proprement culturels, la culture doit échapper au droit commun en matière commerciale. Il nous faut garantir à tous les niveaux le principe de l’« exception culturelle », afin que les œuvres puissent exister et être diffusées sans exigence de rentabilité. Dans l’univers du spectacle vivant, du cinéma et de l’audiovisuel, les salariés permanents ainsi que les intermittents doivent être en mesure de participer, ensemble, à la production culturelle. Il est nécessaire de donner aux artistes un véritable statut et un rôle social en préservant leur indépendance ainsi que les moyens et les temps nécessaires à la création (composition, répétition…). Une diffusion culturelle garante de la diversité L’Etat doit être garant de la diversité culturelle sur l’ensemble du territoire afin de la faire vivre et de permettre à tous les citoyens d’en tirer parti. La question se pose avec autant d’acuité dans les domaines trop concentrés de l’édition (édition et distribution) ou de l’audiovisuel. Dans ces secteurs, une loi devra limiter les concentrations capitalistiques afin de préserver la pluralité et la diversité culturelle. Des dispositions de protection de ces activités pourront également être prises, notamment face à des groupes étrangers qui ne respecteraient pas ces critères de concentration. Enfin, dans tous ces domaines, le rôle de l’Etat ou des collectivités locales est aussi d’assurer un pluralisme culturel en soutenant les structures indépendantes sur l’ensemble du territoire. Un accès à la culture pour tous La diversité culturelle n’a de sens que si elle rencontre un public large, participe de la reconstitution et de l’entretien du lien social et constitue un vecteur de réintégration des classes populaires dans l’espace public. Une politique d’éducation culturelle renouvelée et audacieuse est nécessaire. L’enseignement des différentes formes artistiques, mais aussi des matières culturelles au sens large, touchant tous les aspects de la citoyenneté et permettant à la fois l’implication identitaire et l’ouverture sur le monde, doivent être entrepris comme un acte essentiel. Les pratiques culturelles doivent être encouragées par un investissement public approprié, à la fois dans le milieu scolaire, et dans le cadre des activités proposées par les collectivités locales. Ainsi, les expériences de gratuité des musées qui ont permis d’attirer de nouvelles populations, jusque là exclues, doivent être étendues sur l’ensemble du territoire. Le droit à une information respectueuse de l’individu L’accès à l’information et sa diffusion constituent des dimensions clefs de la vie démocratique. Or, par intérêt économique, par proximité avec les gens de pouvoir, par facilité, la plupart des organes d'information - et plus particulièrement audiovisuels - ont renoncé à ce qui devrait être leur mission, pour nous imprégner d’une idéologie libérale et lui donner un caractère universel. La diversité d'approche et d'analyse n'est pas la règle, l'espace pour des regards différents est extrêmement réduit. Tous les journaux télévisés sont construits sur le même modèle. L'uniformité domine. L’instantanéité règne. Là est bien le danger, d'autant que la plupart des médias sont directement la propriété de grands groupes privés ou sous influence du domaine marchand. Il est urgent de sortir de cette dictature des médias qui ont acquis un pouvoir excessif mettant en péril la démocratie elle-même. Nous proposons de réguler le marché de l’audiovisuel et de la presse de manière à limiter les concentrations capitalistiques, à garantir une pluralité et une diversité des contenus ainsi que le respect d’un minimum d’éthique. Ainsi, dans la presse et l’audiovisuel, les parts détenues par un groupe privé ne pourront pas représenter plus de 30% du capital des plus grands media et pas plus 15% de l’audience dans chaque type de media (presse, télévision, radio). Les entreprises réalisant plus de 10% de leur chiffre d’affaires dans les marchés publics ne doivent pas être autorisées à prendre de participation dans les media. Par ailleurs, l’éducation au décryptage de l’information et du traitement médiatique devra être dispensée très tôt.A l’heure où l’objectif ouvertement affiché d’un patron de chaîne de télévision est de générer de la disponibilité dans les cerveaux des téléspectateurs pour vendre plus de publicité, il est temps que l’école et les relais éducatifs mettent en place des moyens humains et s’équipent pour un apprentissage systématique de l’utilisation des nouveaux outils de communication, qu’ils enseignent aux élèves à avoir un regard critique sur les médias, à disséquer les images, à analyser les informations, à prendre du recul par rapport aux fictions. Enfin, nous préconisons également la taxation de la publicité au niveau de l’achat d’espace. Un taux de 5% représenterait en France environ un milliard d’euros de recette.

3.5 Libertés individuelles
Le droit au respect de la vie privée
L’exercice d’une pleine citoyenneté ne peut s’envisager sans un profond respect de la vie privée. Cette réaffirmation est d’autant plus importante que, pour des motifs commerciaux ou sous couvert de la « lutte antiterroriste », la dernière décennie a été marquée par une accélération du fichage et des interconnexions de fichiers. La société de contrôle est désormais bien installée. La multiplication des applications informatiques dans tous les domaines appelle à une mobilisation et une vigilance plus grandes. Il est manifeste que l’on a franchi, grâce aux nouveaux outils, un seuil dans la mise en place d’une politique de surveillance de la population en France qui n’avait jamais été atteint auparavant. Le respect de la vie privée constitue un droit fondamental de l’homme que l’on retrouve dans de nombreux textes mais si la personne fichée a des droits, des fichiers restent particulièrement sensibles et sujets à caution. Il en va ainsi des multiples fichiers de police : le fichier Edvige, le STIC (Système de Traitement des Informations Constatées), le FNAEG (Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques)… De même, les nouvelles techniques permettent de nombreux contrôles commes les contrôles au travail par exemple : surveillance des salariés, procédures de recrutement, surinformation, obligation de connexion permanente… Les nouveaux documents d’identité biométriques, ou le dossier médical informatisé constituent également des risques d’atteinte à la vie privée. Face à ce constat, Utopia insiste sur la nécessaire limitation du fichage et de l’exploitation des données personnelles à des besoins incontournables. Le fichage génétique massif doit donc être abandonné et la conservation des empreintes adaptée à la personne et bien plus limitée dans le temps. Les conditions d’utilisation des données biométriques seront limitées aux questions qui nécessitent une sécurité absolue et contrôlées. Les données personnelles, de quelque nature qu’elles soient, doivent être automatiquement détruites à la fin de leur utilisation (par exemple, lors d’un achat en ligne). De plus, tout résultat de l’exploitation des données personnelles doit être communiqué à la personne concernée. Une information citoyenne sur les risques liés à la collecte et à la conservation de données personnelles devra être menée à l’école et dans la société. Enfin, Utopia souhaite que la société civile et les organisations politiques soient consultées systématiquement dans l’élaboration des normes européennes et internationales de création de fichiers de données personnelles.

Rompre avec la vision actuelle des prisons
Il est important de rappeler que les prisonniers sont toujours des citoyens qui disposent, le plus souvent, de leurs droits civiques. Il convient de les traiter avec humanité, de respecter leurs droits et de construire les conditions de leur réinsertion. La référence centrale à l’emprisonnement dans l’échelle des mesures et sanctions pénales doit être supprimée, la prison devant être considérée comme l’alternative ultime à l’ensemble des autres mesures et sanctions pénales. Comme dans d’autres domaines il s’agit de ne plus en rester aux choix politiques pris sous le coup de l’émotion mais d’avancer des propositions fondées sur l’expérience et un projet social plus global. Dans cette logique, Utopia souhaite : l’application immédiate de l’ensemble des recommandations sur les règles pénitentiaires européennes (Rec. 2006-2 du 11 janvier 2006). l’instauration de 3 principes prioritaires de fonctionnement des établissements pénitentiaires : 1) le « numerus clausus » définissant un plafond infranchissable du nombre de personnes détenues par établissement ainsi que du nombre de personnes suivies en milieu ouvert. 2) l’encellulement individuel de nuit en établissement pour l’ensemble des personnes détenues. 3) la participation des personnes détenues à l’organisation de leur vie en détention. la mise en œuvre généralisée de programmes de formation, de préparation à la sortie et de réinsertion, ce qui suppose : 1) de refuser toute mesure ou sanction pénale perpétuelle. 2) de rendre automatique la libération conditionnelle en cours d’exécution d’une peine 3) de rendre automatique un aménagement de peine pour tout reliquat de peine inférieur à 3 mois. 4) d’accompagner les personnes détenues, depuis l’entrée en prison jusqu’à la sortie, en vue de leur réinsertion. enfin, dans l’objectif de mettre fin à la surpopulation carcérale, il convient de redéfinir à court terme une nouvelle échelle des mesures et sanctions pénales : 1) supprimer les peines plancher 2) supprimer les peines de prison avec sursis, parfois comprises comme une non condamnation mais lourdes de conséquences en cas de récidive 3) supprimer les peines de prisons inférieures à un an (remplacées par des amendes prononcées en fonction des ressources ou par des mesures de probation en milieu ouvert). La condition de réussite de cette politique et de cette stratégie nécessite l’adoption rapide d’une loi de programmation pénitentiaire et la création d’un observatoire de l’insertion et de la récidive. Ses résultats s’inscriront parmi les nouveaux indicateurs de « richesse » d’une société.

Pour une démarche résolument féministe
Utopia revendique une démarche féministe. Militer pour le droit des femmes, c’est militer pour le droit de tous, comme le proclamait Mary Wollstonecraft, économiste, en établissant que toutes les inégalités –sexes, classes, races, nations - sont liées entre elles. « Les femmes ne sont ni une race, ni une classe, ni une ethnie, ni une catégorie », rappelle G. Halimi dans Le Monde en 1997. « Elles se trouvent dans tous ces groupes, elles les engendrent, elles les traversent ». Le combat pour l’égalité des sexes est un des plus radicaux. Les historiens et anthropologues l’ont vérifié maintes fois. Aucune civilisation n’en a fait une question mineure car à travers cette question, il y a tout le problème du rapport à l’autre, différent et identique. En trente ans, nous sommes passés d’un modèle où les femmes restaient majoritairement à la maison à un modèle où les femmes, désormais plus diplômées que les hommes, sont très majoritairement actives, y compris avec des enfants en bas âge. Mais l’accès au monde du travail a aussi engendré des inégalités. Les femmes sont particulièrement touchées par la trop faible reconnaissance des différents temps de la vie (activités sociales, parentales, politiques, amoureuses, de production…). L’’Etat a un rôle central à jouer notamment à travers l’Education civique et Histoire des femmes. La société et les institutions doivent aussi évoluer pour donner à chacun des repères pour dépasser les rapports stéréotypés qui régissent trop souvent les relations hommes / femmes. Ce sont encore les femmes qui s’arrêtent de travailler à la naissance d’un enfant ou qui diminuent leur investissement professionnel, elles qui rentrent plus tôt le soir, qui refusent les promotions 7. Devenir mère reste un frein à la carrière professionnelle : 1 sur 3 modifie son travail après un 1er enfant (étude CEREQ 2007), 17% passent à temps partiel, 11% changent de poste ou acceptent une mutation, 7% démissionnent, et 4% prennent un congé parental à temps complet. 20% des jeunes femmes qui ont plusieurs enfants sont inactives. Le salaire des femmes ne représente, en moyenne, que 84% de celui des hommes à qualification et poste identiques dans la zone OCDE. Seuls 7% des cadres dirigeants sont des femmes. Les retraites des femmes sont environ de 900 euros brut contre 1600 pour les hommes.8 Nous voulons « déspécialiser les rôles », c’est-à-dire favoriser un rééquilibrage des rôles entre l’homme et la femme en impliquant fortement les pères dans la vie parentale, en leur donnant l’occasion de relativiser leur investissement dans le travail. Dans ce sens, l’ensemble des dispositifs de la politique familiale doit être revu pour permettre aux hommes et aux femmes de concilier au mieux leur vie professionnelle et leur vie parentale. La société doit garantir à chacun un vrai temps : un temps pour les activités familiales (pour les parents mais aussi pour les enfants), pour les activités sociales, productives et, bien entendu, du temps pour soi. Nous souhaitons allonger de façon significative le congé de paternité et le congé parental et donner les moyens aux inspecteurs du travail de sanctionner les écarts de traitement entre hommes et femmes. Nous proposons la création de comités paritaires nationaux, régionaux et départementaux d’égalité des chances, comme en Scandinavie, qui auraient pour mission de suivre les embauches et promotions, recueillir et examiner les plaintes, faire œuvre de conciliation ou aller en justice quand cela n’est pas possible. Nous nous prononçons également en faveur : d’une parité effective de la représentation nationale et locale. Pour l’assemblée nationale par exemple, nous reprenons à notre compte la proposition qui consiste à diviser par deux le nombre de circonscriptions et à présenter un “ ticket paritaire ” dans chaque circoncription, ce qui amènerait mécaniquement à la parité ; d’une imposition séparée au sein du couple car plus juste et en accord avec l’évolution de la société ; d’investissement dans les centres d’IVG ainsi que dans une sensibilisation assurée par les infirmières scolaires ou des associations reconnues d’utilité publique dans les lycées et collèges ; de la mise en place d’une prise en charge des femmes victimes de violences dès l’accueil dans les commissariats par des personnels formés à cet effet et la mise en place d’un nombre suffisant de lieux d’accueil adaptés (soutien psychologique, juridique, aide au logement…). 7 Dominique Méda, Le temps des femmes 2001 8 Janine Mossuz Lavau, "Pauvres parmi les pauvres ? des femmes", Ed Jean Jaures 2008.


4. Approfondir notre démocratie
4.1 Promouvoir un nouveau rapport au temps pour exercer pleinement sa
citoyenneté
« La réduction de la durée du travail ne présentera pas de valeur libératrice ni ne changera la société si elle sert seulement à redistribuer le travail et à réduire le chômage… Elle exige une politique du temps qui englobe l’aménagement du cadre de vie, la politique culturelle, la formation et l’éducation, et qui refond les services sociaux et les équipements collectifs de manière à faire une plus grande place aux activités autogérées, d’aide mutuelle, de coopération et d’autoproduction volontaires » André GORZ. Repenser notre rapport au temps Contrairement à une idée reçue et répétée, ce n’est pas en France qu’on travaille le moins : en 2006, la durée moyenne hebdomadaire du temps de travail est de 36,1 heures en France, de 34,6 heures au Danemark, de 35 heures en Suède, et de 36,4 en Angleterre 9. Et pourtant, la priorité des gouvernements de droite successifs reste la remise en cause de cette tendance historique. La droite et le patronat ne cessent de rejeter la faute du chômage actuel sur les employés, coupables de ne pas vouloir travailler plus. Il y a 100 ans, le nombre d’heures travaillées par personne dans le cours d’une vie correspondait à un peu plus du double du temps de travail moyen actuel par Français. Ces réductions ont donc incontestablement amélioré le bien-être social. Ne laissons pas accréditer ce non sens économique et ce contresens historique. La réduction du temps de travail doit rester un outil majeur de lutte contre le chômage. Mais elle sera d’abord et avant tout un instrument au service d’un projet de société plus large, une société du temps libéré. Du temps libre supplémentaire permettra de valoriser des activités non productrices de richesses matérielles, mais porteuses de bien-être individuel et de mieux-vivre ensemble. Il faut reconnaître le " temps d'utilité sociale " comme un temps à part entière. Il doit donner à chacun la possibilité d’accéder aux engagements citoyens, à la vie associative, à son éducation et celle de ses enfants, à la culture, aux loisirs créatifs, à l’épanouissement individuel, au sport. Libérer du temps permet de consacrer plus aux autres, à sa famille, à ses amis, à la société, à soi- même. La réduction du temps de travail est un facteur d’épanouissement individuel en même temps qu’elle cultive le lien social. Plus le temps consacré au travail rémunéré est important, plus nous avons tendance, faute de temps disponible, à consommer des marchandises et des services marchands et nous perdons ainsi en autonomie dans la conduite de notre propre vie. Il ne s’agit évidemment pas de décréter quel est le bon usage du temps libéré. Chacun doit pouvoir user de ce temps comme il l’entend. D’où la nécessité d’enrichir l’offre politique, culturelle, associative de proximité, de redonner toute sa place à l’éducation populaire. Car, si le temps libéré ouvre de nombreuses perspectives, il peut être un nouveau facteur d’inégalité sociale entre, d’un côté, ceux qui pourraient mettre à profit ce temps libéré et, de l’autre, ceux qui seraient condamnés à le subir. Le temps libéré ne doit pas être le temps des seules classes dites " privilégiées ". Poursuivre la réduction du temps de travail Nous nous prononçons pour une diminution de la durée légale du travail à 32 heures, sur 4 jours ou sur 185 jours annuels (aménagements négociés avec les partenaires sociaux) avec une limitation stricte des heures supplémentaires, largement majorées, et ce, dès la première. Dans le même temps, nous devons envisager de nouvelles formes de réduction du temps de travail, conçues sur l’ensemble de la vie. A côté de l'aménagement de la journée et de la semaine de travail, c'est le déroulement de toute la vie professionnelle qui devrait être repensé pour rendre possible les interruptions, les bifurcations, les cessations progressives d’activités favorables à l'épanouissement personnel. 9 Eurostat (organisme statistique officiel de l’Europe). Ce sont ces chemins que nous proposons d'explorer pour parvenir à de nouvelles modalités de réduction du temps de travail, plus imaginatives, plus porteuses d'avenir. Pourquoi d’ailleurs ne pas fixer un nombre global d’heures de travail à effectuer dans sa vie, en disposant d’une certaine liberté dans la répartition de ces heures ? Avec l’aide d’un crédit-temps, chaque travailleur se verrait par exemple reconnaître le droit de cesser momentanément son activité professionnelle pour mener un projet hors de la sphère du travail. Les activités associatives, et notamment l’exercice de mandat exécutif dans une association d’éducation populaire, d’intérêt général ou reconnue d’utilité publique, pourraient compter dans le calcul des droits à la retraite par exemple.

4.2 Refonder notre démocratie sociale et conquérir de nouveaux droits
Dans les temps sociaux de chaque citoyen, le temps consacré à la production est, et restera, pour longtemps encore un temps structurant. A ce titre, comme dans les autres sphères de leur vie, les salariés doivent bénéficier de droits forts leur permettant de construire un rapport de force équitable. Ils doivent également pouvoir s’organiser collectivement afin de faire vivre une véritable démocratie sociale. Or, l’analyse de la crise du travail et de l’emploi montre l’écart grandissant entre la réalité des enjeux et l’exercice des pouvoirs collectifs des salariés face aux détenteurs du capital. Refonder notre démocratie sociale Si la Loi votée en août de cette année comporte quelques avancées – notamment avec un nouveau système de représentativité - il faut aller beaucoup plus loin encore. Une véritable refondation de la démocratie dans l’entreprise implique l’instauration d’accords réellement majoritaires reposant sur une démarche de ratification et non, comme à l’heure actuelle, sur une procédure complexe de « droit d’opposition ». Un accord de branche ou d’entreprise ne pourra être valable que s’il est signé par un ou plusieurs syndicats représentant la majorité des salariés. Privilégier la représentation de la majorité absolue des salariés permettra bien évidemment d’instaurer un rapport de force plus équilibré. Pour un financement public des organisations syndicales Le financement des organisations syndicales repose sur des systèmes complexes et opaques, au sein desquels la cotisation des syndiqués ne représentent que 20% du financement total. Nous souhaitons donc instaurer un financement public sur le modèle utilisé actuellement pour les partis politiques. Le financement des syndicats sera issu d’un impôt versé spécifiquement à cette fin par chaque citoyen et par chaque entreprise. Nous proposons des élections nationales tous les 3 ans permettant de connaître la représentativité de chaque organisation. Une enveloppe globale définie par le Parlement serait ensuite répartie entre tous les syndicats, au prorata des suffrages obtenus. Pour une représentation de tous les salariés Il existe dans notre pays deux catégories de salariés. Ceux des grandes entreprises qui bénéficient d’institutions représentatives et de syndicats reconnus par l’employeur. Ce n’est pas le cas pour ceux qui travaillent dans les PME et TPE de moins de 50 salariés. Leur permettre l’élection de Délégués de bassins d’emploi ou de comités locaux de branches dotés des mêmes prérogatives que les comités d’entreprises permettrait de pallier en grande partie cette injustice. Chaque salarié, quelle que soit la taille de son entreprise, devra recevoir une information complète en même temps que sa lettre d’embauche : règlement intérieur, convention collective dont il relève, un livret résumant ses droits et devoirs, le nom et les coordonnées des représentants des salariés auxquels il est susceptible de s’adresser. Enfin, nous proposons de donner le droit de se syndiquer aux militaires (soldats et gendarmes), sur le modèle de ce qui existe pour la police, les services de secours et de santé et l’administration pénitentiaire. La participation des salariés aux actes de gestion de l’entreprise Nous nous prononçons pour la mise en place d’un droit de véto d’une majorité qualifiée d’organisations syndicales dans le cas où l’entreprise envisage des licenciements alors qu’elle (ou son groupe) enregistre des résultats positifs.

4.3 De nouveaux droits pour les salariés
Depuis le début des années 80, la remise en cause systématique et radicale du droit du travail est un mouvement qui touche toutes les économies développées. En France, le MEDEF et la droite n’ont jamais relâché la pression. Jouant sur la peur des salariés de perdre leur emploi, ils ont mené un travail de sape systématique du Code du travail. Nous devons non seulement préserver les acquis, mais aussi conquérir de nouveaux droits sociaux. Le principe de la hiérarchie des normes doit être rétabli : les droits des salariés dans l’entreprise ne peuvent être inférieurs à ceux définis dans les accords de branche qui, eux-mêmes, ne peuvent être en-deçà des droits accordés par le Code du travail. Nous voulons également réaffirmer la primauté de la loi sur le contrat en renforçant notamment l’encadrement strict des horaires de travail atypiques (nuit, dimanche, horaires atypiques, temps partiel subi...). Certaines dispositions comme l’amplitude horaire hebdomadaire, le seuil de déclenchement des heures supplémentaires et des repos compensateurs doivent être recalculés proportionnellement à la baisse de la durée légale. Afin de stopper les abus de certains employeurs, groupes ou branches professionnelles, nous réclamons l’instauration de mécanismes limitant l’emploi précaire. Nous dénonçons l’accroissement des écarts de rémunération en Europe et dans le monde. Cette situation conduit en effet à déconnecter certaines rémunérations de toute réalité économique et sociale alors même que d’autres sont stagnent ou régressent depuis des années au nom de ces prétendues « réalités économiques ». Il est pour nous nécessaire d’instaurer un écart maximum de rémunération de 1 à 10 au sein de chaque organisation et entreprise, publique et privée. Pour les SCOP, cet écart est, déjà aujourd’hui en moyenne de 1 à 6. Nous devons conquérir de nouveaux droits mais aussi nous donner les moyens de les faire appliquer. L’inspection du travail doit aujourd’hui, avec seulement 2000 inspecteurs et contrôleur du travail pour 18 millions de salariés du privé, contrôler 1,2 millions d’entreprises dont près d’un million ont moins de 10 salariés. Nous proposons que le nombre d’inspecteurs et de contrôleurs du travail augmente de façon significative : leur nombre doit être doublé dans un premier temps puis indexé sur le nombre de salariés.

4.4 Pour une Economie Sociale et Solidaire

L’économie sociale et solidaire, un secteur incontournable On nous propose une vision binaire des acteurs économiques de notre société. D’un côté, des entreprises privées qui obéissent aux lois du marché et de l’autre la puissance publique au sens large (Etat, collectivités territoriales) qui fournit des biens et services collectifs. Entre ces 2 pôles, il existe pourtant un secteur à part entière à développer : l’économie sociale et solidaire. Ce secteur regroupe des acteurs différents (Coopératives, associations…) qui ont pour principal objectif de renforcer le lien social. Que ce soit dans l’action sociale, la culture, la santé, le sport ou la formation, ce secteur est aujourd’hui incontournable et représente 1,2 million d’emplois soit 9% de l’ensemble des emplois salariés. Il est créateur de nouveaux emplois, souvent de proximité et non délocalisables, et Certaines des activités de l’économie sociale et solidaire sont connues : aide aux personnes, logement des exclus, structures d’insertion, régies de quartiers, éducation populaire, recyclage… Cette économie permet également, face à la montée des exclusions, l’insertion par l’activité économique de chômeurs de longue durée. Mais ces nouvelles dynamiques ne peuvent en aucun cas être réduites à une fonction palliative. L’enjeu est beaucoup plus large, il s’agit de démocratiser l’économie à partir d’engagements citoyens10. Le développement de l’économie sociale et solidaire nous renvoie à la forme même de démocratie dans laquelle nous souhaitons vivre. Nous voulons bien entendu une démocratie qui s’exerce à travers la puissance publique et donc essentiellement à travers un système représentatif. Nous voulons également une démocratie qui s’appuie sur chaque citoyen en offrant à chacun la possibilité de s’impliquer et de devenir un acteur à part entière dans l’entreprise et dans la société au sens large. Nous souhaitons un équilibre et un échange permanent entre ces deux formes essentielles de délibération collective. Les SCOP, une forme de démocratie sociale Héritières de l’histoire de l’économie sociale, les SCOP (Sociétés Coopératives Ouvrières de Production) sont des entreprises autonomes, dont le capital est détenu par les salariés qui décident ensemble de leur avenir sur la base de la règle « une personne = une voix ». Les scops sont porteuses d’un autre partage de la valeur ajoutée, favorable aux travailleurs et au développement à long terme, et d’une autre vision des relations de travail, moins hiérarchiques. Plus de 1 million de salariés en Europe, 60 000 coopératives, les SCOP ne sont pas une forme marginale d’entreprise, comme certains voudraient le faire croire. Il est vrai que la France fait pâle figure avec 1 400 SCOP employant 35 000 personnes, alors que les salariés coopérateurs sont plus de 170 000 en Espagne, 250 000 en Italie, 300 000 en Allemagne et 313 000 chez les nouveaux membres de l’Union Européenne. Le mouvement reste relativement modeste en taille en France, mais il fait preuve d’un réel dynamisme. Une réflexion sur la démocratie sociale ne peut l’ignorer. Au vu de la transition démographique qui s’annonce, l’Etat et les collectivités locales doivent donc encourager très fortement les reprises et les créations d’entreprises par les salariés sous forme de coopératives par des mesures fiscales, l’accompagnement à la transmission, l’information aux dirigeants, les règles d’achat public, la création de fonds d’investissement pour l’aide à la transmission, la formation….
4.5 Les institutions et la démocratie locale

Pour une Europe fédérale, politique et sociale Nous avons la force, démographiquement, technologiquement, culturellement, de bâtir l’Europe fédérale et politique comme alternative au modèle libéral. C’est une Europe porteuse d’un projet de civilisation qu’il s’agit aujourd’hui de formuler. Son ambition est d’incarner l’exemple d’un autre mode de développement, en rupture avec le modèle de croissance existant. Tant que la dominante libérale règnera au sein des 27 Etats membres, il y a peu de chances pour que l’Europe aille vers un mieux disant social. En panne, elle demeure néanmoins une promesse d’un avenir meilleur. Il faut poursuivre ce projet d’intégration solidaire et relancer les chantiers pour une harmonisation sociale, fiscale et environnementale. Ensemble, les européens doivent vivre dans une société où l’on peut s’enorgueillir d’infrastructures partagées, qu’elles soient de santé ou d’éducation, de transport, de culture ou de loisirs. Il s’agit de démontrer qu’un espace pertinent, aussi bien dans sa démographie que dans sa géographie, peut s’organiser en harmonie avec ses citoyens et son environnement, tout en regardant vers l’avenir et en relevant les défis technologiques et sociaux. Nous devons compléter la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne, la rendre juridiquement opposable, mettre en place un véritable droit social européen, tendre vers une fiscalité unique et à un même niveau de service public, soumettre la banque centrale européenne au contrôle du parlement européen. Ce nouvel espace politique, démocratique et citoyen, devra être au service des droits humains, être respectueux de l’environnement, et promouvoir un idéal de développement durable. 10 cf. J.L. Laville (dir.), L’économie solidaire, une perspective internationale, Paris, Pluriel, Hachettes-Littérature, 2007.

Construire l’Europe Fédérale
La fédération européenne sera l’union de tous les peuples d’Europe concrétisée par la construction d’une société de paix et de prospérité, reposant sur les valeurs européennes, en un mot fraternelle. Elle sera aussi le moyen de faire de l’Europe une entité à part entière, capable d’avancer en son sein avec moins de difficultés, notamment vers une Europe sociale, et d’agir avec efficacité au sein de la communauté internationale. Cette fédération existera au travers de ses institutions, mais également grâce aux moyens et aux compétences dont elle disposera. Dans la perspective d’une fédération européenne, nous souhaitons transformer le fonctionnement et les compétences actuelles du Conseil de l’Union européenne. Nous proposons qu’il devienne, à côté du Parlement européen, la deuxième chambre de l’Union européenne. Ressemblant à un Sénat, il sera composé de représentants des Etats qui siègeront en permanence et seront nommés selon des procédures propres à chaque pays avec la garantie d’une participation étroite des Parlements nationaux et / ou des régions disposant de compétences législatives au plan national, ce qui est le cas dans certains pays. Cela garantira un fonctionnement libre de la Commission. Et cela permettra une participation effective et plus démocratique des Etats dans l’élaboration de la loi et dans le contrôle de la Commission. En ce sens, l’Europe des régions nous paraît la plus à même de répondre à cette exigence de démocratie ayant pour corollaire le principe de subsidiarité (la responsabilité d'une action publique, lorsqu'elle est nécessaire, doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d'elle-même).. La Commission Européenne deviendrait un véritable gouvernement européen. Notre choix est celui d’une Commission politiquement responsable, cohérente dans sa composition et assumant une politique claire. Le gouvernement européen devra être investi par le Parlement et recevoir l’aval d’un Comité (Conseil) des régions transformé. Cette Europe fédérale s’appuiera sur une fiscalité européenne pour le financement de ses compétences - défense, affaires étrangères, interventions structurelles - à travers notamment un impôt sur les sociétés harmonisé.

Institutions nationales : vers une véritable VIème République
Notre constitution de 1958 est aujourd’hui en fin de vie. Utopia se prononce pour une VIéme république fondée notamment sur les 30 propositions énoncées fin 2002 par le groupe de la C6R. Ces dernières reposent sur le renforcement du rôle du premier ministre et du parlement, l’élargissement du référendum, le non cumul des mandats et la limitation de leur durée à 5 ans, le droit de vote des étrangers, la réforme de la justice, l’introduction d’une dose de proportionnelle. Utopia va plus loin en proposant la suppression pure et simple de l’élection au suffrage universel et du poste même de président de la République qui présente selon nous quatre principaux défauts : l’archaïsme monarchique du mythe de la rencontre d’un homme avec son peuple ; le pouvoir exorbitant accordé à un homme en dehors de tout principe de responsabilité et de contrôle. D’un point de vue républicain, le mythe régressif de l’homme providentiel est d’un grand danger démocratique ; la délégitimation de la démocratie représentative : le Parlement ne devient qu’une courroie de transmission d’un exécutif totalement subordonné au Président ; la lecture d’une orientation politique à travers un seul individu aboutit à la « peoplelisation » du champ politique, elle privilégie l’émotion à l’information qui devient l’instrument décisif de l’élection dans une sorte de « star académie » politique, où les candidats s’éliminent sous la pression d’une démocratie d’opinion télévisuelle. D’autres réformes devront être proposées : l’exercice de mandat unique de député (limité à 2 fois dans le temps). Nous demandons à tous les parlementaires socialistes de s’appliquer à eux-mêmes cette disposition sans attendre le vote de la loi. Au niveau local, il faudra mettre en œuvre une nouvelle étape de la décentralisation : l’étape démocratique. Notre démocratie locale doit être fondée sur le principe de représentation par l’élection, mais elle doit reposer également sur la participation permanente des citoyens. Cette démocratie permanente s’imagine dans une société du temps libéré qui permet à chacun de s’investir dans la construction de l’intérêt général. Conclusion : Réinventer la politique « Mais Alors dit Alice, si le monde n’a aucun sens, qui nous empêche d’en inventer un ? » Lewis Caroll. Une autre manière d’imaginer, de penser et de faire de la politique est possible. UTOPIA s'emploie à faire converger citoyens, associatifs, intellectuels et politiques, pour imaginer et construire un projet de société d’avant-garde fort, humaniste et fraternel, dépassant le système capitaliste. Toute la démarche d’UTOPIA est bien là : porter un idéal, définir une ligne politique claire, défendre des mesures radicales et concrètes. A l’issue du Congrès de Reims, la nouvelle direction du Parti Socialiste devra se consacrer à rendre possibles les conditions nécessaires à l’élaboration d’un véritable projet de société, autour d’un idéal de gauche clairement affirmé. Nous reprenons à notre compte l’idée émise par différents mouvements à gauche d’organiser dès 2009 des assises de la Gauche du 21e siècle. Il faudra mettre le patriotisme de parti de côté, et œuvrer de toutes nos forces à l’émergence d’un pôle nouveau et radical. La crise sociale et écologique nous impose en effet de réinventer la politique et de construire un monde permettant à chacun de se réaliser individuellement et collectivement. Une mission qui devra repenser le social dans le cadre de l’écologie et l’écologie dans sa dimension sociale et politique. Une mission qui devra déconstruire l’idéologie productiviste dominante et réconcilier le global et le local. Une mission qui redéfinira ce qu’est la richesse pour une société et pour un individu, et traduira en actes et en propositions nos convictions et notre enthousiasme. Reprendre le combat des idées et du projet de société, lutter contre l’idéologie dominante pour laquelle croissance matérielle, épanouissement par la consommation et centralité de la valeur travail est l’horizon indépassable : voilà le socle, l’accord minimum qui permet à tous ceux qui partagent ce constat de nous rejoindre pour construire les fondations d’un alterdéveloppement. A travers notre approche du socialisme, de l’écologie, à travers notre vision altermondialiste et notre conception élargie des droits fondamentaux, nous exposons notre projet de société en avançant, thème par thème, orientations et propositions concrètes dans un livre : le Manifeste UTOPIA, publié aux éditions Parangon. Nous sommes et resterons certainement encore quelques temps minoritaires. Mais tous les grands changements ont eu comme catalyseur un groupe d’individus capables de cristalliser les attentes, de construire les rapports de force, de proposer un nouveau projet de société. Nous voulons, avec d’autres, être de ceux là. La mise en cause du productivisme et la construction, non d’alternances, mais d’alternatives susceptibles à terme d’entraîner l’adhésion du plus grand nombre est notre impératif et notre urgence.
UTOPIA, une démarche politique globale
L’équation est simple : comment faire avancer notre corpus politique de façon la plus efficace possible ? A travers les partis politiques Avec toutes leurs insuffisances et leurs lourdeurs, les partis politiques sont aujourd’hui les instruments privilégiés de notre démocratie. Au niveau local comme au niveau national, ils définissent une ligne politique, désignent des dirigeants et - théoriquement - mettent en œuvre des programmes électoraux. Nous considérons donc les partis comme des outils incontournables qu’il faut investir et au sein desquels il faut peser pour faire progresser nos idées. Aujourd’hui présents au PS (où nous avons déposé des motions en 2003 et en 2005) et chez les Verts (où nous déposons une motion en 2008), nous avons l’ambition de bousculer la segmentation traditionnelle entre les partis de gauche en nous positionnant sur le fond et non sur les questions de personnes. Pour ce faire, nous souhaitons défendre, toujours plus largement, les mêmes orientations élaborées collectivement au sein d’Utopia par des militants issus de ces partis, mais également du mouvement social, associatif et altermondialiste. A travers un cycle de conférences Le cycle de conférences que nous organisons à Paris et en province permet un débat entre intellectuels et politiques (http//:utopiaconf.free.fr). Il répond à une double exigence : d’une part, la nécessité pour Utopia de poursuivre sa réflexion de fond et de l’enrichir sans relâche sur de nombreux thèmes ; d’autre part la possibilité de créer un espace d’échange sur la chose publique avec des publics peu familiers du monde politique, leur permettant aussi de découvrir des approches différentes de la logique dominante. La réussite de ces conférences montre à quel point il est devenu impératif pour les organisations politiques traditionnelles de revisiter leur rapport au militantisme. A travers des partenariats avec des cinémas indépendants Grâce notamment au réseau de cinémas indépendants Utopia (créé bien avant notre mouvement), nous organisons, sur tout le territoire national, des projections débats avec, lorsque c’est possible, la participation des réalisateurs. Il s’agit de faire de la politique autrement, au plus près des citoyens, échanger, susciter la réflexion, tenter de faire connaître nos positions, amener chacun à développer son rôle de citoyen éclairé. A travers des liens forts avec le monde intellectuel Utopia, pour approfondir sa réflexion, tisse des liens privilégiés avec de nombreux intellectuels engagés. Nous avons lancé à l’automne 2007 un Comité Scientifique qui réunit des chercheurs de toutes disciplines prêts à discuter avec nous de notre approche et de notre ligne politique. Par ailleurs, partenaire du CEPN (Centre d’Economie de l’Université Paris Nord, Unité de recherche du CNRS), Utopia souhaite créer une véritable synergie avec le monde universitaire. Cette ambition s’est également concrétisée à travers un partenariat avec le mensuel Alternatives Economiques qui relaye nos conférences et participe à certains de nos débats. A travers une internationalisation de notre mouvement Présent lors des derniers Forums Sociaux Européens (Athènes en 2006, Malmö en 2008), Utopia est en contact avec de nombreux responsables et militants européens partageant son ambition. L’objectif d’Utopia est bien de créer un réseau international avec toutes les associations, mouvements, partis politiques, syndicats ou citoyens du monde se reconnaissant dans sa démarche. D’ores et déjà, nous avons des relais en Uruguay, Allemagne, Algérie, Italie, Belgique, Hongrie et Grèce. Il ne s’agit que d’un début…

E-Collomb-Royal "L'espoir à gauche, fièr(e)s d'être socialistes"

Un nouveau monde
Le monde a changé. Le culte de l’argent roi prospère, malmenant nos principes démocratiques, dessinant un nouvel ordre mondial, synonyme de naufrages sociaux, humains, écologiques.
D’immenses défis surgissent, de grands dangers menacent. La crise financière mondiale illustre à l’envie les risques d’une économie mondiale dérégulée, une économie qui voit des banques provoquer le sur-endettement de millions de foyers et fermer le robinet du crédit aux petites et moyennes entreprises, une économie qui tolère que des paradis fiscaux hébergent sans entraves des fonds d’investissement sans éthique.
Aujourd’hui, des empires financiers s’effondrent comme des châteaux de cartes. La crise alimentaire plonge dans la malnutrition ou la famine des centaines de millions de personnes. La spéculation sur les matières premières fait rage. Les délocalisations sauvages se multiplient. Le coût du pétrole renchérit les prix. La crise écologique et climatique précipite les échéances. Les pays les plus pauvres payent le prix lourd au sous équipement. Dans de trop nombreux pays, les nationalismes, le terrorisme et les guerres régentent ce que nous n’arrivons pas à organiser. Voici la mondialisation malheureuse, celle que nous subissons. Refusons-la. Arrêtons-la !
C’est bien parce que nous sommes conscients de ces dérives, de ces drames et de ces faillites que nous entendons, lors du prochain de congrès de Reims, engager résolument la bataille du renouveau. La partie est difficile et n’est pas gagnée d’avance. Nous sommes certains, en tout cas, que si nous nous abandonnons à la liturgie du verbe pour invoquer d’hypothétiques grands soirs, elle sera irrémédiablement perdue.
Être de Gauche, être Socialiste suppose d'abord de penser le monde dans lequel nous vivons pour ne pas être contraints de subir «le cours logique du monde tel qu’il va». Parce que nous sommes portés par un idéal de progrès, de justice sociale, d’épanouissement de la personne humaine, nous ne nous résignons pas.
Des pans entiers de la population perdent confiance, confrontés à des difficultés quotidiennes pour trouver un emploi ou même un toit. Les salaires stagnent, les prix montent, tandis que l'ascenseur social reste obstinément cloué au sous-sol. Catégories populaires et moyennes, toutes sont logées à la même enseigne : chacun sait qu’il peut désormais devenir travailleur pauvre.
Plus grave, nous sentons le recul constant des valeurs de justice, de solidarité, de respect dans notre société. Ce sont les piliers de la République qui, l’un après l’autre, sont en voie d’effondrement.
Un nouveau projet politique, vite !
Parce que nous refusons la résignation, nous voulons un parti qui se mobilise et se batte pour les citoyens, avec les citoyens, un parti qui soit à leur service. Un parti qui fasse vivre la démocratie en son sein pour la diffuser et la porter dans la société. Un parti qui soit meilleur que la société qu’il prétend changer.
La gauche, en France et à tout le moins en Europe, n’a pas toujours su définir les termes d’une riposte cohérente et offensive. Elle n’a pas toujours su réguler et maîtriser le capitalisme contemporain, ni réunifier les intérêts des milieux populaires et des classes moyennes. Trop souvent, elle apparaît sur la défensive dans la bataille des idées, face à une droite qui cultive la transgression et la confusion pour mieux imposer son hégémonie culturelle.
La chute du mur de Berlin a marqué la fin du monde bipolaire. Elle a ouvert une nouvelle période historique. La disparition du « bloc de l’Est » et des régimes du « socialisme réel », en permettant la libéralisation débridée du marché, a placé les socialistes devant l’impérieuse nécessité de concevoir des réponses nouvelles.
Il faut le faire en tenant le cap, entre les risques d’un grand saut libéral et les tentations populistes, alors que le capitalisme va au bout de ses excès, au mépris des hommes, du travail et de nos libertés.
C’est à cette tâche que nous devons désormais nous consacrer. Pleinement. Entièrement. Nous, socialistes, ne pouvons nous contenter de réagir aux régressions orchestrées par la droite. Nous devons les combattre et proposer une alternative cohérente.
C’est à cela que nous sommes attachés. Oui, il nous appartient de forger dès maintenant des alternances durables, qui ne se résument pas à une conquête du pouvoir, pour le pouvoir.
Notre volonté est de remettre notre Parti sur les rails, en mouvement, au travail pour les années à venir.
C’est pour cela que ce Congrès est crucial. Nous devons en faire le moment d’un sursaut collectif.
Les militants sont lassés du spectacle désolant que nous offrons aujourd’hui. Ils sont agacés par les joutes d’égo, ils sont exaspérés par le tourniquet des ambitions et les éternelles tentations de faire du neuf en sauvegardant l’ancien, toujours et encore.
Ils craignent que le Congrès ne soit le théâtre d’une guerre des chefs qui, pourtant, partagent des valeurs communes. Ils ont aussi une même approche de ce vers quoi doit avancer notre société. Ils consacrent enfin leur énergie à aborder les questions de fond, à la mise en forme d’orientations novatrices qui répondent concrètement aux préoccupations de nos concitoyens.
Ils sont désireux, de peser à nouveau sur les choix de leur Parti et soucieux de voir leur choix et la parole de leur organisation respectée. Le PS est condamné à la défaite, pire, à la dissolution lente, si ses propositions ne sont pas clairement identifiables.
Dès à présent, il faut donc concentrer nos forces sur la conception d’un projet crédible et audacieux, s’appuyant sur nos valeurs pour inventer d’autres façons d’agir. Les socialistes doivent se réapproprier les notions de progrès et de mouvement, face à une droite qui a dévoyé l’idée même de changement, la transformant en stratégie d’écrasement des résistances sociales et de nivellement par lebas.
Il y a donc urgence.
La vraie nature du sarkozysme, c’est en effet une droite dure, encore en campagne, déjà en campagne, toujours en campagne idéologique pour défaire l’impartialité de l’État sur tous les terrains.
Voilà pourquoi nous devons travailler, être vigilant et ne pas nous laisser guider par des luttes intestines. Nous devons être capables d’assurer un renouvellement générationnel et de préparer la relève
Pour mener à bien ce travail, nous ne partons pas de rien. Notre déclaration de principes rassemble les valeurs qui nous sont communes. Le Parti socialiste s’y accepte comme réformiste, porteur d’une volonté radicale de transformation sociale, écologiquement responsable, européen, laïque et féministe.
Plus que jamais, l’effort qu’il nous faut fournir est celui de l’adaptation de notre analyse de la société, de nos orientations et de nos moyens d’action à l’époque et au monde d’aujourd’hui.
Mais le succès dépendra de notre capacité à aller plus loin, en nous appuyant sur ces principes pour trancher des débats qui ont, depuis trop longtemps, été laissés sans réponse, tout en conservant à l’esprit l’objectif final, qui est d’apporter des réponses concrètes aux problèmes de nos concitoyens.
En somme, deux conditions essentielles s’imposent pour conserver, voire renforcer nos positions aux Européennes, puis aux régionales et aux cantonales, puis enfin pour être en mesure de l’emporter en 2012.
D’abord la clarté de notre vision, ensuite, des propositions crédibles et réalistes qui répondent aux attentes des Français.
Ce n’est qu’après avoir effectué ce travail, et l’avoir effectué de façon collective, que se posera la question du choix de notre candidat(e) à l’élection présidentielle.
1- Inventer un monde nouveau : combattre et proposer
Une nouvelle révolution est là, de bien plus grande ampleur que celle qu’a connue le XIXème siècle. Dans quelle mesure la subit-on ? Dans quelle mesure la maîtrise-t-on ? Quels nouveaux rapports de force faut-il mettre en place pour garantir la justice sociale ? De quels moyens devons nous nous doter pour les droits des peuples, les droits de l’Homme, les droits à la dignité de chacun balisent les routes du monde ? Quel contenu moderne, exigeant, dynamique devons nous donner à la démocratie ?
Car c’est bien un monde nouveau dans lequel nous vivons aujourd’hui, un monde qui n’a plus qu’un rapport lointain avec celui dans lequel nous avons vécu jusque dans les années 70.
Ce monde a en effet connu trois grands chocs qui l’ont totalement transformé :
* Des révolutions scientifiques (nouvelles technologies de l’information et des communications, bio et nanotechnologies par exemple), qui ont bouleversé l’ensemble de notre relation à l’espace, au temps et même au vivant.
* Une globalisation qui a vu l’apparition de nouvelles forces : multinationales qui surpassent les États et déploient leur projet économique à l’échelle du monde ; fonds de pension tellement volatils qu'ils favorisent l‘instabilité financière et fragilisent le système économique mondial.
* L’urgence écologique, résultat de la surexploitation des ressources naturelles et de l’impact des activités humaines sur les grands équilibres naturels. Il se produit des dégradations globales qu'il est devenu vital de savoir réparer.
Le monde ancien, celui des Trente Glorieuses nous inspire encore beaucoup de nostalgie. Pourtant aujourd’hui il est définitivement périmé.
Partout sur nos territoires nous avons vu les effets de sa chute. Nous avons vu la fermeture de nos entreprises victimes d’un modèle industriel vieilli ou de la concurrence des pays émergents. Nous avons vu l’État perdre sa capacité à réguler une économie qui s’internationalisait. Nous avons vu notre système d’État Providence se gripper peu à peu et laisser un nombre croissant de personnes sur le bord du chemin. Nos villes, nos départements et nos régions en ont longtemps porté les cicatrices !
Mais nous savons aussi que si l’on peut regretter cette époque, on n’y reviendra pas. Il nous faut donc redéfinir ce que peut être aujourd’hui une politique de gauche dans une économie mondialisée et dans un monde dont les ressources sont finies et où notre responsabilité vis-à-vis des générations futures n’a jamais été aussi forte. Il nous faut le faire en ouvrant un large débat parmi les socialistes et leurs sympathisants. Il nous faut le faire en prenant enfin en compte les analyses d’intellectuels et d’experts qui, depuis des années, tentent de nous alerter sur la voie à suivre pour réduire la dette publique, pour aborder avec lucidité le problème des retraites, de l’allongement de la durée de la vie ou encore des défis climatiques et écologiques.
Dans cette redéfinition, nous entendons rester fidèles aux valeurs qui fondent le socle du Parti socialiste et dont nous sommes fiers : celles du progrès, de la justice sociale et de l’épanouissement de la personne humaine. Il s’agit toujours pour nous, comme l’avait dit Jaurès, de « prendre en compte le Réel pour aller à l’Idéal ».
C’est au regard de ce monde qu’il nous faut définir notre projet pour la France.
1.1. La mondialisation est là, nous devons l’affronter
Dans ce paysage en constante mutation, l’avenir pour notre pays peut paraître assombri - notre PIB par habitant est aujourd’hui de 30% inférieur à celui des Etats-Unis. Le retard de croissance cumulé depuis 1991 représente pour chaque Français un manque à gagner de 1800 euros par an, soit 15% du SMIC net annuel.
Notre économie repose très largement encore sur des produits de moyenne, voire de basse technologie, en concurrence avec ceux des pays émergents. Elle s’engage ainsi dans le cercle vicieux de la paupérisation : délocalisations, pression sur les bas salaires et les droits sociaux, désinvestissement dans la formation, dégradation de l’environnement.
S’ils veulent défendre le niveau de vie des Français et sauver la protection sociale, les socialistes doivent dire comment la France peut réagir. Et ils ne trouveront de crédibilité que s’ils opèrent une véritable révolution culturelle, notamment par rapport au monde de l’entreprise.
1.2. Mettons fin à la dérive spéculative
Le passage d’un capitalisme industriel à un capitalisme financier a favorisé l’émergence de crises d’un genre nouveau, extrêmement violentes et pouvant frapper par contagion tous les pays du monde.
Dernier exemple en date, la crise des subprimes, loin d’être un épiphénomène localisé aux seuls Etats-Unis, provoque une récession mondiale dont nous sentons chaque jour un peu plus les effets.
Dans ce contexte, il faut s’inquiéter du rôle croissant joué par les nouveaux acteurs financiers (fonds de pensions, hedge funds), dont l’unique objectif est de réaliser des plus-values boursières de court terme. Car ces fonds n’apportent pas de valeur ajoutée aux entreprises qu’ils achètent et revendent, mais bien souvent au contraire provoquent la destruction d’une partie du capital productif.
L’époque est donc à la mise en place de nouvelles régulations, régulations dont sont d'ailleurs demandeurs les plus libéraux, dès lors que se retourne la conjoncture et que leurs placements spéculatifs tournent à la catastrophe. Quel exemple plus éclatant que les Etats-Unis aujourd’hui ?
Ceux-là même qui refusaient toute intervention publique réclament aujourd’hui la socialisation des pertes que leur aveuglement a entraînées. Les contribuables, déjà victimes des faillites bancaires, sont donc contraints de payer une deuxième fois pour éponger des dettes dont ils ne sont en rien responsables.
Parce que nous refusons la prime à l’irresponsabilité, nous pensons que le rôle du politique est de définir des règles capables de prévenir ces crises. L’époque est à la mise en place de dispositifs (notamment fiscaux) qui orientent l’épargne nationale vers l’investissement productif. L’époque est aussi à une réglementation beaucoup plus stricte des rémunérations des traders et des dirigeants bancaires, dont les gains augmentent avec les risques pris.
L’urgence appelle enfin à un nouveau Bretton Woods, donnant tout son rôle au FMI et imposant les réglementations prudentielles dont le monde a besoin. Dans ce cadre, nous proposons donc de :
· Interdire aux fonds spéculatifs d’engager plus d’argent que ne le permettent leurs réserves (cette interdiction existant déjà pour les banques) ;
· Confier le contrôle des institutions financières européennes à la Banque centrale européenne ;
· Lutter contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent sale par une politique plus répressive.
Qu’on se le dise ! La crise qui s’annonce aujourd’hui est grave, pour les entreprises qui ne trouvent plus de banques pour financer leurs investissements, pour les ménages qui ne peuvent plus accéder au crédit et sont les victimes collatérales de la hausse du chômage. Faisons au moins en sorte qu’elle soit l’occasion d’une prise de conscience.
1.3. Aller vers une économie de pointe : oui à l’innovation des PME, non à l’économie de rente
Nous savons bien que, pour faire émerger l’économie de demain, nous devons nous appuyer sur les entreprises et notamment sur les PME. Cette économie, c’est celle qui voit la prééminence de la qualité sur la quantité, de l’innovation continue sur le simple ajustement des procédés, de la souplesse et de la rapidité sur la rigidité. Une économie dont le facteur clé réside dans l’immatériel et où le savoir-faire et la capacité créative sont les principaux ingrédients de la réussite.
La gauche doit être au côté des créateurs. Elle doit porter une politique favorable à l’investissement des entreprises, celles qui font la croissance et ne se contentent pas de la rente.
La différence entre la prospérité et le déclin d’un pays se joue souvent dans les quelques points d’écart de croissance cumulés sur une période. Notre économie ne doit pas manquer de ce supplément qui permet la création d’emplois durables, la soutenabilité de nos comptes publics, la préservation de notre modèle social et la compétitivité de nos entreprises.
Aujourd’hui, l’essentiel des créations d’emplois en France est réalisé par les PME. Or celles-ci souffrent d’une politique économique et industrielle qui les ignore trop largement. Ce constat doit nous inciter à être à leurs côtés, à encourager notamment la croissance des entreprises moyennes qui peinent aujourd’hui à franchir un seuil critique, celui-là même qui leur permettrait de jouer dans l'économie française le même rôle que leurs homologues dans l'économie allemande. Au lieu d’un déficit commercial de 40 milliards d’euros, la France connaîtrait alors peut être un excédent comparable à celui de l’Allemagne qui approchait 200 milliards d’euros en 2007.
Ce discours-là, non seulement nous le tenons mais nous le mettons tous en pratique au niveau local :
· En développant des politiques favorables à la création d’entreprises, que ce soit au niveau de l’incubation, du financement, de la mise à disposition d’un immobilier dédié ;
· En accompagnant nos PME pour qu’elles passent à la dimension supérieure ;
· En investissant dans des politiques d’innovation capables de nous différencier par rapport aux pays émergents.
C’est la même politique que nous devons mettre en œuvre au plan national.
Aujourd’hui, les PME se heurtent à tous les verrous. Elles n’accèdent pas aux marchés financiers et sont éconduites par des banques qui ne veulent prendre aucun risque. Les aides à l’innovation sont concentrées sur les grandes entreprises (80 % des aides à l’innovation bénéficient aux entreprises de plus de 1 000 salariés, qui ne représentent que 35 % de la recherche et développement). En plus d’être multiples et illisibles, ces aides publiques ne sont attribuées qu’à 9 % aux PME.
La puissance publique doit donc repenser son intervention vis-à-vis des entreprises : en mettant fin à ses pratiques bureaucratiques, en étant aux côtés des entrepreneurs, en les encourageant lorsqu’ils investissent pour préparer l’avenir.
Nous proposons de :
· Créer une banque publique autour de la Caisse des dépôts et consignations pour accompagner le développement des PME.
· Soutenir l’économie sociale et solidaire et favoriser en particulier les reprises d’entreprises en Sociétés coopératives de production (SCOP). Avec trois milliards d’euros de chiffre d’affaires, cette économie réconcilie l’économie de marché avec les principes de solidarité et les règles de la démocratie. C’est un secteur à développer, à la lumière des réussites connues en matière de banque ou d’assurance, mériterait d’être élargi.
· Redéployer les aides vers les PME. L’octroi d’une aide publique doit être subordonné à la prise de risque, à la création d’emplois non précaires et à la hausse des salaires.
· Instaurer enfin un Small Business Act permettant aux PME d’accéder à la commande publique.
· Sécuriser les entreprises en mettant fin à l’instabilité fiscale et sociale qui existe aujourd’hui. Les lois applicables changent tout le temps : pas moins de trois modifications du régime des heures supplémentaires en quatre ans, par exemple. Les entrepreneurs ne savent pas à quoi s’attendre et cela compromet notre compétitivité. L’État doit s’engager à ne pas changer les règles du jeu chaque année.
· Vérifier que les aides publiques se traduisent bien par des créations nettes d’emploi en France.
1.4. Faire le pari de l’enseignement supérieur et de la recherche
La France doit passer d’une économie d’imitation qui perd des emplois à une économie d’innovation qui crée de la richesse. Ce changement de modèle économique suppose, bien évidemment, un investissement massif dans l’enseignement supérieur et la recherche. Les socialistes se doivent donc d'être porteurs d'une politique ambitieuse en ce domaine.
La France consacre aujourd’hui 1,1% de son PIB à l’Enseignement supérieur c'est-à-dire un montant inférieur de 25% à la moyenne des pays de l’OCDE, inférieur de 40% à la Suède et inférieur de 50% aux Etats-Unis.
Le sous investissement dans l’enseignement supérieur se retrouve en matière de recherche, les crédits publics affectés à la recherche étant passés ces dernières années de 1% à 0,8% du PIB. A rebours de ces tendances, il nous faut donner une vraie priorité à la recherche publique, sans évidemment négliger la recherche privée. Cette dernière doit être soutenue par des mesures fiscales, mais aussi par le développement des passerelles avec la recherche publique.
La science moderne fait appel à des disciplines différentes. Ses succès sont le résultat de coopérations interdisciplinaires. Il est urgent de décloisonner, de multiplier les occasions d’échanges et d’informations mais aussi de sensibiliser l’opinion, et en particulier la jeunesse, à l’intérêt de la science. Ce problème est fondamental, quant on sait que la Chine forme aujourd’hui 500 000 ingénieurs par an, contre 80 000 pour la France et l’Allemagne réunies.Les scientifiques français sont prêts à s’engager dans cette action. Nous devons les mobiliser.
Il faut enfin donner à notre recherche une dimension européenne. Pour réaliser les objectifs fixés par la stratégie de Lisbonne, nous militons en faveur d’un renforcement prioritaire des programmes communautaires de recherche et développement, en liaison avec les pôles de compétitivité. Car, en ne consacrant que 1,85% du PIB à la recherche, l’effort européen est de 50% plus faible que celui des États-Unis et du Japon. On ne s'étonnera pas, dès lors, que l'Europe prenne économiquement du retard sur ces deux pays. On peut même s'inquiéter en voyant la Chine amorcer son décollage technologique avec un effort de recherche qui augmente de 10 % par an. Une chose est sûre : la résorption des déficits publics et du déficit commercial, passe par un effort de recherche que nous sommes aujourd’hui loin d’avoir atteints.
Nous proposons donc de :
· Donner une vraie priorité budgétaire à la recherche publique. La recherche privée devra pour sa part être soutenue par des mesures fiscales, et par l’élimination des barrières qui empêchent le dialogue avec les laboratoires publics.
· Intégrer les grandes écoles aux universités, pour mettre fin au système à deux vitesses que nous connaissons et augmenter sensiblement le budget de l’enseignement supérieur.
· Inciter les jeunes talents à poursuivre leurs études jusqu’au doctorat, en créant un statut du chercheur très revalorisé (hausse des rémunérations, développement des passerelles entre le statut de chercheur et de professeur d’université).
· Transformer les deux premières années de licence en années durant lesquelles les étudiants peuvent choisir leurs disciplines et amorcer la spécialisation à partir de la troisième année.
· Faciliter la création d’entreprises par les chercheurs en aidant les régions à renforcer les pôles de compétitivité.
· Décloisonner et multiplier les occasions d’échanges et d’informations entre les différentes disciplines.
· Pousser les institutions communautaires à s’engager pour un renforcement prioritaire des programmes de recherche et développement, en liaison avec les pôles de compétitivité.
2. Réconcilier dynamisme économique et progrès social : un Etat préventif, un Etat innovateur
Nous voulons en France construire un modèle social gagnant. Nous savons qu’il ne pourra se réaliser que si notre économie redevient performante.
Notre compétitivité économique ne peut être basée sur un abaissement généralisé des salaires et de la protection sociale. Car, si nous voulions retrouver une compétitivité à partir de ces seuls critères, nous devrions alors accepter de très fortes régressions.
Nous pensons, au contraire, qu'il existe un modèle de réussite économique qui permette de porter les valeurs de progrès et de justice sociale, fondement de l’identité socialiste.
A condition d’accepter de réformer !
2.1. Agir vraiment contre la vie chère
Flambée des produits de consommation courante (parfois de 20 à 40 %), flambée des produits pétroliers : la vie chère est la première responsable de l’exaspération et de l’angoisse des Français.
Les familles sont coincées dans le piège des multiples contrats qu’elles doivent aujourd’hui gérer (loyer et charges, téléphone mobile, connexion internet, assurances et services bancaires, remboursement des emprunts immobiliers) : elles représentent 51 % des dépenses de consommation. Nous savons tous que les abus sont nombreux et que les consommateurs sont aujourd’hui désarmés. Ils ne peuvent pas participer directement à la régulation des ententes entre grandes entreprises et ne parviennent pas à être dédommagés des préjudices que chaque jour ils subissent. Quant aux banques, les abus bancaires plongent les familles dans le surendettement.
Pour finir, les loyers et les charges pèsent de plus en plus lourd sur le budget des locataires modestes, notamment ceux qui sont aujourd’hui dans le parc privé et ne peuvent accéder au logement social, faute de places disponibles. En vingt ans, les loyers ont augmenté de 90 % alors que les revenus ne progressaient que de 30 %.
Pour répondre à l’urgence, nous proposons de :
· Réglementer les abus bancaires. Un découvert provisoire est facturé à 18 % de taux d’intérêts, ce qui est scandaleux. Les crédits revolving seront interdits et aucune commission bancaire ne pourra être prélevée sur les comptes des particuliers provisoirement à découvert mais en excédent sur l’année.
· Créer une action de groupe à la française. Cela permettra à tous les justiciables ayant subi le même préjudice de se regrouper pour faire valoir leurs droits. Elle concernera notamment les dommages collectifs de l’environnement et les préjudices sanitaires de masse.
· Réformer l’indice des prix de l’INSEE, promesse que la droite n’a pas tenue jusqu’ici. L’indice en vigueur est déconnecté de la réalité des achats de tous les jours. Ainsi la baisse du coût d'achat des appareils électroménagers ou électroniques est répercutée tous les ans sur l'indice alors que leur achat n'est pas fréquent. Un indice complémentaire devra être élaboré, à partir d’un budget familial intégrant des dépenses aujourd’hui exclues de l’indice de l’INSEE (dépenses de transport, frais bancaires, téléphone portable par exemple).
· Faire respecter les obligations de construction de logements sociaux. L’État doit se substituer aux communes qui ne respectent pas le quota de 20 %.
2.2. Rééquilibrer le rapport capital/travail
La crise du travail en France est là, bien présente. Par rapport aux autres pays européens, les salariés français sont moins satisfaits de leur situation, plus pessimistes sur leurs perspectives de carrière et leur stress est le plus élevé.
Travailler mieux est nécessaire. Un dialogue social efficace, capable de prévenir ou de résoudre les conflits au travail, sera bénéfique aussi bien aux salariés qu’à la performance des entreprises.
Nous préconisons deux évolutions : d’abord des syndicats plus représentatifs, plus présents dans les entreprises et disposant d’un nombre plus élevé de membres (le taux de syndicalisation n’est que de 3,5 % dans les entreprises de moins de 50 salariés et de 8,7 % dans celles de 500 et plus). Ensuite donner toute sa place à la négociation collective, dans le cadre fixé par la loi.
Pour faciliter un syndicalisme respecté et puissant, nous proposons notamment de :
· Respecter le rôle des partenaires sociaux, ce que l’actuel gouvernement s’est montré incapable de faire sur la question de la durée du travail. Lorsqu’il demandera aux partenaires sociaux de négocier un texte, le gouvernement devra s’engager à présenter au Parlement un projet de loi reprenant les termes de l’accord (le Parlement gardera bien entendu son droit d’amendement).
· Réformer la composition des conseils d’administration des entreprises avec une représentation des salariés à hauteur de 30 %.
· Encourager un syndicalisme rendant davantage de services aux adhérents (accueil et conseil aux nouveaux salariés, assistance juridique à toutes les étapes du contrat de travail, etc.).
· Créer le chèque syndical pour favoriser les nouvelles adhésions.
2.3. Enfin une fiscalité juste !
La première inégalité aujourd’hui, c’est peut être l’inégalité fiscale. Notre fiscalité est en effet criblée d’injustices. La fraude fiscale coûte l’équivalent du déficit de l’État, soit 40 milliards d’euros. De plus, grâce aux 500 niches fiscales, qui représentent un coût de 73 milliards d’euros par an, certains parviennent même à ne plus payer d’impôts du tout.
À l’inverse, les contribuables modestes, même s’ils ne paient pas d’impôt sur le revenu, consacrent plusieurs mois de salaire à la CSG, à la TVA, aux impôts locaux, à la redevance et aux diverses taxes sur la consommation. Les impôts indirects (notamment TVA et TIPP) représentent moins de 10 % du revenu d’un cadre supérieur, mais près du tiers de celui d’un smicard. Leur part est supérieure en France à celle de la plupart des pays développés.
À l’instar de ce qui est déjà fait dans plusieurs pays européens, nous proposons de :
· Rétablir la vérité fiscale pour l’ensemble des contribuables alors qu’elle est aujourd’hui réservée à une minorité aisée. L’État doit dire à chaque Français combien il paie d’impôts chaque année. Pour notre part, nous nous engageons à dire la vérité aux Français en publiant un rapport chiffré chaque année par des experts indépendants.
· Réformer la fiscalité, en commençant par les impôts directs. L’impôt sur le revenu et la CSG seront fusionnés en un seul impôt progressif. Cette révolution se fera à prélèvement constant. Une part fixe de l’impôt constituera un socle obligatoirement affecté à la sécurité sociale.
· Donner à cet impôt citoyen une règle d’équité et de transparence : à revenu égal, impôt égal. Il sera prélevé à la source pour simplifier la vie des contribuables, avec un barème exprimé en pourcentage du revenu, afin que chacun puisse comprendre combien il paie. Le prélèvement à la source permettra également que la prime pour l’emploi (PPE) ne soit plus versée avec retard.
· Calculer cet impôt au niveau de l’individu et non du couple, pour ne pas pénaliser l’activité des femmes. Les enfants à charge des contribuables seront pris en compte grâce à un crédit d’impôt, identique pour chaque enfant.
· Supprimer l’essentiel des niches fiscales (73 milliards d’euros), dont celles créées par le paquet fiscal. Pour ne pas augmenter les prélèvements, les économies réalisées seront consacrées à une baisse des taux d’imposition pour tous les Français.
· Rééquilibrer les prélèvements entre travail et capital en faisant peser les cotisations patronales, maladie et famille sur l’ensemble des richesses produites et non sur les seuls salaires. De cette façon, les entreprises qui augmentent des salaires et créent des emplois paieront moins de charges.
2.4. Le droit des travailleurs à être bien formés, des entreprises compétitives
Les parcours professionnels sont de plus en plus instables. Sept millions d’actifs sont aujourd’hui en situation de précarité. Un tiers des nouvelles embauches sont en CDD, un tiers sont à temps partiel et un jeune de 15 à 29 ans sur trois occupe un emploi temporaire.
Pour que les mobilités ne soient pas subies, le service public de l’emploi doit changer. Aujourd’hui, il ne suit les salariés que lorsqu’il est déjà trop tard et qu’ils sont au chômage. Nous devons redonner à chaque travailleur les moyens de prendre en main son parcours professionnel, avec l’aide d’un service public qui l’accompagne tout au long de sa vie, identifie les débouchés économiques et l’aide à s’orienter.
Nous proposons de :
· Créer un capital formation personnel, qui accompagne les salariés tout au long de la vie.
Chaque travailleur aura sur ce compte d’autant plus de droits que ses études auront été brèves. Chacun pourra utiliser ce compte comme il l’entend en fonction de ses projets et des besoins de l’entreprise.
Contrairement à la situation actuelle, ce droit doit être effectif et donc exercé librement par le salarié, qui disposera d’un passeport formation. L’entreprise y a intérêt car elle sait que désormais elle doit avoir des salariés mieux armés pour affronter les mutations technologiques.
Les liens entre formation professionnelle et retour à l’emploi devront être renforcés. Cela passe par la création d’une cinquième branche de la sécurité sociale, prenant la forme d’une Caisse nationale de sécurisation des parcours professionnels. Elle inclura le nouvel ensemble ANPE/UASSEDIC mais également l’ensemble des structures versant des prestations dans le cadre de la formation professionnelle. Sa gestion sera régionalisée et associera les partenaires sociaux.
· Accompagner les transitions. Le service public de l’emploi doit permettre à tous de rebondir. La perte d’emploi, le changement de métier ou de secteurs d’activité sont la contrepartie d’une économie ouverte et innovante. Le service public de l’emploi doit donc accompagner de manière plus étroite et individualisée les demandeurs d’emploi comme les personnes qui envisagent de changer de métier. La France est donc aujourd’hui en retard : il y a un agent de l’ANPE pour 96 demandeurs d’emploi, contre un conseiller pour 27 en Suède.
· Accroître les crédits à la formation : offrir un accompagnement de qualité vers et dans l’emploi exige un investissement important. La France dépense dans ce domaine moins qu’un certain nombre de ses partenaires européens (0,24 % du PIB contre 0,31 % au Danemark et 0,35 % en Allemagne).
· Réformer en le clarifiant le système de retraite. Les personnes changeant de statut (public/privé, salarié/non-salarié, France/étranger) craignent souvent de perdre leurs droits à la retraite. C’est la conséquence de l’empilement des régimes et des formules opaques. Ce système flou est l’ennemi du mouvement et de l’initiative. La réforme que nous proposons, fondée sur les comptes individuels de cotisations, favorisera la mobilité et s’adaptera aux trajectoires professionnelles des individus.
2.5. L’éducation, encore l’éducation, toujours l’éducation
À la source de tout engagement socialiste, il y a le désir ardent de réformer la société, de rendre les hommes toujours plus égaux dans l’exercice de leur liberté. Or, qu’est-ce que l’école, si ce n’est la principale porte d’entrée dans la société ?
« On a besoin d’une vraie aide pour les devoirs des enfants. Il leur faut des gens qualifiés pour qu’ils réussissent (…) Mon expérience me fait dire que c’est en CP et en 6ème qu’il faut mettre l’effort. Il faut faire un contrat clair entre les parents, l’enfant et l’école ». Ainsi que l’expriment de très nombreuses mères de famille, il est vital que les enfants puissent apprendre, réviser ou rattraper leur retard lorsque cela est nécessaire.
Il faut saluer ici les réalisations des élus socialistes dans les régions, départements et communes, eux qui ont décidé, le plus souvent contre la droite, la gratuité des livres scolaires et des « boîtes à outils », l’accès aux ordinateurs et à la culture. Sans vouloir être exhaustifs, nous voulons rappeler ici les actions fondamentales à mettre en œuvre.
Nous proposons de :
· Se fixer comme objectif la création d’un service public de la petite enfance en permettant d’accueillir les enfants de moins de 3 ans à l’école et en aidant les collectivités à développer des crèches.
· Rétablir les contrats éducatifs locaux, pour mieux articuler les enseignements scolaires avec les activités péri et extra scolaires (éducation artistique, éducation physique, par exemple).
· Définir des normes d’élèves par classe et s’inspirer du modèle d’éducation finlandais: limiter à 17 le nombre d’élèves par classe en CP et en CE1 dans les ZEP et fixer la dotation aux établissements par élève en difficulté à 25 % de plus que la dotation ordinaire.
· Garantir la présence de l'école de la République au plus proche des habitants sur tout le territoire.
· Développer le soutien scolaire individuel et gratuit pour les familles.
· Donner à tout jeune atteignant sa majorité le droit à un capital pour construire son projet de vie (prêt à taux zéro de 10 000 euros garanti par l’État). Développer le système des bourses tremplins, pour tous ceux qui souhaitent créer leur activité ou reprendre une entreprise.
2.6. Repenser sans tabou la sécurité sociale pour la sauver
Considéré comme le plus performant du monde, le système de santé français est miné par l’étendue de ses déficits et par les inégalités qui se sont développées. L’hôpital public est lourdement pénalisé par l'absence de créations d'emplois lors du passage aux 35 heures, ainsi que par les concurrences du secteur privé auxquelles il doit faire face. Les conditions de travail des personnels hospitaliers publics se sont gravement détériorées.
Aujourd’hui, les catégories populaires ont une espérance de vie de dix ans inférieure à celle des catégories supérieures, en raison notamment des conditions de travail auxquelles elles sont exposées. Les inégalités territoriales prolongent et confortent ces inégalités sociales. La médecine scolaire et la médecine du travail sont sinistrées.
Avec les franchises médicales et bientôt d’autres déremboursements sur les affections de longue durée, la droite mène une politique injuste et profondément inefficace. Sa politique sanitaire conduit aujourd’hui d’une part à la création de déserts sanitaires et de l’autre à des dépassements inconsidérés d’honoraires.
Il faut sauver la Sécu en changeant de système. Nous devons limiter les coûts en soignant mieux, en développant de nouvelles règles pour lutter contre les abus et en améliorant la prévention.
La responsabilité doit être au cœur du pacte que les socialistes noueront avec les Français et les professions médicales. Le système de santé est un bien commun : il appartient donc à chacun de le préserver et à l’État de contrôler la bonne utilisation de l’argent.
La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût : ayons le courage de trouver les moyens nécessaires à son efficience.
Nous proposons de :
· Organiser le sauvetage de l’hôpital public. L’hôpital public meurt d’asphyxie : nous devons lui redonner les moyens de bien fonctionner. Il a besoin d’infirmières, d’aides soignantes, de médecins et de nouveaux investissements. Il doit pouvoir s’appuyer sur un mode de tarification qui tienne compte des missions d’intérêt général.
· Soigner mieux pour coûter moins.
Améliorer la qualité des soins, c’est se donner les moyens d’une plus grande maîtrise des dépenses, à l’hôpital comme dans la médecine de ville. La qualité passe en effet par l’optimisation des pratiques médicales. Aujourd’hui, le « coût » d’une opération de chirurgie peut varier du simple au double en fonction des techniques utilisées. Il faut des règles claires avec les professionnels, fondées sur le respect des protocoles de soins les plus efficaces. Cela doit s’accompagner d’une évaluation mieux assurée par les caisses primaires d’assurance maladie et d’une formation tout au long de la vie.
· Mettre la prévention au cœur de notre politique en faisant de chacun le meilleur garant de sa santé. Nous pensons que l’entretien et la vigilance sont les déterminants majeurs de la bonne santé. Il faut donner à chacun les moyens de prendre soin de son capital santé, ce qui doit s’apprendre dès l’école.
Par ailleurs, l’efficacité d’un traitement et son coût dépendent de la rapidité avec laquelle la maladie est diagnostiquée : plus le diagnostic est tardif, plus le traitement est lourd et onéreux. C’est vrai pour le cancer, c’est vrai aussi pour la maladie d’Alzheimer.
Des actions de préventions ciblées et adaptées et une politique de dépistages précoces sont donc essentielles, comme notamment dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de VIH. Les services médicaux les plus utiles (médecine du travail, médecine scolaire) doivent être mis au centre du système de santé alors qu’ils sont aujourd’hui marginalisés. Leur financement doit être assuré et leur légitimité affirmée.
Compte tenu du développement des maladies chroniques, le mode de rémunération à l’acte des médecins généralistes n’est plus adapté. Il est inflationniste. La médecine générale doit être rémunérée en fonction d’une prise en charge globale, tenant compte des actions de prévention.
2.7. Bâtir un système de retraite transparent, universel et personnalisé
Les retraites, c'est le patrimoine de ceux qui n'en ont pas : elles doivent donc être garanties. Alors que la droite avait promis une augmentation de 25 % du minimum vieillesse et des petites pensions, un million de personnes âgées connaissent la pauvreté, à l’instar de la situation vécue dans les années 1960.
Si on tient compte de la réalité des prix, les six millions de petits retraités connaîtront cette année une baisse d’environ 10 % de leur pouvoir d’achat. Voilà la réalité et les millions d'électeurs de plus de 65 ans ont été trompés, bafoués, alors qu'ils ont voté majoritairement pour le candidat de la droite. Il est aujourd'hui contradictoire de demander de travailler plus longtemps, alors que le chômage des seniors est l’un des plus élevé d’Europe.
Mais l’enjeu, c’est peut-être d’abord que les Français se réapproprient le système de retraite par répartition, car ce système, c’est le leur. Beaucoup en ont assez de ne plus rien y comprendre car s’entremêlent des régimes de pensions multiples, des décotes et surcotes calculées au vu des fins de carrière, des rachats d’années d’études dans des conditions obscures, des avantages familiaux différents d’un régime à l’autre.
Nous proposons que la gauche fasse sienne le projet d’une évolution profonde de l’ensemble de nos régimes de retraite vers un système unifié inspiré de la réforme suédoise, dans lequel chaque cotisant dispose d’un compte personnel sur lequel il accumule ses cotisations tout au long de sa vie active, de façon à déterminer le montant de sa pension au moment où il choisit de partir en retraite.
À l’arrivée, les caractéristiques du système sont les suivantes :
· Le système reste par répartition et les cotisations des salariés financent les pensions courantes. Dans le même temps, le compte individuel de chaque travailleur mesure en euros les droits à pension à chaque instant. Un lien clair et direct est établi entre contributions des travailleurs et droits à pension.
· Au terme de sa vie active, chaque travailleur a accumulé un patrimoine retraite, revalorisé tout au long de la vie, qui lui donne droit au versement d’une pension mensuelle calculée en fonction de l’espérance de vie moyenne de sa classe d’âge. Le critère de la pénibilité des tâches doit être pris en compte dans ce calcul.
· Les salariés moyens et modestes sont avantagés dans un tel système, puisque les carrières longues permettent d’accumuler un patrimoine plus important. La prise en compte de toutes les années de cotisations permet aussi d’éviter que les travailleurs à carrière longue subventionnent de fait ceux qui ont eu une carrière plus courte mais de fortes revalorisations salariales en fin de carrière.
· Avec ce système, fondé sur un principe simple d’équité et de transparence (« à cotisations égales, retraites égales »), la retraite devient enfin le patrimoine de ceux qui n’ont pas de patrimoine. Quand les personnes changent de statut, ils ne perdent rien.
3. L’urgence écologique
En quelques décennies, les impacts sanitaires, sociaux et économiques liés aux activités humaines sur notre environnement se sont accélérés. Nos modes de production, de consommation et de vie bouleversent chaque jour un peu plus les équilibres écologiques. Crise climatique, crise énergétique, crise alimentaire : nous sommes entrés dans une nouvelle ère que le sociologue André Micoud appelle le « moment écologique ».
Nous ne devons céder ni à l’alarmisme ni à la résignation, mais faire de l’écologie un axe essentiel du projet de société des socialistes.Aujourd’hui, la croissance ne prend pas en compte les dégâts du capitalisme sur l’environnement et sur le patrimoine écologique que nous transmettrons à nos enfants. Plus nous consommons d’énergie fossile et plus le PIB augmente ! Il est donc indispensable de calculer autrement la richesse pour mieux évaluer les dommages ou les bénéfices de la production et pour agir juste.
Nous proposons que la France mette en œuvre une politique énergétique nouvelle fondée principalement sur deux chantiers : le développement massif des énergies renouvelables, déconcentrées et décentralisées, et la recherche de l’efficacité énergétique.
3.1. Préparer dès maintenant l’après pétrole
Les estimations montrent qu’il nous reste en réserve en moyenne 50 ans de pétrole et de gaz naturel, et 150 ans de charbon. Comme ces énergies fossiles représentent 86 % des énergies primaires aujourd’hui, il nous faut, sans attendre, nous préparer à l’après-pétrole, tant dans la perspective de l’épuisement des réserves qu’en raison des effets climatiques dévastateurs qu’entraîne la consommation des hydrocarbures.
La droite est totalement inerte face au choc majeur de la hausse du coût de l’énergie, qui frappe durement les porte-monnaies.
À qui profite la hausse des prix du pétrole ? Pas seulement aux pays producteurs si l’on en croit les résultats des entreprises du secteur de l’énergie… Total prélève ainsi une partie de la rente pétrolière : 12,5 milliards d’euros de profit réalisés en 2007 sur le dos des consommateurs.
Cette rente est actuellement versée à des actionnaires privés. Il est temps de les redistribuer à l’ensemble des Français, en prélevant sur les super profits de ces groupes. Ces recettes seront placées dans un fonds « après pétrole » destiné à préparer l’avenir.
Nous proposons de :
· Taxer les profits de Total pour créer et financer le fonds « après pétrole ».
· Donner au fonds deux objectifs : subventionner les installations en énergie renouvelable et financer les transports alternatifs propres.
· Plus largement, engager une diversification des sources d’énergie destinées à la production d’électricité. Les axes de cette nouvelle politique feront l'objet d'une convention thématique dès 2009.
Ce changement de politique ne doit pas conduire à méconnaître le rôle de l’électricité d’origine nucléaire qui, si elle n’est pas renouvelable, permet de limiter les émissions de CO2, avec un coût limité pour les ménages. Pour autant, une diversification vigoureuse des sources d’énergie destinées à la production d’électricité devra être mise en œuvre.
Par ailleurs, le secteur devra être mieux contrôlé, pour faire face à la multiplication des incidents observés récemment. Le principe de transparence et de contrôle citoyen devra être traduit en actes.
3.2. Réduire notre consommation d’énergie
Nous allons devoir allier, dans le futur, sobriété, efficacité et substitution énergétique. En 2020, l'Europe devra avoir diminué de 20% ses émissions de CO2, avoir 20% d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique et avoir réduit de 20% ses consommations d’énergie. La France en 2050 devra avoir divisé par quatre ses émissions de gaz à effet de serre.
Car, faute de nouvelles mesures pour limiter ces émissions, la température moyenne de la planète s'élèvera de 2 à 4° C supplémentaires au cours de ce siècle, après avoir augmenté de plus de 0,7° C au cours du siècle passé. Et nous pouvons craindre des catastrophes naturelles à répétition (canicules, tsunami, cyclones…) entraînant des drames humains et un coût économique certain : en 2006, le rapport Stern a estimé le coût lié au seul réchauffement climatique à 5.500 milliards d’euros.
Nous proposons de développer les éco - technologies. L’écologie n’est pas une contrainte négative ralentissant la croissance et poussant à consommer moins. L’enjeu écologique devient aussi aujourd’hui un enjeu économique majeur, il représente un levier de croissance que nous devons saisir. Anticiper la production d’énergies nouvelles, faire muter l’industrie vers les cleantechs, investir en R&D, sont autant d’opportunités d’innovations et d’emplois. Le politique ne doit pas être à la traîne, mais impulser et accompagner ce mouvement.
Nous devons agir sur deux principaux secteurs :
* Le secteur des nouvelles énergies et des nouveaux matériaux : ce marché devrait quadrupler d’ici à 10 ans (technologies à faibles émissions de CO2, biocarburants, photovoltaïque, nouveaux matériaux, recyclage) ;
* Les secteurs utilisateurs d’énergie : les transports et le bâtiment, notamment dans le domaine de la rénovation thermique. Le Grenelle de l’environnement a estimé à 180 000 le nombre d’emplois qu’il serait nécessaire de créer au cours des 12 prochaines années. Concernant l’habitat, il est impératif de lancer un grand projet d’isolation de l’habitat ancien. Ces investissements lourds, estimés à 13 milliards d’euros par l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie, auront l’avantage d’être rentables à moyen terme et de constituer un marché pour les artisans du bâtiment.
Nous pensons que la fiscalité écologique doit être l’instrument privilégié pour l’évolution des comportements vers un plus grand souci de l’environnement. De ce point de vue, nous devons prendre position en faveur de la mise en place d’une taxe sur le CO2 importé aux frontières des pays signataires de l’accord de Kyoto.
Enfin et surtout, il faut se donner comme grande perspective une économie mondiale fondée sur une croissance verte, seule à même d’équiper la planète pour lutter contre le réchauffement et assurer un développement durable. La croissance verte permettra de mobiliser l’argent à des fins productives, dans un grand partenariat public-privé mondial, véritable remède de surcroît contre la spéculation financière à court termes.
La croissance verte sera notre nouvelle donne écologique et économique mondiale.
3.3 Modifier notre rapport à l'espace
Il est fondamental de développer de nouveaux modèles de développement de nos territoires. Nous devons densifier les villes en luttant contre l’étalement urbain pour rationaliser nos déplacements et permettre aux populations d’avoir accès aux services essentiels sans devoir utiliser de véhicules motorisés.
Les zones d'urbanisation doivent être développées autour des grands axes de transports en commun, afin d'éviter de laisser proliférer de manière anarchique des banlieues pavillonnaires.
Il nous faut aussi limiter la place de la voiture en offrant des alternatives variées pour les déplacements. Une meilleure conception des villes constituera un élément de réponse non négligeable au réchauffement climatique.
La meilleure gestion de l’espace concerne également les territoires ruraux. Il nous faut préserver les espaces naturels, en repensant totalement nos politiques d'aménagement du territoire et en révisant nos modèles de développement rural.
Nous proposons donc de :
· Réaliser un autre aménagement de l'espace et éviter l'étalement urbain. Une grande loi « urbanisme et paysage » renforcera la loi SRU en s'appuyant sur les pratiques innovantes des collectivités locales. Elle sera adaptée aux enjeux d'une nouvelle ruralité, d'un nouveau développement territorial, en rapprochant habitants et espaces ruraux et urbains.
· Organiser d'autres modes de distribution : diminuer les transports, favoriser les circuits courts producteurs-consommateurs.
· Favoriser le développement d'une agriculture respectueuse de l'environnement, outil d'aménagement du territoire, qui permette à chaque agriculteur de vivre de son travail.
4. Aller vers une société apaisée et favoriser l’émancipation
4.1. Favoriser la mixité sociale pour éviter la ghettoïsation
Pour changer la vie, il faut changer la ville. Nous devons nous attaquer à la fracture entre une ville centre qui fait plus que s’embourgeoiser, une première couronne paupérisée et une deuxième, voire une troisième couronne où les classes moyennes croyaient trouver un nouveau paradis.
Elles y ont en fait rencontré des difficultés grandissantes de mobilité urbaine. Elles doivent aujourd’hui faire face à un coût croissant des déplacements sous l’effet de la montée du prix du pétrole. Il est donc urgent de repenser la ville. Cela suppose de réintroduire de la mixité sociale dans nos centres villes, dans nos banlieues aisées et dans les quartiers plus populaires. Pour cela, il faut agir sur le logement, sur les transports et sur le tissu économique.
Nous devons mettre tous les moyens en œuvre pour contraindre les communes à respecter les 20% de logements sociaux prévus dans le cadre de la loi SRU : renforcer les sanctions prévues dans le cadre de la loi SRU pour les communes qui ne respectent pas le seuil minimal de logements sociaux et prévoir la possibilité pour l’Etat de se substituer aux communes en cas de carence dans la construction de logements sociaux après plusieurs années de paiement des amendes. Nous devons prévoir l’obligation de 20 % de logements sociaux sur les nouveaux programmes de construction.
Nous devons également être plus attentifs à sa mise en œuvre en termes qualitatifs. Nous devons non seulement construire plus de logements sociaux, mais le faire de façon plus équilibrée sur les territoires. Nous devons construire une offre en logement social qui s’adapte besoins liés aux nouveaux modes de vie (mères célibataires, étudiants, personnes âgées) et en fonction des revenus (PLUS, PLS PLAI).
Nous devons mener une politique de logement social en partenariat avec les bailleurs sociaux et les acteurs privés. C’est ensemble que nous réussirons à atteindre nos objectifs de construction de logement social.
La desserte des banlieues et zones périphériques est un élément essentiel de désenclavement de ces territoires et un levier de mixité sociale important sur lequel nous devons être exemplaires.
La problématique de la mobilité en milieu rural ne peut, pour autant, pas être négligée. Nous devons, a minima, nous appuyer sur les expériences locales pour innover dans ce domaine, et permettre aux habitants des zones rurales de se déplacer autrement.
A l’échelle nationale, nous devons développer les grandes lignes ferroviaires de transport de voyageurs (notamment les liaisons transfrontalières), et favoriser les liaisons transversales. Pour le fret, la France doit également intensifier le recours au ferroutage, au merroutage, au transport fluvial, etc.
Nous devons susciter parallèlement une nouvelle dynamique urbaine dans nos banlieues en y installant de nouvelles activités économiques. La politique des zones franches n’a pas toujours produit les résultats escomptés en termes d’emploi des populations y résidant. C’est pourquoi, il faut ouvrir notre réflexion à une idée simple : attacher les droits à exonération aux individus et non pas à la zone.
4.2. Assurer les solidarités numériques
Les bouleversements introduits par le numérique et les réseaux renouvellent la capacité d'action de l'État et des collectivités publiques et leur permettent de nouvelles relations avec les citoyens et les usagers du service public.
Pourtant, au cours de la décennie écoulée, l'échelon national, qu'il s'agisse de la majorité en place ou du Parti Socialiste, a abordé le numérique en général, et Internet en particulier, avec inquiétude voire comme une menace et non pas comme une opportunité. Services aux personnes, aux entreprises, mutualisation des connaissances et des expériences entre administrations, débat public, c'est en région que le numérique est rentré dans le quotidien. Les territoires, régions, départements et communes se sont appropriés le numérique pour ce qu'il était : un outil, un matériau, ni intrinsèquement bon ni intrinsèquement mauvais. Internet c'est comme le béton, cela dépend de ce qu'on choisit d'en faire : la Sagrada Familia de Barcelone ou une prison haute sécurité.
Pendant que les censeurs et les Big Brothers de tous ordres se déchaînaient au niveau national, les régions entraient sans éclat et de façon pragmatique dans la révolution numérique ; les collectivités territoriales sont aujourd'hui les porteurs de l'administration électronique – et c'est à juste titre qu'elles se plaignent de l'absence de l'Etat à leurs côtés. De l'urgence de réduire une double fracture 89% des cadres supérieurs disposent d'un ordinateur à la maison, 82 % sont connectés à Internet ; la proportion passe à 61 % et 38 % pour les ouvriers.
Cette fracture n'est pas non plus uniquement sociétale, elle est également territoriale puisque l’on compte encore 10% de foyers non raccordables ou ne disposant pas d'un débit « utile ».
Par ailleurs, nous ne pouvons aborder la question des NTIC et d’Internet sans évoquer le bouleversement des règles de la propriété intellectuelle qu’ils ont induit. L'équilibre entre les intérêts des créateurs, des producteurs et des consommateurs de musique en particulier, n'y a pas survécu.
À une époque où n'importe quel ordinateur peut faire office de studio d'enregistrement, la frontière qui séparait créateurs et producteurs est devenue inconsistante, sans que l'industrie musicale ne se montre capable d'inventer un nouveau modèle commercial qui prenne cette mutation en compte.
De leur côté les consommateurs se vont vus dotés par les nouveaux outils d'une capacité de copier et de faire circuler aisément les œuvres, parfois au détriment de la rétribution des créateurs et des acteurs économiques du secteur.
Pour rééquilibrer cette situation, le durcissement des droits de propriété intellectuels actuellement mis-en-œuvre par la majorité présidentielle est un emplâtre sur la jambe de bois de l'industrie musicale et il nous faut proposer de nouveaux modes de distribution et de rémunération des œuvres, à l'instar de ce qui avait été tenté avec la licence globale.
Nous proposons de :
· Créer un fonds de concours qui aurait pour objet : d'aider les publics les plus défavorisés à entrer en possession d'un équipement informatique et à lui donner accès au haut débit à travers un abonnement à tarif social ; de résorber les zones blanches rémanentes par une participation au financement des réseaux territoriaux d'initiative publique.
· Préparer le futur : l’État doit favoriser l'investissement dans le numérique mais aussi l'accès au Web des plus défavorisés et des personnes âgées, et faire en sorte que nos internautes les plus talentueux restent en France.
Le développement de l'Internet et du numérique ouvre la perspective d'une société de la connaissance ouverte. Les industries culturelles doivent évoluer, trouver de nouveaux modèles économiques et proposer une offre légale de qualité sur Internet pour la musique, le livre et le cinéma, au lieu de vouloir restreindre la liberté des internautes.
Nous devons aussi utiliser ce formidable outil pour préparer l'après pétrole, par exemple pour éviter les déplacements inutiles.
4.3. Un nouveau regard sur l’immigration
Notre économie doit beaucoup à ceux qui viennent d’ailleurs travailler dur chez nous. En disant cela, nous ne sommes en rien une gauche à l'angélisme coupable, victime de ses ‘bons sentiments’. Au contraire : que ce soit en termes de croissance économique (50 000 immigrés correpondent à 0,1 point de bonus de croissance), d'équilibre de la pyramide des âges ou de manière globale, l'immigration profite à la France et à l'Europe. Avec nous, Aujourd’hui, les migrants participent pleinement à la production de notre richesse nationale. Nous n’accepterons donc plus les mots qui mentent et qui blessent.
En matière d'immigration, c'est la droite sécuritaire qui manque de réalisme. Qui peut croire à l'’immigration zéro’ quand on sait que la France et l'Europe manquent de main-d'œuvre ? Qui peut croire aux quotas quand on voit que même la droite n'y croit pas ? Qui peut croire à la rationalité du chiffre arbitraire de 25 000 expulsions, quand on estime le coût moyen de chaque reconduite à la frontière à plus de 10.000 € ? Difficile de ne pas s'indigner devant une telle litanie de non-sens, d'autant plus qu'ils ont entraîné la France, patrie des droits de l'homme, dans un climat nauséabond de ‘chasse à l'homme’.
Au fond, le gouvernement actuel a une conception très archaïque de la gestion du pays des besoins de l’économie, qui repose sur l’illusion technocratique d’une planification rigide. La droite met en place une ‘police’ des migrations, à la fois coûteuse, inefficace et immorale. À nous, socialistes, de lui opposer une vraie ‘politique’ des migrations, au niveau national et européen, axée sur un principe de bon sens : pour réduire l’immigration illégale, il faut d’abord un bon système d’immigration légale. Les pays qui réussissent le mieux sont ceux qui, comme le Royaume-Uni, ont su simplifier et accélérer leurs procédures. Les pays qui échouent sont ceux qui, faute d'avoir mis en place suffisamment tôt, ces politiques, se retrouvent contraints à procéder à des régularisations massives.
Nous proposons de :
· Créer un système sécurisé d’aller et retour avec visa permanent, qui permet de travailler temporairement en France, notamment dans les emplois saisonniers, et de retourner dans son pays sans être interdit de séjour sur notre sol. Cela évite de créer de la clandestinité chez les étrangers qui ont peur de ne plus pouvoir revenir.
· Simplifier les procédures de recrutement pour répondre en temps réels aux besoins des entreprises : en impliquant, aux côtés des Préfets, les Régions, car elles connaissent les bassins d’emplois.
· Subordonner les avantages dans les secteurs qui emploient beaucoup de salariés en situation irrégulière (hôtellerie-restauration, BTP, services à la personne) à un engagement de moralisation des pratiques et de lutte contre le dumping salarial.
· Être un pays attractif pour les jeunes étudiants étrangers, qui préfèrent souvent partir dans d’autres pays, où ils sont mieux reçus.
· Régler au cas par cas la situation des travailleurs étrangers sans-papiers avec des critères clairs, tels que l’existence d’un contrat de travail et le paiement d’impôts.
Il ne s'agit en aucun cas de supprimer les frontières, mais de renouer avec une logique où se superpose l'humanisme de nos valeurs et le pragmatisme de nos intérêts bien compris. Plus d'immigration légale signifie, par exemple, moins de travail non déclaré d'immigrés clandestins, et donc plus de recettes fiscales pour l'Etat et de cotisations sociales.
Notre optique est aussi celle du co-développement. La politique migratoire française - et à plus vaste échelle, européenne - doit ainsi prendre étroitement en compte l'impact qu'elle aura au sein des pays d'origine, sans quoi nous créerons les conditions de futures vagues massives d'immigration, cette fois non maîtrisées. C'est à cette aune qu'il faut s'inquiéter de l'"immigration choisie" par Sarkozy. Elle risque d'accélérer la "fuite des cerveaux" préjudiciable aux pays encore en voie de développement. Mais c'est aussi sur cette base que nous pouvons nous féliciter de la participation des immigrés au développement de leur pays d'origine, grâce à des transferts de fonds épargnés de leurs salaires, pour des montants supérieurs à notre trop maigre aide publique au développement.
4.4. Prévenir la violence
Même si on en parle moins aux 20 heures, en attendant les prochaines campagnes, la droite a échoué dans la lutte contre l’insécurité, la délinquance ou toutes les violences.
Non, la crise que nous vivons n’est pas seulement « sociale », au sens le plus classique du terme. Elle résulte d’une multiplicité de « désordres » nombreux, profonds et graves.
La gauche doit enfin, une bonne fois pour toutes, assumer, revendiquer, porter le combat contre la violence et pour la sécurité. C’est un combat contre la brutalité des rapports humains, contre la loi de la jungle et le droit du plus fort. Il n’est pas dissociable de notre projet éducatif et social.
Ce sont les jeunes, les habitants des quartiers populaires, les femmes et l’ensemble des citoyens subissant des discriminations en raison de leur origine, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre, d’un handicap, de leur situation de famille ou de leur état de santé, de leurs opinions, qui sont les plus exposés aux violences quotidiennes. Celles-ci, loin d’être en recul, s’endurcissent et se concentrent sur les territoires abandonnés de la République. Pendant sa campagne, l’ex-ministre de l’intérieur avait promis le retour à l’ordre. Cette promesse aboutit sur les émeutes de 2005.
La France connaît par ailleurs une inflation carcérale sans précédent : les prisons, surchargées, inhumaines fabriquent la récidive.
Pour répondre à la demande d'un ordre juste, nous proposons de :
· Créer des partenariats entre tous les adultes, parents, professeurs, responsables d’association, policiers ; mettre les parents devant leurs responsabilités (école des parents).
· Systématiser une action de prévention précoce grâce à un encadrement éducatif renforcé pour éviter que les enfants s’enfoncent dans l’échec scolaire et basculent dans la délinquance.
· Développer une police de quartier redéployée au service des habitants et de la lutte contre l’économie souterraine. Il faut sortir d’une politique du chiffre qui envenime les relations entre la police et la population.
· Assumer une politique de sanctions précoces, effectives et rapides, fondée sur les alternatives à la prison pour éviter la récidive.
4.5. Lutter contre les discriminations
Le PS est féministe. Il le disait déjà dans les années 70, aujourd'hui il l’affirme dans ses principes. Les acquis de la deuxième moitié du XXème siècle dans les sociétés avancées - droit de vote, accès des femmes à la maîtrise de leur corps (par la contraception et le droit à l’IVG), progression de la scolarisation et de la formation - ont considérablement transformé la vie des femmes, leur place dans la société, l’image qu’elles ont d’elles-mêmes, et la conviction du rôle qu’elles doivent jouer.
Mais dans le même temps, comment ne pas voir qu’elles subissent encore des discriminations importantes dans le travail, dans la société, dans le jeu des pouvoirs et en particulier du pouvoir politique.
La question qui se pose aujourd’hui aux socialistes est de savoir s’ils veulent accompagner cette transformation des relations entre les hommes et les femmes, et favoriser la mise en place d’une société équilibrée et harmonieuse où chacun aura sa place à égalité.
Sur les questions d'emplois, les femmes sont les premières touchées par le travail à temps partiel subi et elles sont les plus sujettes à de mauvaises conditions de travail, aux humiliations, au harcèlement sexuel. Leur salaire reste toujours très inférieur à celui de leurs homologues masculins et très peu d'entre elles accèdent aux postes de responsabilité. De même, pour les retraites, le différentiel reste important avec les hommes.
Concernant la famille, 90% des familles monoparentales ont une femme pour chef de famille, et 46% de ces foyers sont au dessous du seuil de pauvreté. Par ailleurs, en termes de logement, les femmes sont les plus exposées à la précarité et beaucoup de femmes seules avec enfants logent chez leurs parents, ce qui rend toute vie personnelle difficile.
Cette situation ne touche pas que les couches les plus modestes, les femmes des couches moyennes sont elles aussi en proie à de graves difficultés financières ou personnelles, en particulier à cause de la dégradation des salaires. Il est plus qu'urgent de faire respecter les lois Roudy et Génisson.
L'un des pires signes de la stagnation de l'amélioration de la condition féminine est la violence faite aux femmes, le nombre de morts par violences et les viols reste très élevé. Face à ce phénomène, les lieux d’accueil pour femmes battues sont peu nombreux.
C'est aussi toute l'éducation de la société dans son ensemble, en commençant dans le primaire et au collège qu'il faut revoir pour réapprendre le respect mutuel et l'égalité. En outre, les associations de droits des femmes sont dans une situation financière toujours très instable, voire précaire, qui ne favorise pas les actions de prévention.
Au sein même de notre parti, leur reconnaissance est insuffisante. Faisons scrupuleusement respecter la loi sur la parité, dans son esprit et pas seulement dans sa lettre, ce qui implique de permettre aux femmes de se présenter dans des circonscriptions gagnables.
Donnons-nous aussi pour notre parti, au secrétariat, bureau et conseil national une règle paritaire, applicable dans toutes les instances fédérales.
Il est impératif de lutter contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle avec l’ouverture du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe et il faut renforcer les sanctions contre les discriminations fondées sur la couleur de la peau ou l’origine, en particulier pour l’accès au logement et à l’emploi.
4.6. Redonner leur place aux artistes et à la culture
La culture est une urgence sociale. Ce n'est pas un supplément d'âme.
La France doit redevenir la nation de la culture, de la création, de la réflexion, du débat, de la polémique et de la critique, conditions essentielles de la démocratie. Un pays où l’imagination, la provocation, la contestation, l’anticipation, le rêve aient à nouveau droit de cité.
N’oublions pas par ailleurs que la culture est créatrice d'emplois, porteuse de développement et de rayonnement pour les territoires, les villes et les Etats.
Soutenir la création, la diffusion, la démocratisation, le partage de la culture mais aussi les échanges interculturels, doit redevenir une de nos priorité, face à l’uniformisation de la société, sa consumérisation, son américanisation, sa médiatisation.
Il nous faudra combler notre déficit sur les pratiques amateurs, rouvrir le débat sur le statut des intermittents.
Nous souhaitons promouvoir une culture ouverte à tous ceux qui la font et à tous ceux qui veulent la vivre et la voir.
C'est pourquoi nous proposons :
· L'aide aux cultures émergentes, urbaines.
· Un plus grande prise en compte de la diversité culturelle.
· Une pratique artistique de la maternelle à l'université.
· Le soutien à la création.
· Le développement de l'emploi culturel.
· La défense du livre et de la librairie indépendante.
· Investir beaucoup plus pour permettre à nos artistes de s’exporter au-delà du territoire national.
4.7. Reconnaître la diversité comme une chance, la France métissée comme un atout et l’harmonie des générations comme notre garantie
La France est aujourd’hui diverse. Elle doit prendre en compte cette diversité dans tous ses aspects : générationnels, culturels, sociaux, ethniques, religieux, philosophiques…La jeunesse n’est pas un problème, elle est son avenir et sa chance.
La France métissée a d’abord besoin de se reconnaître comme une richesse. Le métissage doit ouvrir les portes et ne pas les fermer. Pour en tirer parti et fierté, la France doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes ceux dont les familles sont venues d’ailleurs et qui, quoique toujours exposés aux discriminations, sont aujourd’hui des Français à part entière... La France doit écouter ce qu’ils lui disent, notamment les moins nantis. Elle doit même faire l’effort de comprendre ce qu’ils ne lui disent pas.
Cette réalité n’est pas regardée en face et n’est pas reconnue. Son invisibilité économique, sociale et politique est le premier obstacle à lever.
Le vote massif des jeunes des quartiers à l'élection présidentielle, nous donne, à nous socialistes, une responsabilité considérable. Nous n'avons pas le droit de les laisser tomber. C’est cela aussi la tâche de la gauche : aider la France à se reconnaître dans cette belle diversité humaine, une formidable chance pour nous tous. L’honneur de la République, la fidélité de la France à ses idéaux, c’est aussi la lucidité d’une histoire partagée, dans une France respectueuse de toutes les mémoires, et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs.
Pour que la France et la République ne soient pas seulement des idées abstraites, nous proposons de :
· Créer une cérémonie républicaine pour tous les jeunes, quelle que soit leur origine pour le passage à la majorité à 18 ans, l’âge du droit de vote.
· Mettre en place un service national civique obligatoire pour tous les jeunes entre 18 et 25 ans, au service des initiatives collectives dont le pays a besoin.
4.8. La laïcité, garante de la République
La République ne se résume pas à des institutions et des procédures. C’est un esprit public, aujourd’hui en crise. En France, l’esprit public, c’est la laïcité.
La laïcité, n’est ni seulement la tolérance, ni seulement la neutralité. C’est un corps de valeurs et une morale publique, une conception de la nation et de la citoyenneté, une exigence de justice et d’émancipation.
La France doit être fière de sa laïcité républicaine. La laïcité se suffit à elle-même. Restons fidèles à la loi fondatrice de 1905, qui protège les libertés de conscience, en mettant, comme le disait Victor Hugo, l’État chez lui et la religion chez elle, sans ingérence ni de l’un ni de l’autre.
Ce principe constitutionnel fort doit, de nos jours, être plus que jamais défendu. Contre tous les intégrismes qui tentent de le remettre en cause.
Nous proposons notamment de :
· Défendre l’universalité des services publics et le droit de tous à y accéder, quel que soit son genre ou sa confession.
· Exiger la mise en place de l’Observatoire de la Laïcité créé en mars 2007 et dont les membres n’ont jamais été nommés.
· Être vigilant et exigeant sur l’application de la Charte de la laïcité, pour qu’elle protège effectivement les usagers et les agents du service public.
5- Oser enfin « la démocratie jusqu’au bout »
La République est une réponse d'ensemble, pour mieux maîtriser nos choix collectifs : contre les rapports de force économiques et sociaux actuels, contre le centralisme et l'autisme d'État qui ignorent le vécu des citoyens, contre la non-transparence dans les choix environnementaux, contre l'exercice solitaire et omnipotent du pouvoir qui dénature la République.
Pour cela, il faudra l’adapter à ses nouveaux objectifs.
La question de la démocratie est centrale. C’est elle qui permettra de redonner du pouvoir à tous ceux qui aujourd’hui ont le sentiment d’être dépossédés de tout.
Pour qu'une autre politique soit possible, la démocratie est le levier capable d’imposer un rapport de force contre le fatalisme et le conformisme.
C'est vrai pour la France où la Vème République néglige le parlement, le dialogue social, les pouvoirs locaux et en tenant les citoyens à l'écart entre deux élections.
C'est vrai au niveau européen, où l'Europe sans les peuples est désormais rejetée.
C'est vrai enfin pour la mondialisation, qui a besoin de politique et de démocratie pour contrebalancer la puissance des intérêts privés.
5.1. Moderniser le Parlement
Le chef de l’État doit être engagé, mais partager le pouvoir et rendre des comptes.
Le Parlement moderne, comme partout dans les grandes démocraties, est le lieu premier de la délibération, du contrôle de l'exécutif et de l’évaluation de l’action publique.
Nous proposons notamment :
· La constitution par les commissions parlementaires de forums citoyens pour évaluer l’impact des politiques publiques.
· La démocratisation du mode de scrutin du Sénat et la modernisation de son fonctionnement (avec, pourquoi pas, l'idée ancienne d'une intégration du Conseil économique et social).
· La création d’un référendum d'initiative populaire.
5.2. Faire confiance aux élus locaux
Depuis les lois Defferre sur la décentralisation et la loi Chevènement sur l’intercommunalité, le fait urbain a été superbement ignoré. La loi Raffarin, par exemple, l’a abordé exclusivement sous l’angle de la prise de compétence de l’aide à la pierre. C’est pourtant nos villes qui concentrent aujourd’hui la majorité des habitants de notre pays et c’est logiquement dans nos villes que se concentrent la production de richesse et la précarité.
Lorsque nous parlons de la ville, nous parlons aussi de tout notre territoire. Il existe aujourd’hui un nouveau rapport entre ville et campagne, il n’y a plus de fractures entre les deux, mais au contraire des interdépendances croissantes. C’est désormais, la vie de tout un territoire, urbain ou rural qui s’organise autour d’une ville et les territoires ruraux sont d’autant plus dynamiques qu’ils peuvent bénéficier d’une dynamique urbaine forte.
Aujourd’hui, toute la planète est en voie de réorganisation autour de nœuds métropolitains. En Europe, la construction de lignes ferroviaires à grande vitesse est en passe d’intégrer Londres et Paris, Paris-Lyon-Marseille et l’Italie du Nord, Paris-Lille-Bruxelles et les Pays Bas, Francfort-Cologne et les réseaux français. Au sud, Lisbonne/Séville-Madrid-Barcelone-Bilbao et Bordeaux seront connectées à ce réseau. Ainsi, se dessine au cœur de l’Europe de l’Ouest une nouvelle structure spatiale : une série de régions métropolitaines interconnectées à moins de trois heures de distance entre elles.
Ces villes dépassent évidemment les structures institutionnelles héritées du passé pour devenir des métropoles multipolaires. C’est d’elles dont dépend largement l’avenir de notre pays. Et pourtant cette évolution est largement ignorée par notre découpage institutionnel.
Les collectivités locales doivent subir une décentralisation imparfaite - car jacobine et pas assez volontariste - et un discours les stigmatisant. Les élus locaux sont tenus d’appliquer des lois et des décisions gouvernementales auxquelles ils n’ont pas été associés, sans avoir les moyens financiers, humains et techniques. Cette contradiction les renvoie face à des difficultés quotidiennes, souvent insurmontables.
On ne peut vouloir indéfiniment donner des compétences nouvelles aux collectivités tout en diminuant les impôts locaux. La fiscalité est donc l’un des enjeux majeurs pour répondre aux besoins de nos populations, dans les domaines du quotidien, mais aussi pour anticiper les mutations de nos sociétés et assurer la compétitivité de nos territoires.
L’articulation des différents échelons de responsabilités est incohérente et la répartition des compétences manque de clarté, ce qui génère beaucoup de dépenses tout en freinant l’efficacité. Simplifier et clarifier les compétences, accompagner les transferts de compétences des transferts de moyens, ne signifie pas pour autant de donner l’autonomie complète aux régions.
Nous devons veiller à conserver les principes de la République et du service public : continuité, égalité, neutralité. C’est le rôle de l’Etat de garantir sur l’ensemble du territoire un seuil minimal de service public pour que le lieu de naissance ou de résidence ne soit pas un facteur de réussite ou d’échec.
Nous devons lutter contre le retrait organisé par l’Etat de la puissance publique des territoires ruraux : hôpitaux, tribunaux, bureaux de poste... Nous savons l’importance au niveau local de services publics organisant l’accueil de la petite enfance, les transports locaux et prenant en charge les problèmes de santé. Plus encore, il faut s’attacher à renforcer l'économie résidentielle, à aider les entreprises des territoires ruraux à passer le cap de la performance et de l'élargissement de leur influence économique, fixant ainsi l'activité au plus près des habitants.
L'invention d'un nouvel équilibre, autour de services publics de proximité efficaces est un enjeu d'aménagement du territoire auquel nous devons trouver des réponses pragmatiques et adaptées territoire par territoire, tout en conservant une certaine égalité entre eux.
Nous devons donc, alors que nous nous engageons dans la voie d’une décentralisation plus poussée, inventer de nouvelles solidarités entre les territoires.
Nous proposons de :
· Démêler le « mille-feuilles » de compétences entre les régions, conseils généraux, communes et intercommunalités.
· Renforcer fortement la péréquation, et donc la solidarité entre collectivités et entre territoires, garantie par l'État, notamment entre les départements riches et pauvres.
· Donner aux étrangers non communautaires présents en France depuis cinq ans le droit de vote aux élections locales.
· Simplifier les règles et d’instaurer une véritable relation de confiance avec l’Etat, afin d’aboutir à un vrai et vaste mouvement de décentralisation, aux bénéfices partagés.
5.3. Encourager la démocratie participative
Il faut associer plus directement les citoyens à la construction de l’intérêt général, à l’élaboration des décisions qui les concernent et à l’évaluation de l’efficacité des politiques publiques.
Les méthodes existent (forums et budgets participatifs, ateliers citoyens tirés au sort) et sont d’usage courant chez nos voisins européens. En France, les collectivités qui se sont lancées dans une démocratie authentiquement participative le savent bien : c’est une chance pour les élus et pour les citoyens. Nous voulons approfondir ce mouvement pour en faire le complément indispensable d’une démocratie représentative fortifiée et l’aiguillon d’une action publique plus réactive.
5.4. Garantir la liberté de la presse
Les médias doivent pouvoir jouer leur rôle d’information en toute liberté. Leur financement doit être indépendant de toute autre puissance (des pouvoirs publics, mais surtout aujourd'hui des puissances d’argent).
La suppression de la publicité sur les chaînes publiques est un coup bas contre le service public destiné à le paupériser.
Nous proposons de :
· Interdire à tout groupe privé vivant notamment de la commande publique de détenir plus de 25 % dans les grands médias.
· Intégrer le temps de parole du président de la République dans celui de la majorité parlementaire.
· Partager également le temps de parole de l’opposition avec celui de la majorité.
5.5. Porter haut l’exigence de justice et des Droits de l’Homme
Il faut donner à chacun les moyens d’exercer pleinement ces droits et de jouir réellement de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, principes fondateurs de la République.
Or, depuis le retour de la droite au pouvoir, la législation et la réglementation évoluent dans un sens où la coercition prévaut sur l’émancipation. Que dire, lorsque le droit régresse avec la prolongation des gardes à vue, le recours systématique et abusif à la détention provisoire, une justice trop souvent expéditive, l’instauration des peines planchers, le durcissement du régime des sursis et l’interdiction faite aux victimes de saisir directement un juge d’instruction. Le manque de moyens entraîne aussi une justice civile trop lente.
Soyons nets, ce n’est pas le principe de la sanction que nous mettons en cause, c’est la destruction du principe de l’individualisation des peines que nous dénonçons.
Nous proposons notamment de :
· Prohiber toute intervention du garde des Sceaux dans les dossiers. Les procureurs ne devront plus recevoir d’instruction du ministre de la Justice dans l’exercice de l’action publique. Le gouvernement conduira la politique pénale sur la base des lois votées par le Parlement. Le Conseil supérieur de la magistrature aura compétence pour interpeller le ministre de la justice sur toute atteinte à l’indépendance des magistrats, du siège ou du parquet.
· Faire du contrôle judiciaire la règle et de la prison l’exception, hors les cas de violences aux personnes ou d’infractions graves pour l’ordre public.
· Améliorer la condition pénitentiaire qui est une honte pour le France.
5.6. La démocratie au secours de l’Europe
L'Europe est notre avenir. Nous sommes passionnément européens, mais vu ce qui se passe, nous avons du mérite !
D’un référendum à l’autre, le rejet qui s’est exprimé à chaque fois, sauf en Espagne, marque l’échec d’une méthode. La génération fondatrice de l’Europe a su, dans un autre contexte, faire partager sa vision. Celle qui a pris le relais n’a pas mesuré à temps le divorce entre les citoyens et certaines élites, ni donner ce souffle indispensable qui empêche le repli national.
Ne nous voilons pas la face, nous sommes aujourd'hui plus loin de l'Europe sociale que nous l'étions en 2000.
Nous avons perdu trop de terrain face à une droite européenne qui a désormais en main l'ensemble des leviers à Bruxelles. Nous avons perdu trop de temps dans des débats institutionnels qui, si importants soient-ils, ne parlent à l’évidence ni à la tête ni au cœur. Cessons donc d’en appeler à l’Europe des citoyens sans lui donner de contenu concret et en nous défiant de plus en plus du suffrage populaire. L’Europe traverse une épreuve de vérité. Il faut en faire une chance, une occasion de mieux faire renaître le projet européen.
De nouveau, aller de l'avant !

Contrairement à ce que dit la droite, il est aujourd'hui tout à fait possible de faire avancer l'Europe sociale, et au travers d'elle, l'intégration européenne. L'Union à 27 semble certes bloquée sur de nombreux dossiers, mais rien n'interdit à la France de se faire le fer de lance d'un groupe de pays pionniers, plus conscients que d'autres de l'urgence sociale et économique qui frappe les citoyens européens.
Il y aurait là l'éclosion d'une ‘Europe à deux vitesses’. Mais elle serait choisie démocratiquement par les peuples, elle resterait ouverte à tous ceux qui changeraient d'avis et elle nous permettrait à tous de sortir de l'ornière. Cette stratégie, déjà utilisée avec succès pour l'euro, est la seule à même d'approfondir l'intégration européenne, avec le plus grand nombre de pays possible, par des voies démocratiques.
Nous proposons notamment de :
· Créer un débat sur l’avenir de l’Europe par la voie d’une consultation européenne, s’adressant directement aux peuples des 27 États-membres.
· Repenser profondément notre conception de l’Europe sociale. L’Europe sociale, c’est d’abord une Europe qui n’empêche pas les États de décider du niveau de solidarité qu’ils souhaitent. Une directive est donc plus que jamais nécessaire pour éviter que les règles de concurrence ne s’appliquent aux services publics.
· Relancer l’Europe des grands projets, pour surmonter les défis du futur et affronter les crises du présent. L’Europe doit prouver à tous qu’elle peut changer positivement la vie de ses citoyens. Nous devons créer les infrastructures transeuropéennes dont nous avons tant besoin, en matière de numérique, d’énergie ou de recherche, en profitant du niveau élevé de l'euro pour constituer un fonds d'investissement européen.
· Créer un nouveau pacte européen initié par un premier groupe de pays volontaires. Ce pacte doit promouvoir : une politique industrielle offensive soutenue par une politique monétaire favorable ; un plan d’investissement et de croissance européen fondé sur l’emprunt ; une politique énergétique capable d’assurer la sécurité, l’indépendance et la diversité énergétique de l’Union en luttant efficacement contre le changement climatique; un vrai pas en direction d’un gouvernement économique européen. Cette étape se ferait avec tous ceux qui le souhaitent. C’est cela la nouvelle frontière de l’Union européenne : une coopération renforcée fondée non sur quelques actions ponctuelles ou une coalition aléatoire, mais sur un authentique projet politique.
· Relancer le Dialogue social européen. Les partenaires sociaux, toujours plus sollicités au niveau national, ont un rôle à jouer, trop laissé de côté, dans l'édification de l'Europe sociale.
· Accélérer la construction d’une défense et d’une diplomatie européennes face aux nouveaux déséquilibres du monde.
· Intégrer, comme la réserve fédérale américaine, la croissance et l'emploi parmi les objectifs de la Banque centrale européenne, au même titre que l'inflation.
· Européaniser le Parti Socialiste en renforçant les collaborations avec les Partis socialistes et sociaux-démocrates de l’Union, et en encourageant les jumelages européens de sections et fédérations.
· Accueillir dans nos sections et fédérations, les résidents étrangers (étudiants Erasmus, travailleurs, enseignants, etc.) engagés dans des Partis socialistes et sociaux-démocrates de l’Union Européenne, sans double cotisation.
5.7. Pour un ordre mondial juste : des institutions internationales à la hauteur de leurs missions
La chute du mur de Berlin et la faillite manifeste de « l’autre système » n’ont pas annoncé la fin de l’histoire, mais le commencement d’une autre.
Les risques ne sont plus les mêmes mais ils ne sont pas moins menaçants, peut-être même plus que du temps où deux camps se faisaient face.
Aucune nouvelle architecture de sécurité ne s’est encore mise en place pour l’ère de la mondialisation. De nouvelles puissances revendiquent à juste titre une part accrue aux décisions.
La sécurité de la France et de l'Europe est une exigence primordiale. L’intégration dans le commandement militaire intégré de l’OTAN pose la question de l’indépendance de l’Europe. Dans la perspective d’une Europe puissance, nous devons mettre l’accent sur la nécessité de construire une défense européenne.
Nous proposons notamment de :
· Introduire à l’Organisation mondiale du commerce une hiérarchie des normes qui équilibre les règles commerciales par le respect des normes sociales et environnementales.
· Accroître au Sud comme au Nord l’autosuffisance alimentaire pour garantir l’avenir de la paysannerie et diminuer les coûts de transports.
· Réformer profondément le Fonds monétaire international et la Banque mondiale pour en faire des instruments au service du développement humain. Étudier notamment la faisabilité d’un mécanisme de stabilisation des prix agricoles géré par la Banque mondiale pour les pays les moins avancés (PAC mondiale), avec un prix de vente garanti.
· Réformer la composition du Conseil de sécurité des Nations unies et la rendre plus juste.
· Créer à l’échelle de l’Union européenne de nouveaux financements innovants du développement.
6- FAIRE DU SOCIALISME UNE FORCE NEUVE DANS LE SIÈCLE
6.1. Un grand parti porteur d’espoir
Rendre la société plus humaine, c’est la tâche immense des socialistes et de la gauche. Le PS est au service de cet idéal. Le PS doit incarner cet idéal.
Nous devons faire du Parti socialiste ce grand parti démocratique, populaire et de mobilisation sociale dont la France a besoin. Un parti avec une équipe dirigeante et un leader qui incarnent une espérance, un souffle, une envie de se mettre en mouvement.
Le Parti socialiste doit être fidèle à ses valeurs. C’est pour lui le meilleur chemin pour s’adapter. Fidèle à ses idéaux de construction, il doit savoir assumer les tâches d’un parti de gouvernement et être l’agent actif des mobilisations sociales face à la droite.
Il doit être un laboratoire social, un lieu de confrontations et de convergences des idées. A ce débat, le parti socialiste doit bien naturellement associer tous ceux qui peuvent partager ses valeurs.
Il est la force irremplaçable que nous soyons dans l’opposition ou au pouvoir. Car c’est en regagnant l’hégémonie intellectuelle que nous gagnerons les nouvelles batailles politiques. Nous voulons que le Parti Socialiste redevienne le parti de la pensée. Une pensée que nous avons délaissée depuis trop longtemps et qui pourtant s’impose. A ne pas le faire, nous devenons conservateurs. A ne pas le faire, nous perdons notre capacité à dessiner des perspectives. A ne pas le faire, nous laissons des femmes et des hommes désabusés quant aux propositions que nous leur présentons.
Il ne peut pas prétendre détenir à lui seul la réponse aux grandes questions de la société et du monde. Sa force tient à sa capacité à s’ouvrir en permanence sur l’extérieur. Il doit être le lieu où les hommes et les femmes, les jeunes et les anciens, les Français de toutes les origines, de tous les talents et de tous les métiers, de toutes les singularités et de toutes les générosités se retrouvent. Il doit être un véritable reflet de la société française.
Voilà pourquoi la parité hommes / femmes et la diversité des origines de sa composition humaine sont une exigence politique et éthique, et la condition de son attractivité et de son succès.
Il doit savoir mobiliser amplement autour de lui, associer dans des débats participatifs le plus grand nombre de citoyens, littéralement fusionner les énergies comme la campagne présidentielle de Ségolène Royal en a été la parfaite illustration.
Pour cela, nous proposons de :
· Développer la démocratie participative pour associer en permanence les militants et les sympathisants. Cette démarche validera le sérieux de nos analyses et de nos propositions. Elle associera les citoyens qui seront demain les acteurs de nos programmes et les fera participer à leur destin. Elle contribuera à abolir la frontière entre les « sachants » et les obéissants. Elle confirmera le socialisme et la démocratie dans leur rôle historique d’émancipation, en restituant à chacun une part de pouvoir politique supplémentaire.
· Organiser des consultations lors de réunions publiques ou de forums, notamment sur Internet.
Afin d’associer le plus largement possible les militants aux décisions et orientations du parti, des conventions nationales régulières thématiques correspondant aux grandes délégations du secrétariat national seront organisées à l’initiative de la direction nationale ou d’un nombre déterminé de militants et de fédérations. Les questions sociales, d’économie, d’environnement, européennes, sur l’émancipation, sur les institutions et sur la politique de défense seront notamment abordées.
Les élus savent que cette méthode, qu’ils pratiquent déjà est un atout décisif dans la conduite de leur mandat. La démocratie participative est la meilleure alliée de la démocratie représentative. Elle est un antidote au populisme.
· Appliquer cette démarche à nos congrès et conventions. Nous devons, là encore, inventer une nouvelle forme de lien entre le parti et la société. Celle-ci existe à travers des organismes vivants. Il faut leur donner la parole et s’obliger à leur répondre. Ainsi dans la phase de préparation de nos conventions et de nos congrès, un droit d’interpellation et d’amendement sera donné aux associations, syndicats et groupements. Leurs questions seront enregistrées et prises en compte par nos instances statutaires. Il devra leur être répondu et les réponses devront être argumentées. Ce droit de la société à participer à la vie interne de notre parti le replacera au cœur du débat public.
6.2. Un parti décentralisé
Les élections régionales, départementales et municipales ont prouvé que les Français faisaient majoritairement confiance aux élus socialistes parce qu’ils les jugent sur leurs actes et sur la réalité de politiques qui réussissent et qui, inspirées par nos valeurs de gauche, font tenir les gens debout ensemble sur un territoire.
C’est pourquoi nous devons donner plus de poids aux intelligences territoriales dans le parti.
Nous proposons de :
· Décentraliser des responsabilités aux fédérations, notamment pour conduire des débats et faire des propositions sur tel ou thème. Partout dans les régions, existent des universitaires de grand talent, des chercheurs, des syndicalistes, des chefs d’entreprises, des responsables associatifs, des talents culturels qui ne demandent qu’à être associés. Ces énergies doivent se démultiplier au niveau des territoires.
· Faire fonctionner le parti de façon ascendante, en nous appuyant sur les responsables fédéraux et les élus locaux, qui auront toute latitude pour l’irriguer. Le PS, ce n’est pas seulement la rue de Solferino, c’est d’abord et avant tout la multitude des compétences qui mettent les décisions en acte. Les Livres blancs des régions et des communes socialistes en témoignent.
· Donner aux fédérations les moyens financiers nécessaires, à l’image de ce qui s’est passé pendant la campagne présidentielle, où pour la première fois, la candidate avait décidé de doter les fédérations d’un budget librement utilisé. De la même façon, des dotations financières plus importantes seront attribuées aux fédérations pour leur permettre d’animer le parti dans de meilleures conditions, en application du principe « transfert de responsabilité, transfert de ressources ».
6.3. De nouvelles formes de militantisme
Les adhérents sont la force du PS. Ils doivent être nombreux et respectés. Le montant de la cotisation ne doit pas être un obstacle à leur adhésion.
L’activité des sections doit tenir compte de la diversité des rythmes de vie et des contraintes de temps des adhérents.
Par ailleurs, les sections et fédérations du parti doivent être des lieux attractifs, agréables, sympathiques, où l’on a plaisir à se retrouver.
Nous proposons de :
· Encourager l’engagement des militants au-delà des campagnes électorales, dans les associations (restaurants coopératifs, boutiques de solidarité, réseaux d’aide aux sans logis, observatoire d’alerte environnementale, universités populaires, ateliers artistiques, permanences juridiques, réseaux d’assistance aux personnes âgées, clubs sportifs, etc.). C’est par l’exemple que les militants donnent le vrai sens du mot socialisme.
· Redonner vigueur et importance à la formation et à la culture politique. Dans chaque département, ou dans chaque région, une université socialiste de la connaissance sera créée. Elle sera ouverte aux militants et sympathisants. Elle fonctionnera comme l’éducation populaire. La Fondation Jean Jaurès et les groupes de réflexion amis seront mis à contribution pour ce travail. La production intellectuelle sera ainsi mise au cœur de la vie du parti.
· Généralisation de la carte à 20 euros pour ouvrir le PS au plus grand nombre pour les premières adhésions.
6.4. Le respect des militants
Respecter les militants, c'est d'abord respecter les décisions du parti.
La République du respect commence ici, chez nous et maintenant.
Etre membre des instances du PS induit, en effet, des devoirs vis-à-vis du parti et de ses adhérents. Nul ne doit être empêché de s'exprimer tant qu'un vote n'est pas intervenu, mais dès lors qu'il y a eu débat et vote, chacun se doit d'être solidaire.
Chaque fois que nous nions, voire entravons les décisions du parti, c'est notre image, notre crédit moral, notre légitimité à gouverner que nous affaiblissons dans l'opinion publique.
6.5. Fédérer la gauche et attirer les démocrates
Il est parfaitement légitime que le congrès du PS débatte de sa stratégie d'alliances.
C'est une question importante. Elle découle en effet du projet du PS, de sa force idéologique, politique, électorale.
C'est aussi une question que l'on doit aborder avec franchise, en regardant les réalités en face, en évitant par exemple le double langage des alliances locales les plus diverses, combinées à un discours très fermé voire sectaire au plan national.
Quels sont les principes que nous proposons ?
· Premier principe : nous voulons, comme tous les socialistes, un parti socialiste puissant, plus puissant qu'aujourd'hui. La moyenne électorale du PS, ces 15 dernières années se situe entre 20 et 25 % des suffrages exprimés, sauf exception. Nous pensons que le Parti socialiste peut et doit faire mieux en se fixant comme objectif ambitieux de dépasser les 30 %, comme François Mitterrand nous en a montré la possibilité en 1986 et 1988. Cela dépend de nous, de notre capacité à nous rassembler, à devenir le parti de toute la société française pour porter un idéal réalisable, un enthousiasme, une gaieté et une envie d’être ensemble.
· Deuxième principe : nous gardons bien sûr la stratégie d’alliance née à Épinay. Elle consiste d’abord à rassembler la gauche, toute la gauche. C’est à partir de cette stratégie que nous ferons appel, lors des élections, à ceux qui se reconnaîtront dans notre projet et dans ce rassemblement de la gauche ouvert à tous ceux qui veulent offrir à la France des perspectives nouvelles.
A partir de là il est possible et nécessaire, de réunir, avec toutes les gauches rassemblées au soir du premier tour, tous les démocrates qui partagent des valeurs communes avec nous.
6.6. L’augmentation massive du nombre d’adhérents et l’organisation de primaires
Dans le cadre de l’ouverture du parti socialiste et afin de renforcer ses capacités de mobilisation, un effort stratégique sera accompli en direction d’une augmentation massive du nombre de ses adhérents. Parallèlement un élargissement du collège électoral de désignation du candidat sera mis en place en direction de ses sympathisants. L’organisation de ces primaires de masse sera soumise à une procédure validée par les adhérents du PS.
***
LE SOCIALISME, UNE IDÉE NEUVE POUR LE XXIÈME SIÈCLE
Être de Gauche, être Socialiste suppose d'abord de penser le monde dans lequel nous vivons pour ne pas être contraints de subir «le cours logique du monde tel qu’il va».
Nous sommes portés par un idéal de progrès, de justice sociale, d’épanouissement de la personne humaine. Nous voyons bien chaque jour l’inquiétude de couches moyennes de moins en moins confiantes dans leur avenir et leurs difficultés quotidiennes pour trouver un emploi ou même un toit. Plus grave, nous sentons le recul constant des valeurs de solidarité, de respect, de service (notamment public) dans notre société. Nous voyons bien que la France vit une crise culturelle de ses valeurs républicaines fondatrices.
Le culte de l’argent et de la réussite individuelle ne peuvent résumer seuls l’avenir d’un pays, en fonder le lien social. Portant plus loin notre regard, nous mesurons l’ampleur des inégalités qui se creusent partout entre les pays mais aussi, de plus en plus, à l’intérieur de chaque pays.
Il est donc urgent que le Parti Socialiste redécouvre un langage conquérant adapté au monde d’aujourd’hui. C’est de cette manière que nous retrouverons le meilleur de la tradition du socialisme : celui d’un socialisme clairement réformiste. Il nous faut pour cela redonner un sens au beau mot de réforme et non le laisser détourner comme on a tenté de le faire avec les noms de Jean Jaurès ou de Guy Môquet.
Nous résigner ? Comment le pourrions-nous face au monde tel qu’il va ? Chaque jour il semble plus violent, plus inégalitaire, plus risqué, plus contradictoire. Nous produisons des richesses, et pourtant, plus que jamais nos destins semblent écrits d'avance.
Nos personnalités ont un besoin d'expression croissant qui souffre du défaut de règles collectives. Nos énergies doivent être libérées, mais pas au prix d’un démantèlement des protections et des sécurités sociales. Notre maîtrise technologique n’a jamais été aussi forte et pourtant nous n’avons jamais été aussi fragiles face aux désordres climatiques et environnementaux que nous provoquons.
C'est pour tout cela que nous avons besoin d'un socialisme qui transforme sans détruire, un socialisme respectueux de la personne, défenseur des plus faibles, innovateur économique, initiateur d'un monde plus juste et de paix.
Un socialisme réformiste.
Nous devons être ceux qui mettons la démocratie au coeur de tous nos choix. C'est cela que nous appelons le socialisme réformiste.
Notre congrès est une chance. À nous de la saisir tous ensemble.
Faisons vivre toutes ces idées au congrès de Reims.
Amis socialistes, soyons à la hauteur, les Français nous regardent et nous attendent.

D-Aubry Changer à gauche pour changer la France

INTRODUCTION : FACE AUX BOULEVERSEMENTS DU MONDE, LA GAUCHE
Panne des salaires, du pouvoir d’achat et de la croissance. Retour des plans sociaux et menace de faillites bancaires en chaine, effondrement du marché de l’immobilier. Alourdissement des impôts, des factures pour se soigner, se loger ou se déplacer. Envolée des prix du pétrole et des aliments même les plus essentiels. Démolition des services publics –dernière en date, la Poste- et des moyens des collectivités locales. Nouvelles attaques contre les libertés les plus élémentaires comme avec le fichier EDVIGE et les droits sociaux avec une pression de plus en plus forte exercée sur les chômeurs alors qu’il redevient de plus en plus difficile de trouver un travail. Tensions internationales ravivant ou aggravant des conflits armés à nos portes, entre les anciens blocs, entre l’orient et l’occident, entre le Nord et les Sud. Accidents climatiques violents à répétition.
Cette rentrée 2008 est à l’image, en plus dur peut être encore, des années que viennent de vivre les Français. Les Français et la France souffrent. La France n’a plus confiance en elle-même, et ne voit pas de raison d’espérer. Non seulement Nicolas SARKOZY et son gouvernement ne préparent pas l’avenir, mais ils dégradent chaque jour davantage le quotidien des français. Les ressources publiques sont gaspillées dans des mesures fiscales aussi injustes qu’inefficaces économiquement. Les libertés publiques sont menacées. La laïcité est remise en cause. Les étrangers sont stigmatisés. L’opposition négligée. Les corps intermédiaires marginalisés. L’audiovisuel repris en main. La France a besoin d’une autre perspective, d’un autre avenir, pour elle-même, pour l’Europe et pour le monde.
Dans ce contexte, les socialistes ne doivent avoir qu’un seul objectif : être en mesure de proposer aux français cette autre perspective pour la France. C’est et cela doit être pour nous le seul l’unique enjeu du Congrès de Reims : définir les grandes orientations et mettre en place les équipes qui prépareront ce projet pour la France.
Le travail est immense. Dans le nouveau désordre mondial et face à l’échec maintenant avéré du néo-libéralisme, il est temps de reposer les questions essentielles du sens que nous voulons donner à nos vies personnelles et à notre destin commun : une société développée est-elle une société où l’on court sans cesse vers l’acquisition de plus de biens, vers les dernières technologies ? Ou est-ce une société qui porte haut le niveau d’éducation de chacun, qui donne à tous l’accès à la santé et qui accompagne les aînés dans les meilleures conditions de vie possible ? Quels rapports entre l’individu et le collectif ? Où fixer les limites du marché et comment le réguler ? Comment préparer l’avenir et léguer un monde meilleur aux générations futures ? Voulons-nous une société où tout est dominé par l’argent, soumis à la logique marchande et à la concurrence, sur les marchés comme entre les personnes ? Ou une société où l’on retrouve le goût de vivre ensemble, avec nos différences d’âge, de culture et de catégorie sociale ?
C’est un nouveau modèle de développement économique, social et écologique qu’il nous faut imaginer ; c’est une société de solidarité, de responsabilité et de libertés dont nous devons être les architectes ; c’est un nouvel internationalisme avec l’Europe au cœur que nous avons à définir.
Inventer les voies et moyens pour assurer de l’émancipation de chacun, maîtriser le monde et préparer l’avenir, et pour faire civilisation, tels sont les enjeux qui sont devant nous. Et pour cela nous devrons commencer par prendre toute la mesure la nouvelle donne mondiale.

I – LA NOUVELLE DONNE APPELLE UN SOCIALISME DE RECONQUÊTE
La société dans laquelle nous vivons est dure. Comment accepter que dans un pays aussi développé que le nôtre on ne donne pas à chacun de nos enfants les mêmes chances de réussir dans la vie, ni à chaque famille un logement adapté à sa situation et conforme à ses besoins ? N’est-il pas scandaleux que des salariés de 48 ou 50 ans soient mis à la porte sans espoir de retrouver un emploi alors même qu’on nous explique qu’il faut travailler plus longtemps ? Où va-t-on quand on privilégie le financement du secteur privé de la santé – un secteur où certains établissements font le tri des malades sur un seul critère de rentabilité ? Dans quel monde vivons-nous où, à l’heure du TGV et d’Internet, des pays connaissent des émeutes de la faim et des peuples sont frappés par des maladies d’un autre siècle ? Comment en pas être inquiet devant la multiplication des dérèglements climatiques ou la résurgence des conflits armés à nos portes, douloureusement rappelée par la mort de nos soldats en Afghanistan ?
Le monde connaît des mutations profondes et inédites. Elles représentent à la fois une chance – pensons notamment aux progrès technologiques – mais aussi des périls : réchauffement climatique, épuisement des ressources naturelles, dérèglements financiers, terrorisme, nouveaux conflits armés… Dans ce monde complexe, incertain, nous devons revendiquer nos valeurs et réactualiser nos outils d’action. Avoir des valeurs, et y croire vraiment, c’est justement être capable d’y rester fidèle y compris par gros temps. Confronter toujours notre idéal au réel, c’est notre devoir. Mais de cette confrontation – nous y reviendrons –, les valeurs du socialisme sortent renforcées.
1) Un monde nouveau

La mondialisation comporte de nombreuses potentialités positives sur le plan économique et culturel. Mais elle exacerbe la concurrence avec les pays à bas salaires et affaiblit les marges de manœuvre régulatrices des Etats. A travers elle, le capitalisme financier remet en cause les compromis sociaux établis dans chaque pays, substituant ainsi le précariat au salariat. Elle coïncide avec une nouvelle géostratégie issue de la chute du Mur de Berlin et du 11 septembre, aux dimensions inquiétantes : prolifération nucléaire, idéologie du « choc des civilisations », unilatéralisme américain, explosions des inégalités Nord / Sud, crise alimentaire et énergétique, nouvelles pandémies et épizooties.
Un monde multipolaire, le retour des empires
Dans la globalisation, l’Occident n’est plus au centre du monde. La montée en puissance des pays émergents, constitue un événement sans précédent. A rythme constant, la Chine sera bientôt la première puissance économique du monde. L’entrée de 20 % de la population mondiale dans le concert des nations développées ne peut s’opérer sans conséquences majeures. D’autant plus que l’Inde se réveille en même temps que la Chine ! Ces bouleversements auront des effets considérables aux Etats-Unis, au Japon et en Europe. Quand s’est effondrée l’Union soviétique, la thèse de « la fin de l’histoire » fut en vogue parmi les élites occidentales. On parlait de « mondialisation heureuse ». On croyait que l’alliage des droits de l’homme, de la démocratie et de l’économie de marché allait venir à bout des guerres, des crises économiques et des inégalités ! Vingt ans ont passé et la réalité est bien différente. « Choc des civilisations », la Russie, la Chine, l’Inde, mais aussi l’Amérique du Sud et l’Afrique, qui veulent accéder à la puissance - les événements récents, JO de Pékin ou crise géorgienne l’ont montré : le choix entre la voie conflictuelle et la voie coopérative est devant nous. Que va faire l’Occident face à cette nouvelle concurrence : se dépasser ou se braquer ? Oui, le futur dépend autant de la réaction des pays développés à leur propre déclassement que de l’ambition des pays émergents.
La nouvelle donne écologique : agir avant qu’il ne soit trop tard
Les approches traditionnelles de la gauche sont remises en cause par les chocs écologiques de grande ampleur qui marquent l’entrée dans le nouveau millénaire. L’épuisement des ressources fossiles impose une gestion durable des ressources et une notion de responsabilité vis- à-vis des générations futures. Dans les années qui viennent, nous aurons à inventer le monde de l’après-pétrole. La dégradation de la biosphère fait déjà sentir ses effets. La saison des ouragans devient chaque année plus meurtrière et destructrice. Les océans continuent de monter. Des mécanismes irréversibles sont engagés, comme la fonte des terres gelées de l’hémisphère nord. Il faut agir. La préparation de l’après Kyoto nous en donne l’occasion. Nous militons pour des solutions fortes et ne reculons devant aucune solution Ces périls imposent également une révision drastique des processus productifs. Ils invitent à reconsidérer plus globalement la hiérarchie même des besoins dans notre société, à sortir du réflexe matérialiste et consumériste pour redéfinir le modèle de développement. L’émergence des nouveaux risques - nucléaires, alimentaires, génétiques – liés, eux aussi, à l’action de l’homme rappelle la nécessité d’une maîtrise collective et démocratique du progrès scientifique et technique.
La nouvelle donne économique : les dérives graves du capitalisme financier

Depuis trente ans, une idéologie (le néolibéralisme) a façonné le monde selon ses critères : libéraliser les échanges, déréguler les économies, intensifier la concurrence entre les Etats, privatiser le secteur public, démanteler l’Etat social et s’en remettre aux seuls marchés pour l’allocation des ressources. Pour quel résultat ? Crise énergétique, crise financière, crise alimentaire, crise climatique, crise sociale : ces grandes 4 crises qui secouent le monde depuis quelques mois ont une même cause. Ce sont les conséquences du marché livré à lui-même : dérégulation financière dans les années 1980 et inaction face au détournement de toutes les règles prudentielles, désengagement des Etats du secteur énergétique et sous-investissement, spéculation sur les produits alimentaires de base, inaction des Etats face aux dégradations pourtant manifestes causées à l’environnement par nos modes de production et de consommation. Avec la financiarisation massive de l’économie, l’objectif de rentabilité à court terme prévaut sur le développement à long terme. Les grands actionnaires, gestionnaires des fonds d’investissement, traders, ont pris le pouvoir. Le dirigeant de grande d’entreprise doit « créer de la valeur pour l’actionnaire », mais comment peut-il garantir durablement une rentabilité du capital de 15- 20 % quand la croissance de l’économie réelle est 10 fois inférieure ? La rente l’emporte sur la préparation de l’avenir. Les gains les plus forts sont pour le capital, les sacrifices pour les salariés. En France, au cours des trois dernières décennies, la part des dividendes dans le revenu national est passée de 2,3 % à près de 8 %. L’activité industrielle se déplace vers les régions du monde à bas salaire, où la rentabilité est la plus élevée. Pour assurer un niveau record de rémunération aux actionnaires, les entreprises n’investissent plus assez – ce qui met en danger à terme les emplois et les entreprises elles-mêmes. Quant aux Etats, ils se livrent une concurrence impitoyable : pour attirer le capital mobile, ils sont sommés de diminuer les prélèvements sociaux et fiscaux, de réduire leurs dépenses de recherche, d’éducation, de formation, d’infrastructure et d’aménagement du territoire. En réponse à l’idéologie du marché autorégulé, on laisse les coudées-franches aux spéculateurs. Bulle internet ou crise des subprimes : à chaque fois, la recherche de l’argent rapide au détriment de l’investissement à long terme conduit à des retournements brutaux.

La nouvelle réalité en France et en Europe : croissance molle et société de la précarité


Notre modèle économique et social est mis en péril par le nouveau contexte mondial. Tout d’abord, nous souffrons d’une croissance structurellement faible, liée en partie aux transferts d’activité vers les émergents. Alors que la consommation ne porte plus la croissance, nos exportations ne peuvent pas prendre le relais, compte tenu des faiblesses de notre appareil productif insuffisamment innovant, diversifié et performant. Ensuite, dans l’économie mondialisée, même lorsqu’il y a croissance, celle-ci ne bénéficie plus mécaniquement, ou en tout cas très faiblement, au pouvoir d’achat ou à l’emploi. Les profits vont aux détenteurs du capital et à une minorité de salariés. De 1999 à 2007, la productivité a progressé de 30 % pour l’ensemble de la planète et le salaire réel par tête de 18 % seulement. Quant aux emplois, ceux qui sont créés sont trop souvent des emplois précaires ou à temps partiel, et faiblement rémunérateurs. Pourquoi ? Parce que le rapport de forces est extrêmement défavorable aux salariés. La course à la flexibilité fait des salariés la principale variable d’ajustement du système. Pour conserver leur emploi, les travailleurs des pays développés sont sommés d’accepter une remise en cause de leur situation sociale et de leur pouvoir d’achat. « Renoncez à vos droits, sinon je renonce à votre territoire ! ». Ces forces qui sont à l’œuvre dans l’économie actuelle ont des répercussions profondes sur la société. D’un côté quelques individus qui profitent du système par des stocks options et autres parachutes dorés et des réductions d’impôts mobilisées à leur profit ; de l’autre, l’immense majorité des salariés, hier surtout les moins qualifiés, aujourd’hui même certains cadres sont touchés et la masse des « sans » - sans droits et sans espoirs – gonfle, à mesure qu’en réponse à ce processus, les mécanismes de solidarité publique sont attaqués.
2) Le libéralisme archaïque de Nicolas SARKOZY
Alors que les libéraux eux-mêmes commencent à réclamer la réintroduction de règles dans le marché, que Georges BUSH nationalise des grandes banques américaines et injecte 200 milliards de dollars dans l’économie soutenir les ménages américains surendettés, Sarkozy applique en France des solutions qui ont déjà échoué ailleurs. Il baisse des impôts, évidemment en haut de l’échelle pour soi-disant ne « pas décourager l’initiative » et récompenser « le mérite » ; replie l’Etat sur ses strictes missions régaliennes par des réductions d’effectifs (école, hôpitaux…) et fait reculer des droits sociaux (retraite, assurance chômage, allocations familiales, soins…) au motif que les « caisses sont vides ». Les protections juridiques sont présentées comme des « carcans » pour justifier leur démantèlement (droit du travail, implantations commerciales, pression sur les chômeurs…). L’absence de sens est comblée par une politique ultra- sécuritaire (Taser, EDVIGE…), la récupération du religieux (discours du Latran et de Ryad), la recherche de bouc émissaires (les étrangers, les 35H), le refuge dans l’identité nationale ou des discours reprenant des préjugés du colonialisme (discours de Dakar). 3)
L’Union européenne n’a pas su apporter des réponses à la hauteur des enjeux
Si nous avons pu diverger sur des choix européens, ce n’est pas au nom de conceptions divergentes de l’Europe, mais sur une appréciation différente de la stratégie à adopter pour la bâtir. La suite des événements a pu confirmer les uns et les autres dans leur approche. Mais nous partageons tous l’analyse des dérives actuelles de l’Europe libérale et de la nécessité de la réorienter. Il faut revenir sur les difficultés actuelles de l’Union. Les progrès réalisés dans les 30 premières années étaient fondés sur un consensus politique fort, et implicite, entre les Etats membres autour de l’idée d’« économie sociale de marché », un mélange de régulation et de libéralisation, de confiance dans l’action publique et dans l’initiative individuelle. Ce consensus n’existe plus dans l’Union à 27. Pour beaucoup, la concurrence libre et non-faussée » semble être devenue un objectif dominant. Ce malaise a été aggravé par les difficultés économiques d’une grande partie de l’Union. La monnaie unique a contribué à unifier plus étroitement la zone Euro, mais il y a eu également des effets négatifs. La hausse des prix est une réalité. L’euro est trop cher et pénalise notre activité. Sans coordination des politiques budgétaires, il n’est pas possible d’assurer le pilotage macro- économique au niveau de l’Union avec un budget communautaire représentant seulement 1% du PIB total. La politique de la concurrence est maintenant parfois plus exacerbée en Europe qu’aux Etats-Unis. Il y a de nombreux exemples d’entreprises européennes gênées dans leur développement et de services publics fragilisés par l’application dogmatique des règles de concurrence. 4) Une gauche à reconstruire Face à l’échec du libéralisme et à l’impasse des solutions de ses adversaires, la gauche devrait être en grande forme. C’est malheureusement tout le contraire. Notre motion part de ce paradoxe : jamais le modèle libéral n’a paru aussi fragile et dans le même temps, rarement la gauche, à l’échelle de l’Europe, a été en si mauvais état. Comprendre les raisons de cette crise pour la dépasser et reconstruire la gauche : voilà ce que nous proposons aux socialistes.

La gauche française est en panne…
Dans ce contexte, la gauche est en panne. Malgré ses succès collectifs aux élections
intermédiaires, le Parti socialiste perd les élections nationales. Nos partenaires sont affaiblis. De nouvelles offres politiques, venues de la gauche comme de la droite, troublent le jeu.

….comme toute la gauche européenne
Motif d’inquiétude supplémentaire : c’est toute la gauche européenne qui va mal ! Les
partis socialistes ou sociaux-démocrates gouvernent dans seulement sept des vingt-sept pays de l’Union européenne. Malgré leurs différences de style, les leaders de la nouvelle droite européenne poursuivent le même objectif : démanteler les solidarités collectives de l’Etat-providence pour y substituer des mécanismes marchands, communautaristes, régionalistes, religieux. Partout, l’Etat policier s’affirme à mesure que s’affaiblit l’Etat social.
Alors qu’elle a tant apporté dans le passé, la gauche européenne n’a pas su repenser les compromis historiques qui la fondent, notamment celui qui régit les rapports du capital et du travail, dans un contexte où la mondialisation des économies réduit les marges d’intervention publique traditionnelles. Résultat : elle a donné le sentiment qu’elle ne pouvait pas inverser la tendance dominante, mais simplement en amortir certains chocs, provoquant un éloignement avec les catégories populaires, une part des couches moyennes et nombre de jeunes aussi. S’y ajoutent des données structurelles : montée de l’individualisme et recul des repères collectifs ; affaiblissement des pratiques militantes dans les partis, les syndicats, les associations ; développement d’une vision utilitaire, voire consumériste de la chose publique.
Pour que les Français retrouvent confiance dans la gauche, encore faut-il qu’elle ne se résigne pas !
L’élection de N. Sarkozy en 2007 a marqué une victoire culturelle de la droite autant que
son succès électoral. Dans les années qui ont précédé l’échéance, il a malheureusement imposé dans le débat public son vocabulaire, ses slogans, ses recettes. Dans le même temps, le Parti socialiste n’a pas suffisamment travaillé à un projet solide et crédible. Dans les fédérations, des contributions passionnantes étaient rédigées, mais hélas sans réelles suites. Des querelles internes nous ont détourné de l’esprit collectif. Certains en sont venus à croire que la France était devenue de droite.
Soyons lucides: le Parti socialiste n’a pas gagné l’élection présidentielle depuis vingt ans et sa dernière victoire législative remonte à plus d’une décennie ! A lui seul, ce constat milite pour un changement en profondeur. Si nous ne renouvelons pas notre doctrine, notre fonctionnement, nos comportements, 2012 risque d’être un nouveau rendez-vous manqué. Nous refusons cette fausse fatalité !
Plus que jamais nos valeurs sont d’actualité
Depuis la Révolution de 1789, les femmes et les hommes de gauche ont combattu pour l’accès de tous aux ressources essentielles et contre les inégalités : inégalités de droit, discriminations, écarts de revenus et de fortune que rien ne peut justifier. Depuis près de 150 ans, cette aspiration se traduit par le refus du capitalisme financier et libéral, par le refus résolu d’une « société de marché » où tout serait soumis à la loi de l’offre et de la demande et à l’exigence de rentabilité, où l’homme lui-même ne serait qu’une marchandise soumise au bon vouloir d’autres hommes.
Ces orientations fondamentales ne sont pas dépassées : les dégâts sociaux, écologiques
manifestes, mais désormais aussi économiques auxquels ont conduit le néolibéralisme redonnent au contraire une force et une actualité à nos valeurs, nos finalités et nos principes. L’égalité qui va de pair avec la liberté, la laïcité avec la fraternité, la solidarité avec l’émancipation : plus que jamais, les valeurs historiques du socialisme sont d’actualité. Ces valeurs, il faut les garder et les défendre.
Nous pensons que les Français y sont aussi profondément attachés. Ils ne veulent pas que
la devise de la République reste cantonnée au fronton des Mairies. Où est la liberté quand le fruit de son travail ne permet pas de se loger correctement et conduit parfois même à ne plus pouvoir envoyer ses enfants à la cantine à partir du 20 du mois ? Où est l’égalité quand un enfant d’ouvrier a deux fois 7 moins de chances de réussir ses études qu’un enfant de cadre ? Où est la fraternité quand on en vient à envier son voisin, les heures supplémentaires de son collègue de travail et à craindre les immigrés quand ce ne sont pas les jeunes !
Les Français veulent davantage de choix, mais ils savent que l’on n’est pas réellement
libre sans égalité. Ils demandent de la sécurité, mais ils veulent de la justice. Ils exigent, à juste titre que l’argent public soit bien dépensé, mais ils sont les premiers à défendre l’école ou l’hôpital lorsqu’ils sont menacés. Ils répondent présents lorsqu’on leur demande de se mobiliser pour les grandes causes.
Pour un socialisme de reconquête
Face à la nouvelle donne, notre rapport critique au capitalisme et notre fidélité aux instruments traditionnels ne suffisent cependant plus à définir le socialisme du XXIème siècle. Nous devons redéfinir la carte d’identité de celui-ci autour de trois orientations essentielles :
• Un projet de transformation sociale profonde. Ne nous contentons pas de « gérer » les évolutions spontanées de l’économie et de la société. Incarnons le progrès, le mouvement, la réforme, la transformation sociale ; plaçons haut notre idéal et n’en perdons jamais l’horizon. Nous continuons de croire à la nécessité et la possibilité de lutter pour une égalité réelle, contre la reproduction sociale et les inégalités de destin. Nous poursuivons toujours l’idéal d’une société plus émancipée, où chacun puisse construire librement sa vie et trouver sa juste place. Loin de la résignation, de la démission devant un individualisme désagrégateur, la société de marché, nous voulons plus que jamais proposer aux français un projet collectif qui leur redonne de l’espérance et de la confiance en l’avenir.
Nous voulons faire de chaque individu un citoyen. Etre un citoyen, c’est tout d’abord être doté de droits réels, donnant à chacun les moyens de prendre sa vie en main. Cela suppose que l’accès aux droits fondamentaux que sont la santé, l’éducation, le travail, la sécurité ou le logement soit garanti par des protections collectives mises en œuvre par un Etat performant. Le JE a besoin du NOUS pour exister. Etre citoyen, c’est reconnaître aux autres les mêmes droits que les siens en respectant les règles communes, et respectant les autres. Nous voulons que chaque homme et chaque femme se sente responsable de son propre destin mais aussi du destin commun. Que chacun remplisse un certain nombre de devoirs à l’égard d’autrui et de la société. Il nous faut dire clairement qu’à chaque droit découlent des devoirs envers la société. Etre citoyen, c’est enfin être porteur de valeurs collectives de laïcité, de solidarité et de tolérance, tout en gardant une identité particulière à travers sa culture, son histoire familiale, son attachement à un territoire, son orientation sexuelle, qui doivent être reconnues. C’est retrouver le goût du vivre ensemble, l’envie d’échanger, d’aider, de partager des moments de loisirs, de fête, de sport et bien sûr de culture. Nous pensons que les Français eux aussi aspirent profondément à cette société de solidarité, de responsabilité et de liberté que nous proposons.
• Un réformisme ancré dans le réel d’aujourd’hui. S’il nous faut garder nos valeurs, nous devons aussi les confronter aux réalités de la société contemporaine pour mieux adapter nos réponses et nos propositions. Car le monde a changé, le monde continue de changer. Nos réponses doivent changer. Confronter toujours notre idéal au réel, c’est notre devoir. Répondons aux défis contemporains : celui de la mondialisation à travers la relance des politiques européennes, celui des défis écologiques à travers l’invention d’un nouveau mode de développement, celui du vieillissement et de la fragmentation à travers de nouveaux instruments d’intervention répondant aux nouveaux enjeux de la protection et de la redistribution sociale. Assumons la nécessité d’une gauche responsable!
Assumons la nécessité d’une gauche responsable. Nous combattons sans faiblesse les excès du marché, la recherche effrénée de la rentabilité, les diktats imposés par le capitalisme financier ; mais attentifs aux conditions de la création des richesses, nous encourageons aussi l’investissement utile au 8 détriment de la rente et de la spéculation, favorisons la prise de risque industrielle, la lutte contre les monopoles abusifs d’entreprises privées qui entravent la dynamique économique, la conquête effective de nouveaux droits économiques et sociaux.
II – Un nouveau modèle de développement économique, social et écologique


En 2012, il faudra des décisions rapides et des signes clairs. Le visage de la France aura été profondément changé par cinq années de sarkozysme. Nous devons anticiper l’ampleur de la tâche en nous fixant des priorités qui répondent aux attentes prioritaires des Français.
A – Produire et partager les richesses
Si la dernière partie du XX° siècle a consacré la faillite des économies fondées sur la propriété collective des moyens de production, le laisser-faire économique est en train de rencontrer de sérieuses limites. Il échoue non seulement où c’était le plus prévisible –la réduction des inégalités-, mais aussi là où il était censé être le meilleur, l’efficacité. Face à cet échec du libéralisme économique, un nouveau modèle de production est à inventer. Nous pensons que dans ce nouveau modèle, la puissance publique – Union européenne, Etat, collectivités locales… – à un rôle fondamental à jouer.
1) La relance du pouvoir d’achat : une nécessité économique et une priorité sociale
Le véritable carcan –et par conséquent la véritable priorité pour sortir du marasme actuel- pour notre économie comme pour les français aujourd’hui, c’est la stagnation du pouvoir d’achat. Sans une relance de celui-ci, les français continueront de souffrir et notre économie ne pourra retrouver le chemin de la croissance. Il nous faudra prendre des mesures rapides et efficaces respectueuses de la compétitivité des entreprises. Notre priorité sera d’agir sur les salaires par des revalorisations significatives du SMIC ainsi qu’une incitation forte à la négociation salariale dans les entreprises. Les entreprises qui n’ont pas conclu d’accords salariaux depuis deux ans perdront une partie de leurs allègements de charges. Nous faciliterons les hausses de salaires et les embauches en changeant le mode de calcul des cotisations sociales des employeurs. Aujourd’hui assises sur la masse salariale, elles devront aussi prendre en compte les investissements et les profits. Nous mettrons l’accent sur la mise en place une véritable progression professionnelle tout au long de la vie, qui seule permettra l’augmentation durable des salaires par la formation et la qualification, en étroite concertation avec les partenaires sociaux. Une Conférence Nationale Salariale et Sociale tripartite se réunira chaque année pour encourager les négociations de branche sur les salaires réels et la revalorisation des minima conventionnels. Nous prendrons aussi des mesures plus ciblées. Par exemple, pour limiter leur part sans cesse croissante dans le budget des ménages, nous plafonnerons les loyers là où ils sont trop élevés dans l’attente de la construction de nouveaux logements. Pour amortir les variations brutales des prix à la pompe tout en répondant à l’impératif écologique, nous rendrons obligatoire le remboursement partout de 50% des frais de transport en commun et devrons trouver des solutions transitoires pour les ménages modestes et les classes moyennes qui n’ont pas accès aux transports en commun sous forme d’une allocation énergie financée par une taxe sur les superprofits des entreprises pétrolières. Elle sera un moyen d’inciter les compagnies énergétiques à la modération et une source de financement pour la solidarité énergétique. Il faudra redonner enfin redonner de l’air à ceux qui en ont besoin : augmenter l’allocation de rentrée scolaire, ouvrir les allocations familiale au premier enfant et les maintenir jusqu’au dernier et 9 créer une allocation d’autonomie pour les jeunes majeures qui sont actuellement pour beaucoup dans une situation financière très précaire.
2) Ramener les entreprises vers l’investissement, l’emploi durable et la valorisation du travail

Nous devrons modifier le comportement des entreprises afin qu’elles favorisent à nouveau l’investissement, les embauches et valorisent le travail, alors qu’aujourd’hui ce sont les objectifs financiers qui priment dans la plupart des cas. Nous proposons de moduler l’impôt sur les sociétés en fonction de la part des bénéfices réinvestis, comme cela existe déjà pour les plus values immobilières (la fiscalité dépend de la destination du bien et de la durée pendant laquelle on le conserve). Nous proposons aussi de taxer les entreprises qui abusent des emplois précaires, avec, comme cela existe dans le domaine du handicap, un prélèvement pour les entreprises dont la proportion d’emplois précaires dépasse un certain seuil, seuil qui pourrait être adapté par branche professionnelle, par la négociation, en fonction des nécessités. Les entreprises qui s’engageraient dans un plan de résorption de l’emploi précaire en seraient exonérées. Le prélèvement servirait à les y aider, et à mieux indemniser les salariés victimes de la précarité. Le CDI doit redevenir la règle. Par ailleurs, nous sommes favorables à interdire la détention de stock-options pour les principaux dirigeants exécutifs d’entreprises qui les détourne des vrais objectifs de l’entreprise, et de limiter sérieusement les parachutes dorés à des montants définis dans les conventions collectives. Cela n’empêche pas de redistribuer les bénéfices via l’intéressement et la participation, sans que cela ne se substitue aux salaires. Les stocks options doivent être réservées aux jeunes entreprises en croissance, où elles sont vraiment utiles. Tous ces mécanismes devront être soumis à l’impôt au même titre que les revenus salariaux.
Il faut sanctionner les licenciements abusifs, décourager totalement les licenciements
boursiers en faisant payer aux entreprises qui en ont les moyens le reclassement des salariés et
la recréation des emplois supprimés. En même temps ; des entreprises peuvent traverser une mauvaise passe, et les banques ne sont parfois plus là pour les aider. Nous sommes favorables à la création de fonds français ou européens destinés à accompagner les entreprises saines sur le plan économique mais qui peuvent rencontrer des difficultés passagères.
Nous favoriserons, à l’échelle française et européenne, une gouvernance partenariale
d’entreprise qui aille dans le sens d’une démocratisation, du développement durable et de l’intérêt des salariés : nous instaurerons par exemple la participation minimale des salariés au capital (5%) et aux droits de vote (10%) des sociétés cotées ; nous imposerons la participation obligatoire de leurs représentants au conseil d’administration ou de surveillance des grandes entreprises, ainsi que la parité au sein de ces conseils ; nous favoriserons le développement des structures coopératives et d’économie mixte. Nous engagerons le renforcement du syndicalisme, nous y reviendrons. Dans notre politique de l’emploi, priorité sera accordée aux exclus du marché du travail, les plus jeunes et les plus âgés, ainsi qu’à l’amélioration de la situation des femmes, encore fortement discriminées. Tout jeune qui a quitté précocement le système scolaire devra pouvoir avoir accès plus tard dans sa vie, le cas échéant sous d’autres formes, aux formations dont il n’a pas bénéficié initialement. Pour favoriser le maintien dans l’emploi des salariés les plus âgés, il faudra leur permettre un accès effectif à la formation professionnelle. Nous demanderons aux partenaires sociaux de négocier l’obligation pour chaque entreprise de proposer un bilan professionnel à tous les travailleurs âgés de 45 ans. L’expérience est une chance pour la nation : alors, arrêtons le gâchis qui consiste à écarter les séniors de l’entreprise. L’accès des femmes à la formation professionnelle sera amélioré ; les sanctions pour non respect des lois sur l’égalité seront renforcées. Enfin, la réduction de la pénibilité du travail et la prévention des maladies professionnelles sont deux questions fondamentales sur 10 lesquelles nous agirons avec la plus grande détermination.
3) Engager la montée en gamme de notre appareil productif par la recherche, l’éducation et la formation
Pour nous, la croissance molle de notre pays n’est pas une fatalité à condition de reconnaître d’abord que la France ne peut pas se passer d’une base industrielle solide et suffisamment spécialisée.
Le développement des services et notamment des services à la personne sera encouragé, mais ils ne
pourront à eux seuls endiguer la désindustrialisation. L’Europe est l’espace indispensable de la régulation dans la mondialisation.
La clef de la compétitivité retrouvée de notre appareil productif, ce n’est pas l’abandon de
pans d’activité, mais sa montée en gamme. C’est la principale leçon qu’il faut tirer des situations comparées de la France et de l’Allemagne, qui dispose d’une production diversifiée et de très haut de gamme ainsi qu’un large tissu de moyennes entreprises performantes à l’exportation. Dans ces domaines, la France est en retard. Y remédier suppose une véritable stratégie visant à nous situer à la pointe du progrès technologique en commençant par un effort considérable de soutien à la recherche afin qu’elle retrouve son rang. L’objectif de 3% du PIB consacré à la recherche est plus que jamais d’actualité car contrairement aux engagements avancés, nous n’en prenons pas le chemin. Le chercheur doit être reconnu comme un repère dans notre société. Il n’y a qu’en France que le doctorat est un diplôme moins reconnu – y compris financièrement – qu’un diplôme d’ingénieur. La reconnaissance du niveau du doctorat par les conventions collectives et la revalorisation significative des bourses de doctorat sont des mesures à prendre sans délai. Les pôles de compétitivité doivent être repensés et d’avantage soutenus pour atteindre une réelle dimension mondiale. L’entrée dans la société de la connaissance implique la mise en oeuvre d’une stratégie globale de développement du numérique en France. Politique publique qui devra se décliner par des investissements publics en direction des réseaux, des infrastructures, des usages et de leurs développement, par la recherche de croisement avec d’autres secteurs sources de nombreux potentiels de croissance ( e-santé; e-éducation).
Au-delà, nous pensons qu’il est indispensable d’agir au niveau européen : nous proposons la création d’une politique européenne forte pour la recherche utilisant le mécanisme des coopérations renforcées pour avancer avec les pays qui le souhaitent, sans exclusive, afin de mutualiser les moyens, développer les grands projets et créer un espace européen unique pour les entreprises innovantes (brevet européen) pour les chercheurs.
4) L’intervention publique est indispensable face aux défaillances et à la myopie du marché
Débarrassons-nous de cette réputation absurde selon laquelle socialisme et création, socialisme et esprit d’entreprise seraient incompatibles.
Nous sommes favorables à la mise en place d’un fonds souverain France, qui pourrait être créé autour de la Caisse des Dépôts et Consignations. Il aura pour objectif d’intervenir dans des secteurs jugés stratégiques pour la France et de servir de levier à une nouvelle politique industrielle française. Nous devons inventer les Airbus, les TGV de demain. Une politique industrielle nationale devra également clarifier et coordonner tous les acteurs institutionnels qui interviennent dans le domaine du développement économique : répartition plus claire des compétences entre collectivités territoriales, réexamen du rôle des chambres de commerce, remise à plat des agences nationales créées depuis 2002. Nous pourrons aussi expérimenter de nouvelles modalités de l’intervention publique : plutôt que subventionner à fonds perdu, pourquoi ne pas généraliser les avances remboursables ? Pourquoi ne 11 pas permettre aux collectivités territoriales de prendre des participations dans les entreprises particulièrement importantes pour leur territoire, comme en Allemagne ? D’une manière générale, la conditionnalité des aides économiques doit devenir la norme. Dans le même ordre d’idées, il faut nous préparer au retour d’industries sur notre territoire. L’entrée dans l’ère du pétrole cher, qui change radicalement la donne économique, la suppression des stocks, la capacité de coller aux attentes de la clientèle, la rapidité d’intégration des innovations compensent déjà dans certains domaines les écarts de salaires avec les pays en développement, salaires qui par ailleurs augmentent. Il faut bien sûr commencer par le haut des filières, les biens les plus sophistiqués, puis remonter celles-ci le plus loin possible. Nous avons la chance d’avoir un tissu dense de PME dynamiques. Mais elles ont encore du mal à se développer et à exporter. Il faut les conforter en leur réservant une part des marchés publics et en leur facilitant l’accès au crédit et à la recherche. Nous créerons pour cela une « Small Business Administration » à la française.
L’Etat doit faciliter l’exploration de nouveaux gisements d’emploi à développer : métiers de
l’environnement, bien sûr (éco-construction, recyclage des produits, production d’énergie renouvelable)…mais aussi à tout ce qui touche à la satisfaction des aspirations à la qualité de vie entendue au sens large. Les évolutions dans nos styles de vie, la transformation des structures familiales, l’importance de la participation des femmes dans la vie professionnelle, le vieillissement de la population, etc., tout cela crée de nouveaux besoins. Ils ne sont aujourd’hui que très partiellement satisfaits par le marché. C’était l’idée des emplois-jeunes. Il y a là toujours des gisements d’emploi pour un “ tiers secteur ” pour lequel il faut mobiliser des ressources privées et des fonds publics.
5) Réformer le système financier
La crise financière et bancaire des derniers mois a montré les limites d’un système. Face aux dérèglements incontrôlés de l’hyper-capitalisme financier actuel, il est impératif d’améliorer la régulation financière. Faute de quoi, « bulle » après « bulle », la finance détruira l’économie réelle. Il faudra renforcer les règles de prudence des banques et les systèmes de surveillance des marchés ; créer des mécanismes d’alerte précoce au niveau du FMI et des superviseurs européens ; assurer la transparence du système en commençant par supprimer les conflits d’intérêt des agences de notation ; lutter réellement contre les paradis fiscaux. Enfin, une taxe mondiale pour ralentir les mouvements de capitaux doit rester un objectif.

6) Réorienter les politiques européennes au service de la croissance et de l’emploi
La monnaie européenne doit désormais être utilisée pleinement comme un outil
économique. Nous souhaitons que les objectifs de la banque centrale soient redéfinis pour intégrer, sans renoncer à la lutte contre l’inflation, la croissance et l’emploi. Dans l’attente, nous proposerons à nos partenaires que le parlement européen délibère sur un objectif d’inflation ; que l’Eurogroupe se dote d’une vraie compétence en matière de changes. La Banque Centrale devra rendre compte de son action. Nous proposerons à nos partenaires le lancement de grands emprunts par la Banque Européenne d’investissement (BEI) ou la BERD afin de financer de nouvelles infrastructures (transport, énergie…), de nouvelles technologie ou dans la recherche. Souscrits par des pays extérieurs à l’Union Européennes, ces emprunts permettront également de ramener l’euro à une meilleure parité face au dollar, soutenant ainsi nos industries à l’exportation.
En matière de politique commerciale, nous souhaitons que l’Union Européenne adopte une politique prenant en compte les difficultés qui pèsent sur nos entreprises les plus exposées et les plus fragiles. Les tarifs extérieurs doivent être justement calibrés afin de permettre à nos industries sous pression de se moderniser sans pour autant menacer la croissance des pays en développement. Chine, Russie, Brésil, Etats-Unis protègent leurs savoirs faire et leurs secteurs clés, l’Europe doit le faire également sans pour autant tomber dans le protectionnisme mais en recherchant une politique du « juste échange ». Le droit européen de la concurrence et des OPA devra être adapté en faveur de la maîtrise des centres de décisions considérés comme stratégiques.
B – Faire entrer l’écologie dans l’ensemble de nos politiques
1) Prendre la mesure du nécessaire changement de civilisation
L’écologie a longtemps été une question périphérique pour le parti socialiste. Nous avons
pleinement pris conscience que notre génération a une immense responsabilité. Des dommages
irréversibles ont déjà été causés à notre planète. A nous de nous mobiliser pour en éviter d’encore plus catastrophiques. Nous avons pris la mesure du changement de civilisation et du caractère spécifique et inédit de la crise d’épuisement des ressources naturelles ; il doit maintenant se traduire dans les actes et dans les propositions du parti socialiste.
L’exigence écologique est le prolongement du socialisme. Nous pensons que la question
écologique n’est pas et ne doit pas être déconnectée de la question sociale. Par exemple, instaurer des aides à l’isolation ou développer les transports en commun, c’est répondre à la fois au défi écologique mais aussi à la question du pouvoir d’achat. C’est la raison pour laquelle nous pensons que ces deux mesures doivent être des priorités fortes pour les socialistes. Nous soutenons à ce titre l’initiative de la commission environnement de l’ONU d’écrire une nouvelle déclaration des droits de l’homme qui soit à la fois solidaire et écologique.
Nous ne pensons pas que principe de précaution et progrès soient antinomiques. Nous
voulons à la fois incarner l’un et l’autre. Le principe de précaution doit s’appliquer dès lors que les conséquences d’un progrès technologique sont mal connues ou les risques disproportionnés pour l’environnement. Nous refusons à ce titre la dissémination des OGM et par conséquent nous reviendrons sur la loi de mai 2008 qui contrairement aux promesses du Grenelle de l’Environnement, ne l’interdit pas. Nous en appelons à une véritable démocratie scientifique et technique pour orienter et peser sur le progrès technique.
Enfin, nous devons faire du défi écologique un atout différenciant pour notre pays. L’économie de l’environnement créera, à court terme, beaucoup plus de richesses que celle liée à sa destruction. A l’heure de la contrainte énergétique, de la crise alimentaire et de la rareté des matières premières, nous affirmons avec force que la croissance économique et l’impératif écologique constituent un seul et même enjeu.
2) Préparer l’après pétrole
Le Grenelle de l’Environnement a été un espoir, il est aujourd’hui une déception. Ni la volonté, ni les moyens ne sont au rendez-vous lorsqu’il s’agit de passer à l’acte. Cela n’a rien d’étonnant : l’écologie est incompatible avec le laisser faire prôné par la droite. Elle suppose au contraire un volontarisme dont seule la gauche est porteuse. Il nous faudra réellement préparer l’après pétrole, en refondant la politique énergétique sur une priorité absolue à l’efficacité et la sobriété, autant que sur la recherche et l’innovation. Cela passera par à la fixation d’objectifs quantitatifs et d’un calendrier précis dans un Plan Climat digne de ce nom.
Nous devons agir dans tous les domaines. Il faut nous déplacer autrement, en développant massivement les transports en commun – notamment le tramway, le tram-train…-, le transport combiné de marchandises limitant la route aux derniers kilomètres, les modes innovants de transport -comme les vélos en ville, les navettes fluviales, l’auto-partage, le covoiturage-, et en réduisant au maximum la pollution des automobiles par le développement des moteurs hybrides.
La question énergétique est également essentielle. En commençant par les économies d’énergie. La première des énergies renouvelables est celle que l’on ne consomme pas. Les nouvelles constructions doivent impérativement être à basse consommation d’énergie. Elles doivent aussi produire leur propre énergie notamment par le solaire, la géothermie... Il ne faut pas négliger les bâtiments anciens, qui consomment le plus. Les aides à l’isolation sont doublement indispensables pour économiser l’énergie et pour réduire les charges. Il faut aussi aménager différemment le territoire. Parce que la ville écologique sera une ville dense, il faut revoir les règles d’urbanisme pour éviter l’étalement urbain tout en luttant contre l’imperméabilisation des sols. La préservation du foncier est un enjeu majeur pour les générations futures ;. les Etablissements Publics Fonciers Régionaux devront être généralisés pour mieux juguler cette course en avant. Il faudra réduire les emballages et aller jusqu’au bout du recyclage des déchets ou de leur valorisation énergétique comme par exemple avec des bus roulant désormais au gaz produit par les résidus ménagers. L’agriculture biologique ou raisonnée doit être favorisée en aidant aux reconversions de cultures, en soutenant la recherche agronomique, en réduisant l’usage des pesticides et des engrais de synthèse par une taxation au profit de la chimie verte….L’Etat devra montrer l’exemple par la commande publique, qui devra comporter systématiquement des clauses environnementale.
S’agissant du nucléaire, le fonctionnement et le renouvellement de la filière, dans notre pays, doivent se faire, tout en réduisant sa part dans la production d’électricité, qui est indéniablement trop élevée. Simultanément, le programme de maîtrise des déchets doit être amplifié et le pouvoir d’une autorité de sûreté indépendante renforcé, objectif ô combien essentiel comme l’ont montré les derniers incidents dans les centrales nucléaires.
Au plan européen, nous prônons la constitution d’une coopération renforcée dans le domaine de l’énergie jouant le rôle qui a été celui de la CECA (communauté européenne du charbon et de l’acier). Cette coopération permettra à l’Europe de parler d’une seule voix face aux pays producteurs, de mutualiser les approvisionnements et d’élaborer en commun notre stratégie énergétique à long terme.
Au niveau national et européen, une véritable politique industrielle pour les produits
technologiques propres doit être mise en œuvre. Il faut aussi repenser les modes de production et de distribution pour favoriser la qualité et la proximité. Agir par le levier de la révolution numérique pour innover, changer nos modes de production, de travail, de penser, en promouvant une société de la connaissance ouverte.
3) Instaurer une fiscalité écologique incitative et redistributive

Nous voulons promouvoir une nouvelle fiscalité écologique, progressive, qui répercute le
coût des pollutions et régule le système économique en permettant à la fois l’atténuation du
choc du changement pour les plus modestes et l’adaptation nécessaire de nos modes de
production et de consommation. Par exemple en affectant le produit de cette fiscalité en priorité au financement d’aides à l’isolation ou de transports en commun. Une contribution climat-énergie annoncée lors du Grenelle de l’environnement mais enterrée depuis, devra être créée pour éviter que les économies les plus vertueuses soient commercialement pénalisées. Cette exigence environnementale devra également être reflétée dans les négociations européennes avec nos partenaires (Etats-Unis, Chine, Brésil, Russie notamment).

III - Bâtir une société de solidarité, de responsabilité et de libertés

Le pacte social inventé au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale est en crise. Face à ces difficultés, la droite libérale défend l’idée qu’il faut rejeter le principe même de la solidarité collective. Les socialistes doivent tenir bon sur leurs principes et engager le processus de reconquête idéologique. D’autant plus que les français ne demandent pas moins d’interventions de l’Etat, mais des actions et des protections plus efficaces. L’assurance chômage ne couvre plus qu’un demandeur d’emploi sur deux. Les retraites sont de plus en plus incomplètes. On renonce à se soigner pour des questions financières. Le droit au logement, comme le droit au travail, ne sont pas assurés. Les fractures territoriales se creusent. Pour nous, c’est un défi considérable : inventer un nouveau contrat social pour le XXIème siècle. Pour refonder la solidarité et permettre à chaque individu de s’émanciper en lui fournissant les moyens de choisir sa façon de vivre, ses liens, ses affiliations, ses références et ses pratiques culturelles, l’intervention de la puissance publique est indispensable. Mais elle doit mieux prendre en compte la diversité des situations et des attentes qu’elles créent en faisant descendre l’action correctrice de la politique au plus près de l’individu. Cela va du service publique de la petite enfance où les modes de gardes doivent être diversifiés ; à l’école où les parcours scolaires doivent être individualisés et les moyens apportés dimensionnés aux difficultés de chaque école ; la durée du travail doit être organisée par chacun tout au long de sa vie professionnelle. Nous laissons à la droite les combats d’arrière garde sur les 35 heures et nous nous tournons vers l’avenir. Il faut dire les choses simplement. Les 35H ont été faites pour créer des emplois et cet objectif a été atteint. Elles sont là et elles le resteront car les Français y sont attachés. Au-delà des 35H, il faut continuer à repenser le temps de travail, en y intégrant la formation, le chômage, mais aussi les modalités de départ en retraite pour permettre par exemple des départs en retraite progressifs, prenant en compte la pénibilité du travail et l’espérance de vie tout en favorisant la transmission de savoirs aux jeunes.
A – La solidarité au cœur de notre projet pour la France
1) Assurer l’égalité réelle des chances en commençant par l’Ecole

Nous savons que tout commence par l’éducation et que tout y revient. Nous sommes convaincus que le triptyque laïcité-mixité-gratuité fonde l’égalité républicaine et que ses remises en cause doivent être dénoncées et combattues par le Parti socialiste. L’Ecole publique, véritable socle de la démocratie et de la République, bénéficiera de toute notre attention. La crise de l’école, dont chacun parle à satiété depuis plus de trente ans, est d’abord une crise de confiance dans l’école. Suppression de postes, suppression de la scolarisation à partir de deux ans, suppression de la carte scolaire, passage à la semaine de quatre jours : la droite est en train de démolir l’école de la République, alors que celle-ci aurait justement besoin d’être aidée dans les difficultés qu’elle rencontre. Chacun sait par exemple que l’école sur quatre jours nécessite une attention et une concentration trop importantes pour un enfant de l’école primaire, et carrément insupportable pour ceux qui sont en difficulté. Nous nous opposons à cette diminution du temps scolaire, et nous refusons la restriction du champ de l’éducation, pour les enfants en difficulté, au « lire, écrire, compter », qui est bien sûr nécessaire, mais tellement insuffisant. Comment par exemple comprendre le monde si l’on ne maitrise pas l’Histoire et la Géographie ? A rebours des orientations actuelles, l’Ecole mérite une ambition forte.
Une grande ambition pour l’école de la République

Il faudra donc réparer, mais aussi réformer en profondeur l’Éducation nationale, en s’appuyant sur les enseignants -dont le rôle majeur dans la société doit être mieux reconnu-, ainsi que sur les parents. Face à la diversité des élèves, l’individualisation des parcours scolaires, et donc des pratiques pédagogiques, est le seul moyen de placer les enfants à égalité et de recréer un sentiment d’appartenance à une communauté éducative au service de tous. Chaque enfant a son histoire, son rythme d’acquisition qu’il faut respecter pour bâtir, avec lui, son parcours vers la réussite. Il faut repérer les problèmes et épauler les élèves dès que les difficultés apparaissent, sortir ceux qui sont momentanément plus lents ou, au contraire, plus rapides que les autres, du carcan de l’emploi du temps préétabli dès la rentrée et du groupe figé de la classe. Les enseignants sont parfaitement capables de faire preuve d’imagination et d’autonomie, afin que chaque élève soit mis la bonne voie, avec les bonnes méthodes, le bon accompagnement. L’Ecole de la République doit être l’école de tous, pas l’école d’un élève idéal ! Mais pour mener une telle politique, il va falloir donner à chaque école les moyens dont elle a besoin. Le phénomène de ségrégation territoriale a eu pour conséquences de très fortes disparités entre établissements scolaires. Certains concentrent des familles cumulant toutes les difficultés sociales et économiques. D’autres, au contraire, regroupent des familles ayant toutes les chances de leur côté. La suppression de la carte scolaire accentue ces inégalités. Nous ne sortirons durablement de cette situation qu’en recréant partout de la mixité sociale, par de grandes opérations de renouvellement urbain. Dans l’attente, il faut moduler fortement le nombre d’élèves par classe, pas plus de quinze là où c’est le plus difficile et pourquoi pas jusqu’à trente dans les classes où les élèves ont beaucoup de facilité. Pour relancer concrètement l’ascenseur social, entre 5 à 10% des élèves de tous les lycées doivent avoir accès aux filières d’excellence. Il faut aussi encourager les enseignants les plus aguerris à enseigner là où c’est le plus difficile, naturellement en contrepartie d’avantages professionnels. Nous défendons la généralisation des projets éducatifs globaux, qui s’organise autour de chaque école dans certaines communes, à toutes les écoles françaises. Ils permettent, au-delà des programmes de l’éducation nationale, d’ouvrir les enfants à la culture, à la citoyenneté, à la protection de l’environnement….et ainsi de mieux réussir aussi les apprentissages fondamentaux. Nous insistons aussi sur la nécessaire défense de l’école maternelle, aujourd’hui mise en cause par certains. Elle représente le lieu fondateur de l’apprentissage de la langue.
Un engagement prioritaire pour l’enseignement supérieur
L’avenir de la France passe par une relance de la démocratisation de l’enseignement supérieur. L’objectif de consacrer 3 % de notre PIB à la recherche dépend aussi du nombre des étudiants qu’on fait réussir à l’université. La démocratisation de l’enseignement supérieur ne doit en effet pas se contenter d’une simple « massification » des premiers cycles universitaires, mais parvenir à résorber l’échec, notamment en première année. La mise en place de cours spécifiques de remise à niveau, une orientation plus à l’écoute des véritables aspirations des étudiants, une déspécialisation des premiers cycles, font partie des réformes urgentes pour faire cesser ce gâchis humain.
La relance de la démocratisation de l’enseignement supérieur ne pourra pas non plus laisser en l’état le système des grandes écoles. Il est totalement anormal que les élèves qui ont les meilleures performances scolaires dans le secondaire soient « préemptés » par un système qui les tiendra éloignés de toute activité de recherche, alors que tout le monde s’accorde à dire que la recherche et l’innovation sont l’une des conditions du progrès de notre économie.

Deux autres questions essentielles sont à régler. La première est celle des moyens. Sait-on que l’Etat investit 7000 euros par an et par étudiant à l’université contre 14 000 en classes préparatoires ? Il faut en finir avec les cours et TD assurés dans des classes surchargées et par des enseignants précarisés et mal rémunérés ; permettre à ces derniers de continuer à assurer dans les meilleures conditions leurs missions d’enseignement et de recherche ; mettre en place des formations professionnalisantes de haut niveau ; favoriser le rapprochement université-grandes écoles.
La deuxième est celle de la paupérisation croissante des étudiants. Aujourd’hui, plus de 20% vivent en dessous du seuil de pauvreté alors qu’ils étaient moins de 5% il y a 30 ans. C’est une des causes majeures d’échec. Nous devrons mettre en place l’allocation d’autonomie réclamée depuis longtemps par l’UNEF et le MJS. Ce n’est pas un luxe, mais une urgence sociale et aussi une question de justice car aujourd’hui les étudiants de familles aisées, à travers les mécanismes de réduction d’impôt (parts fiscales..) sont plus aidés que les autres. L’égalité des chances passe aussi par la sécurité sociale professionnelle tout au long de la vie
La formation ne doit pas s’arrêter à la porte de l’Education Nationale. Tout d’abord, nous
n’acceptons pas qu’à 20 ans, tout soit joué, comme c’est malheureusement trop souvent le cas. Nous proposons un crédit-études qui permettra à ceux qui ont interrompu leur scolarité sans cursus supérieur de reprendre des études plus tard. Ensuite, le modèle classique des salariés faisant toute leur carrière dans la même entreprise est aujourd’hui derrière nous. L’usine formait, intégrait, cotisait pour la maladie et la retraite. On y rentrait à 16 ans, on y faisait carrière jusqu’à la retraite ; et on y était protégé par des syndicats puissants. Chacun sait aujourd’hui qu’il changera d’entreprise, fera peut-être plusieurs métiers. On peut le regretter, nous pensons qu’il ne le faut pas : la mobilité peut être l’opportunité de carrières professionnelles plus riches à condition de bien l’organiser. Il faut pour cela créer une véritable sécurité sociale professionnelle. Nous mettons plusieurs propositions en débat dans ce cadre : des contrats de développement professionnel transférables d’une entreprise à l’autre pour organiser des carrières à nouveau tirées vers le haut ; des comptes formation, régulièrement, suffisamment et équitablement alimentés (par exemple un jour de formation tous les deux mois) pour garantir un égal accès à la formation professionnelle ; des périodes de chômage transformées en temps de formation et mieux indemnisées pour rebondir plutôt que de s’enfoncer. Nous proposons la création d’une Agence de l’emploi et de la progression professionnelle pour accompagner chacun dans ces nouveaux parcours professionnels (créée à partir des organismes existant comme l’ANPE, l’AFPA…).
Pour un vrai service public de la petite enfance
Avec les collectivités locales, les représentants des enseignants, des parents et des spécialistes de l’enfance, il est impératif d’organiser dans notre pays un service public de la petite enfance : il apportera des solutions pour répondre aux attentes des parents, en termes d’horaires, de localisation, d’organisation. Assistantes maternelles agréées, halte garderies, crèches familiales, associatives ou municipales…, nous voulons développer toutes les solutions permettant aux parents de mieux concilier vie professionnelle et vie privée, en privilégiant les modes de garde collectifs et professionnalisés qui garantissent tout particulièrement l’égalité des chances. C’est une pièce majeure pour l’égalité des chances des enfants et pour lutter contre le chômage et la précarité féminine.
2) Garantir les droits fondamentaux : santé, logement, retraite…
Restaurer le droit à la santé
Notre système de santé était excellent, notamment grâce à l’hôpital public. L’espérance de vie, particulièrement chez les femmes, s’est accru sans cesse ; nous avons gagné onze ans depuis la Libération. Mais l’équilibre de la sécurité sociale est de plus en plus menacé. L’hôpital public est attaqué. De plus en plus de Français doivent renoncer à se soigner à cause de leurs difficultés financières.
Sauver l’hôpital public et garantir la présence des médecins sur tout le territoire
Alors, que faire ? Nous remettrons l’hôpital au cœur du système de santé et rétablirons un
équilibre juste avec le secteur privé, qui ne doit pas s’arroger les soins les plus rentables. Nous
garantirons à chaque région une présence minimum de médecins dans chaque spécialité dès la
sortie du concours de l’internat. Pour préserver les ressources de l’assurance maladie sans porter 17 atteinte à l’emploi, nous élargirons l’assiette des cotisations patronales des salaires vers la valeur ajoutée et reviendrons à une péréquation des financements entre les établissements et les territoires. Des moyens importants devront être dégagés sur la prévention à l’école comme au travail, mais aussi grâce à des grandes campagnes d’information et de dépistage pour mieux prévenir les maladies par exemple sur les comportements à risques et sur la nutrition. La meilleure économie pour la sécurité sociale reste l’absence de maladie. Il faut donc la prévenir pour l’éviter. Enfin, les taxes sur la santé instaurées par la droite –les mal nommées mais désormais fameuses « franchises médicales », qui sont d’une rare injustice, seront supprimées.
Une politique ambitieuse face à l’explosion des maladies professionnelles
Nous devons rappeler que la régression sociale se lit d’abord concrètement, physiquement, dans
le corps des hommes et des femmes. Aujourd’hui, les ouvriers ont par rapport aux cadres une espérance de vie inférieure de six ans.
Notre engagement doit être de faire des conditions de travail un élément majeur du progrès
collectif. L’absence d’inspecteurs du travail en nombre suffisant et de réelles prérogatives à la médecine du travail, notamment, ont fait de notre pays un mauvais élève parmi les pays développés ! Les troubles musculo-squelettiques ont pris une ampleur préoccupante. Il n’y a pourtant pas de fatalisme. Sans diminuer la productivité, il est possible d’améliorer le sort des salariés en responsabilisant financièrement les entreprises. La qualité du travail doit être vue comme une clef de l’innovation.
Inscrire le droit au logement dans les faits
Au mal-logement s’ajoute désormais des niveaux de loyers qui deviennent insupportables pour beaucoup de familles. S’il est un marché qui ne fonctionne pas, c’est bien celui-là. Or, c’est un domaine dans lequel l’État a les coudées franches. C’est sur l’offre qu’il faut mettre la priorité : il faut construire, beaucoup, et rénover. Un premier pas avait été franchi avec la loi Solidarité et renouvellement urbain, fixant un minimum de 20 % de logements sociaux dans toutes les communes à partir d’une certaine taille. Nous devons aller beaucoup plus loin : renforcer drastiquement les pénalités pour les communes qui ne remplissent pas leurs obligations, voire demander aux préfets de se substituer à celles qui sont défaillantes. Fixer une règle des « trois tiers bâtis » -logements sociaux, logements intermédiaires, logements libres- qui devra être respectée par les promoteurs dans chaque programme de construction d’une certaine taille. La cession à l’euro symbolique des terrains de l’État aux communes qui s’engagent sur plus de deux tiers de logement à loyers maîtrisés devrait être décidée. En attendant que ces mesures produisent leurs effets, nous croyons nécessaire de bloquer les loyers pendant quelque temps, à tout le moins dans les zones où ils atteignent des niveaux insoutenables pour les habitants.
Des retraites garanties par la consolidation du système par répartition
Nous partageons deux convictions essentielles. La première est la nécessaire consolidation du système de retraite par répartition, qui est un des piliers majeur du pacte social français. Tout système individualisé porte en germe l’accroissement des inégalités. Nous ne sommes pas opposés à un allongement de la durée de cotisations suivant l’allongement de la durée de vie qui prend en compte la pénibilité du travail –chacun peut en comprendre la nécessité -, mais cela ne saurait constituer la seule source de financement. La prise en charge de la dépendance exigera de toute façon de trouver des financements. Il faut reprendre l’alimentation du fonds de réserve des retraites et élargir l’assiette des cotisations retraite pour y intégrer les revenus du capital. Le préalable indispensable à l’allongement de la durée de cotisation est l’augmentation du taux d’activité des seniors. Il n’est pas acceptable de demander de travailler plus longtemps alors que plus de 60% des salariés ne sont plus en emploi lorsqu’ils liquident leur retraite. Nous proposons pour cela d’instaurer une sur-cotisation retraite temporaire pour les entreprises dont la proportion de salariés de plus de 50 ans est excessivement faible. Nous souhaitons également un système de cotisation plus juste et plus incitatif prenant en compte l’espérance de vie et la pénibilité des travaux effectués. Il faut aussi traiter simultanément la question du pouvoir d’achat des retraités : revaloriser le minimum vieillesse, améliorer les taux de remplacement pour garantir le pouvoir d’achat des retraités. La deuxième conviction est qu’il faut sortir de la seule logique financière. On en vient
aujourd’hui à considérer l’augmentation de l’espérance de vie comme un problème alors que c’est une chance mais aussi un nouveau défi qui appelle la définition d’une grande politique en faveur des seniors aujourd’hui inexistante au parti socialiste. Comment éviter l’effet couperet de l’arrêt brutal d’activité professionnelle ? Comment favoriser l’engagement citoyen ? Comment garantir l’accès à la culture, au sport et aux loisirs ? Comment aussi lutter contre l’isolement ? Comment favoriser le brassage intergénérationnel ? Comment prendre en charge dignement les personnes dépendantes, mais aussi aider les aidants ? Voilà autant de questions auxquelles il nous faudra apporter des réponses.
Une politique familiale qui prenne en compte la diversité des familles
La famille constitue la base de l’éducation et le lieu premier de la constitution de repères. C’est là que se nouent les relations affectives les plus fortes. Mais la famille est devenue plurielle, diverse. Nous devrons prendre en compte cette réalité. La politique familiale doit accompagner cette diversité familiale nouvelle, pour protéger les enfants et soutenir parfois les parents en difficulté dans leur mission éducative. Des avancées ont déjà eu lieu : l’autorité parentale partagée, la garde alternée, la pleine reconnaissance des pères -livret de paternité, congé de paternité-. Pour élargir les capacités d’éducation, les réseaux de parentalité ont par ailleurs besoin d’être encouragés et développés. Nous sommes en outre favorables à la création d’un congé parental de six mois par exemple au-delà du congé maternité, qui devrait être partagé entre les deux parents. Nous sommes favorables à ouvrir le mariage et l’adoption aux couples homosexuels. Pour que tous les enfants puissent avoir les mêmes droits, quels que soient la structure de la famille et les revenus de ses parents, nous soutenons l’idée d’un recyclage des parts fiscales vers des allocations familiales plus élevées aboutissant à des aides familiales égales pour tous, le versement des allocations familiales dès le premier enfant et leur maintien jusqu’au dernier, leur répartition entre les deux parents en cas de divorce sauf décision contraire du juge. Nous défendons la création d’une allocation d’autonomie pour mettre fin à l’insupportable paupérisation des étudiants. 3) Redistribuer les richesses entre les hommes et les territoires
Une vraie réforme fiscale rétablissant le rôle réellement redistributeur de l’impôt
Nous proposerons une grande réforme fiscale poursuivant trois objectifs : la justice fiscale par la redistribution, la recherche de comportements vertueux par l’incitation, la prise en compte des évolutions de la société. S’agissant des ménages, nous sommes favorables à une progressivité des impôts locaux. Nous réduirons les niches fiscales (70 milliards d’euros aujourd’hui) et supprimerons le bouclier fiscal afin de rétablir la progressivité de l’IR. Nous reviendrons sur l’augmentation des plafonds d’exonération de droits de succession. Nous instaurerons l’imposition individuelle et à la source, le recyclage des parts fiscales vers des allocations familiales plus élevées aboutissant à des aides familiales égales pour tous alors qu’aujourd’hui ce sont ceux dont les parents ont les revenus les plus élevés qui sont le plus aidés.
Défendre les services publics, patrimoine de ceux qui n’en n’ont pas
Les services publics sont un instrument essentiel pour faire reculer les inégalités et pour préparer l’avenir. Ils participent à l’aménagement et à l’équilibre de nos territoires. Ils ne peuvent pas être soumis à une stricte obligation de rentabilité. Malheureusement, devant les attaques de la droite, la paupérisation, la privatisation, la dérégulation, sont la réalité du service public. Nos territoires, en particulier ruraux, sont les premiers touchés par cette politique de désengagement. Les socialistes doivent réaffirmer avec force que la puissance publique est souvent la seule à pouvoir assurer, durablement, égalité d’accès, péréquation tarifaire, continuité du service, aménagement du territoire et investissements stratégiques à long terme -non immédiatement rentables, bref de garantir l’intérêt général. Loin de la seule défense figée de l’existant, il s’agit maintenant de réhabiliter et d’élargir la sphère des services publics. Il faut renforcer les services publics là où réside la population, et notamment dans les banlieues et pas seulement dans les centres-villes des grandes agglomérations. Mais il faut aussi garantir l’accès aux services publics dans les territoires ruraux peu denses. Parce que les iniquités territoriales sont aussi des iniquités sociales. Les destins dépendent trop, en France, du lieu de résidence, pour que nous acceptions de laisser les services publics déserter des pans entiers de notre pays. Notre Parti néglige depuis longtemps ce qui est un des axes des revendications de nos concitoyens : les déplacements et les transports collectifs. Ils seront au cœur de la prochaine campagne des élections régionales et constituent déjà un engagement budgétaire massif des conseils régionaux. Nous encouragerons le développement d’un secteur économique solidaire ou « socialisé » : coopératives, réseaux de distribution alternatifs, services publics en régies publiques… Nous encouragerons fortement la constitution d’un véritable service public local de l’eau. Au lieu de « voler au secours de la victoire », en versant des subventions d’aubaine aux grands groupes, en privilégiant les territoires qui sont déjà privilégiés, l’État ferait mieux de continuer à structurer le territoire, à le préparer aux enjeux de demain. Les infrastructures portuaires et ferroviaires seront demain déterminantes pour le développement économique, ainsi que les infrastructures très haut débit (fibres optiques). Les gouvernements de droite se tiennent financièrement en retrait sur ces questions : ils s’en remettent au marché et aux collectivités territoriales. Or, pour des questions de rentabilité, les opérateurs privés ne s’intéressent pas aux territoires les moins denses, et c’est aux collectivités locales aux plus faibles moyens fiscaux que revient la charge de lutter contre leur relégation. Ainsi, les collectivités les plus pauvres, fiscalement, sont aussi celles qui doivent contribuer le plus à leur équipement ! Nous veillerons à ce que le pilotage stratégique des grandes entreprises énergétiques comme EDF, GDF ou AREVA permette, dans le cadre des coopérations européennes, de préserver les intérêts fondamentaux de notre pays.
Soutenir les territoires
Nous renouerons avec le pacte de solidarité et de croissance de la période 1997 à 2002 qui indexait les dotations d’Etat sur l’inflation. Il faudra aussi accorder aux collectivités locales les moyens de leurs missions, actuelles et futures avec des dotations de l’Etat qui retrouvent une progression normale et une réelle solidarité nationale au profit des territoires les plus défavorisés. Nous défendons l’objectif que 25% de la masse de la DGF donne lieu à péréquation (contre moins de 10% aujourd’hui), ainsi qu’une répartition fondée sur des critères d’attribution sociaux. L’autonomie et la justice fiscale doivent aussi être restaurées : la taxe professionnelle, dont les réformes successives ont cassé sa dynamique conduisant à une véritable asphyxie financière, doit être remplacée par une cotisation assise sur la valeur ajoutée et la taxe d’habitation prendre en compte progressivement les revenus. Nous devrons instaurer l’élection des conseils des intercommunalités au suffrage universel direct. Nous devons enfin redonner à la France une politique d’aménagement de l’ensemble de son territoire.
Repenser les villes

Aujourd’hui, la fracture sociale se double d’une terrible fracture territoriale. Les
constructions des années 50 et 60 ont apporté alors un réel progrès pour le confort et l’hygiène, mais en même temps, ont engendré une double ségrégation sociale (ghettos de riches ou de pauvres, coupures générationnelles ou communautaires) et fonctionnelle (les quartiers où l’on dort, ceux où l’on travaille, ceux où l’on se divertit…). Cette ségrégation est devenue un puissant facteur d’enracinement des inégalités : le lieu où l’on vit détermine non seulement la façon dont on vit, mais aussi la réussite scolaire, le travail, la santé et même l’espérance de vie…Les violences de 2005 sont aussi une révolte contre ce « ghetto français ». Comment se projeter dans l’avenir quand on n’ose plus dire où l’on habite de peur de se voir refuser une embauche ? Comment se construire des racines quand on habite dans un immeuble posé sur un terrain vague ? Comment ne pas se sentir abandonné par la République quand les services publics désertent un à un votre quartier ?
Il nous appartient de réinventer la ville, lieu de développement de l’homme du XXIe siècle, creuset de la citoyenneté, de la démocratie et de la culture. La politique de la ville a été utile, mais insuffisante face à la puissance des mécanismes à l’œuvre. Il est illusoire de prétendre « guérir » les quartiers qui vont mal sans repenser toute la ville, sans façonner une nouvelle « urbanité ». Il nous faut réinventer un nouvel « art de ville » : reconstruire la ville en réunissant les différentes fonctions –logements, commerces, équipements publics, bureaux…- dans toutes les opérations d’aménagement ; faire de la qualité la marque de fabrique de nos villes (architecture, espaces publics…) ; renouer ainsi avec la mixité sociale. La puissance publique s’incarne dans ses services publics. Redéfinissons le champ de leurs interventions, mettons un terme aux zones sous et sur administrées, ainsi qu’une réelle péréquation des moyens attribués par l’Etat aux collectivités locales.
Engager une nouvelle étape de la décentralisation
Depuis vingt-cinq ans, le rôle des collectivités territoriales est devenu absolument central dans la vie de notre pays. Les trois quarts des investissements publics en France sont portés par les collectivités locales. Depuis 2004, et plus encore depuis que les élections de 2008 ont fait basculer une majorité des collectivités à gauche, le gouvernement cherche à défausser la faillite de sa propre gestion publique sur les collectivités locales en transférant sur elles des charges et de nouvelles responsabilités non compensées. Nous devons le dénoncer avec force. Notre pays a besoin de franchir une nouvelle étape majeure dans la décentralisation. La nécessaire réorganisation territoriale devra faire l’objet d’un vrai débat national de refondation de la décentralisation, avec pour triple objectif de renforcer la proximité, de clarifier les compétences et d’assurer la responsabilité. Dès après le Congrès, nous organiserons des « Assises des collectivités locales » où nous rendrons public un audit de la décentralisation et des transferts de charges non compensés. Nous y définirons pour l’avenir les devoirs de l’Etat envers les collectivités territoriales et nous exigerons leur respect dans les faits. Un enjeu majeur est de doter nos Régions des moyens et compétences qui leur permettront de concurrencer et de coopérer pleinement avec les grandes régions européennes Cette réforme réclamera également de clarifier qui fait quoi entre l’État, les Régions, les Départements, les EPCI (Communautés de communes, d’agglomération et urbaines) et les Communes.

5) Une France respectueuse de ses Outremers

Le rayonnement international de la France, son appréhension propre des évolutions du monde, son refus du prétendu « choc des civilisations », son potentiel économique, sa vitalité démographique, sa biodiversité, sa richesse culturelle et linguistique, y compris dans l’Hexagone, tous ces atouts, qui fondent la singularité de notre pays au sein du concert des nations, reposent pour une large part sur les Outremers : Guadeloupe, Guyane, Martinique, Mayotte, Nouvelle-Calédonie, Polynésie française, 21 Réunion, Saint-Pierre-et-Miquelon, Wallis-et-Futuna. Tous singuliers par leur histoire, leur géographie, leur culture – qui doivent être reconnues, préservées, valorisées – tous essentiels par leur apport à la collectivité nationale. Désormais ouvertement méprisés par la droite, au fur et à mesure que s’y effondrent ses clientèles électorales, les Outremers se trouvent aujourd’hui confrontés à des politiques de déflation budgétaire stigmatisantes, caricaturales, injustes. Le devoir de la gauche est de réaffirmer le triptyque sur lequel repose son action publique outremer. Le respect de l’identité de chaque collectivité et des aspirations spécifiques de sa population au plan statutaire qu’il s’agisse de la consolidation du processus néo-calédonien, des aspirations à l’autonomie ou du choix d’une départementalisation adaptée à la Réunion comme à Mayotte ; des politiques de discrimination positive en faveur de territoires dont les handicaps structurels ont été reconnus par l’Union européenne et où, partout, le revenu par habitant reste très inférieur à la moyenne nationale ; enfin, où qu’ils se trouvent, l’égalité des droits pour tous les citoyens de la République.
B- La responsabilité de chacun pour mieux vivre ensemble
1) La sécurité sans dérive autoritaire : allier fermeté et justice

Parce qu’elle est un des droits fondamentaux, et parce qu’elle touche davantage les plus fragiles, la sécurité est évidemment une des priorités des socialistes. Mais nous revendiquons une politique qui allie fermeté et justice. Toute transgression de la loi, quelle qu’elle soit, doit être sanctionnée… mais de manière adaptée, et proportionnée à la gravité de l’acte. Cela suppose de rétablir la police de proximité partout, mais également de remanier et amplifier les Contrats Locaux de Sécurité qui organisent la collaboration entre élus, police, justice, prévention spécialisée, bailleurs sociaux et Education nationale.
La prévention doit être soutenue : en particulier le nombre d’éducateurs spécialisés doit être largement augmenté et le travail avec l’Education Nationale doit être renforcé pour prévenir les comportements violents en milieu scolaire. Il faut préparer la réinsertion des détenus et traiter les problèmes médicaux et psychiatriques qui doivent l’être pendant la détention. Enfin, l’accueil, l’information et l’accompagnement des victimes doivent être développés. Il est une question particulière à laquelle nous sommes déterminés à nous atteler avec une détermination sans faille : les violences faites aux femmes. Il est insupportable qu’une femme meure tous les quatre jours en France, victime des coups portés par son partenaire.
2) La Justice et sa réforme indispensable.

Comme le sentiment d’insécurité, le sentiment d’injustice est un ferment de la division sociale. Le cycle de la violence et de la vengeance n’a pas de fin si la justice n’est pas assurée, par la puissance publique, au nom de la société. Les victimes ont droit à assistance, réparation, attention, mais à chaque agression, c’est la société qui est agressée. Affaiblir l’autorité de la justice et de ceux qui disent le droit, c’est s’attaquer à la clé de voûte de notre société laïque. Des Etats généraux de la justice devront permettre d’élaborer une réforme en concertation avec le monde judiciaire, pour rendre la justice à la fois protectrice pour les plus faibles et réparatrice pour les victimes. Il faut également rétablir la présomption d’innocence et garantir l’indépendance et la responsabilité de l’institution judiciaire. La réforme de la carte judiciaire doit se faire non dans une logique purement comptable comme actuellement mais pour offrir aux citoyens une véritable justice de proximité, équilibrée et efficace.
3) Le civisme nécessaire au vivre ensemble
Nous devons affirmer plus clairement que nous ne l’avons fait par le passé, que dans une société, on a des droits, que nous voulons réels et pas simplement formels, mais aussi des devoirs, qui doivent être effectifs. A ce titre, l’octroi d’un logement aidé pourrait s’accompagner de l’adhésion à une charte de vie collective prévoyant la participation des locataires à la vie de leur immeuble : tranquillité, propreté, petit entretien, locaux communs, cours de soutien assurés par les étudiants, garde d’enfants assurée par les retraités, courses assurées par les étudiants ou les jeunes ménages auprès des personnes âgées dépendantes, implication dans les associations de locataires…. Cette charte pourrait également traiter des conditions de mobilité dans un autre logement aidé plus petit en cas de réduction de la taille de la famille, pour laisser place à une autre famille, ou plus grand au contraire en cas d’agrandissement de la famille.
De même, lors de la dernière campagne présidentielle, le projet socialiste prévoyait l’instauration d’un service civique obligatoire, une sorte de service militaire civil. Nous pensons aujourd’hui qu’il faut garder l’idée mais en lui donnant une autre forme : tout au long de la scolarité, des heures serait consacrées obligatoirement à des tâches d’intérêt général en France ou à l’étranger. De quelques heures par pour les plus jeunes (par exemple nettoyage collectif d’un square par la classe), à une semaine ou deux pour les adolescents et davantage pour les étudiants, pour atteindre par exemple un total cumulé de 1000 heures sur l’ensemble de la scolarité.
4) Soutenir le monde associatif
Au-delà du civisme et de la responsabilité, nous appelons nos concitoyens à la solidarité
et à la fraternité. L’acceptation de l’autre lorsqu’il est différent, le regard fraternel sur le handicapé ou le SDF peuvent aider à changer le cours de leur vie. Dans le même esprit, doit naître une solidarité active vis-à-vis des personnes âgées isolées, vis-à-vis des jeunes qui dérapent et qui ont besoin qu’on leur tende la main…car l’Etat et les collectivités locales ne peuvent régler tous les problèmes. Nous demanderons à ceux qui vont bien de consacrer une partie de leur temps aux autres directement dans leur voisinage ou par le biais par exemple de l’engagement associatif. Un soutien accru aux bénévoles, la multiplication des maisons des associations doivent accompagner cette démarche. Nous remettrons sur pied une politique de prévention et de lutte contre les exclusions digne de ce nom et nous soutiendrons avec force le mouvement associatif, social et solidaire aujourd’hui mis à mal par le désengagement brutal de l’Etat.
5) Incarner la responsabilité dans gestion de l’Etat
Gérer sérieusement les comptes publics
Pas de pacte social possible sans des comptes publics assainis. Nous avons lorsque nous avons géré le pays que nous savions gérer sérieusement l’argent public, comme nous le montrons aujourd’hui dans nos collectivités locales. Bien entendu, il faudra revenir sur les meures les plus injustes de la loi TEPA. Nous supprimerons le bouclier fiscal afin de rétablir la progressivité de l’impôt sur le revenu. Nous reviendrons sur l’augmentation des plafonds d’exonération de droits de succession. D’autres mesures permettront de consolider les comptes publics. Les stocks options et autres parachutes dorés supportent les mêmes prélèvements que les salaires. La suppression de certaines niches fiscales (70 milliards d’euros) et sociales (40 milliards d’euros), qui sapent la progressivité de l’impôt sur le revenu et la justice fiscale, permettra de dégager de nouvelles marges de manœuvre. Les aides aux logements, qui profitent à plus de 40% au secteur privé, devront être réorientées en bonne partie vers le social. Les revenus du capital devront contribuer au financement de la sécurité sociale au même niveau que les salaires par un élargissement des cotisations sociales. Les superprofits pétroliers devront être taxés pour financer les mesures immédiates de soutien au pouvoir d’achat. Certaines aides devront être redéployées. Continuons à 23 incarner la responsabilité dans l’utilisation de l’argent public.
Porter une vraie réforme de l’Etat Le principe du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux, tout comme la révision générale des politiques publiques (RGPP) voulue par Nicolas SARKOZY visent tout simplement à replier l’Etat sur ses strictes missions régaliennes au détriment des usagers et dans le mépris des fonctionnaires. Nous affirmons, au contraire, qu’il n’est pas possible de moderniser l’Etat sans associer très étroitement les fonctionnaires qui le servent, sans leur redonner la fierté de leurs missions et une autonomie pour les remplir. Les Français ne veulent pas moins d’Etat –ils se battent pour défendre leur hôpital ou leur école-. Ils veulent – et ils ont raison- que l’argent de leurs impôts soit bien dépensé. Parce que la politique que nous voulons mener a besoin d’un l’Etat fort et efficace pour s’accomplir, nous devons moderniser l’Etat, clarifier ses missions, et ensuite en adapter les moyens. Pour nous, la question n’est pas moins d’Etat, mais mieux d’Etat, un Etat exemplaire, capable de faire évoluer ces pratiques et d’ajuster en permanence son champ d’intervention par exemple en créant un service public de la petite enfance ou en développant les transports en commun-. C- Approfondir la démocratie Même si la question des institutions n’est pas la préoccupation essentielle des français, nous vivons dans un système dont les modes de fonctionnement sont manifestement en décalage avec les attentes de citoyens qui souhaitent un système politique plus simple, plus lisible, plus transparent et plus efficace.

1) Une profonde réforme de la République

Pour répondre à ces exigences, notre démarche politique doit s’inscrire dans la perspective d’une transformation très profonde de la Vème République en marchant vers le projet ambitieux de VIème. Nous refusons l’hyper-présidentialisation du régime incarnée par Nicolas Sarkozy. En restant muette sur les plus questions essentielles que nous avons mises en exergue, la réforme constitutionnelle n’a pas amélioré la situation. Nous abordons la question des institutions avec trois principes essentiels : responsabilité, représentativité, transparence. Responsabilité, avec un premier ministre, chef de la majorité et qui gouverne réellement car lui seul est responsable devant le parlement. Le président de la république doit retrouver un rôle de garant des institutions et porter les intérêts de la France dans le monde. Cela implique un parlement aux pouvoirs largement renforcés et une opposition au rôle reconnu. Nous améliorerons la représentativité par la limitation stricte du cumul des mandats et des fonctions, l’instauration d’une dose de proportionnelle à l’assemblée nationale, la refonte du collège électoral du sénat permettant la représentation réelle des territoires et l’alternance et de nouvelles avancées en matière de parité. Des mesures seront proposées pour faciliter l’exercice du droit de vote des Français établis hors de France.
Nous développerons la transparence à travers une réforme du mode de nomination des organes de régulation démocratique -CSA, CSM, Conseil constitutionnel…-, un réel contrôle par le parlement des nominations de hauts fonctionnaires et une réforme des règles applicables aux groupes de presse et aux médias audiovisuels pour garantir leur indépendance vis-à-vis des puissances de l’argent, leur pluralisme.
C’est dans cette même exigence de séparation des pouvoirs que nous voulons instaurer de nouveaux mécanismes de protection contre les risques de mise sous coupe réglée de la justice.
2) Conforter les acteurs sociaux

Le paritarisme et la négociation collective sont les deux outils majeurs des syndicats pour défendre les intérêts collectifs des salariés et pour adapter le droit à leur environnement. Le paritarisme est aujourd’hui affaibli, à l’UNEDIC comme à la Sécurité sociale. Le gouvernement accentue cette crise par des décisions autoritaires. Nous devons agir pour que les partenaires sociaux retrouvent toute leur place, l’État demeurant le garant de l’ordre public social. La négociation collective doit être un mode naturel de définition des conditions de travail. Elle est aujourd’hui en panne, quand le gouvernement ne la bafoue pas en remettant en cause les accords signés. La négociation doit se développer à nouveau, au niveau interprofessionnel, de branche ou d’entreprise.. Par ailleurs, l’accord majoritaire doit être exigé à chaque fois que l’on déroge au niveau supérieur, dans des domaines autorisés par la loi.
Pour ce faire, nous avons besoin de syndicats forts et représentatifs. Nous devons débattre avec eux des moyens de les renforcer : par exemple donner à chaque salarié un chèque syndical (financé par l’entreprise et l’Etat) pour le verser au syndicat de son choix, organiser les élections professionnelles (comités d’entreprises comme délégués du personnel) tous les deux ans le même jour en France pour permettre aux syndicats d’organiser une véritable campagne nationale, mobilisant les salariés, et adaptée ainsi aux réalités de chaque entreprise.
3) Permettre aux citoyens d’être écoutés et actifs
Nous sommes attachés à la participation des citoyens autant qu’au légitime pouvoir de
décision de leurs représentants élus. Pour nous, le partage des rôles est clair. Nous voulons le plus possible associer les citoyens à la préparation de la décision publique et à sa mise en œuvre. Mais après information et consultation, la décision finale doit rester du ressort des élus, garants de la primauté de l’intérêt général sur les intérêts particuliers.
Sur les grands sujets de société, nos concitoyens ont à la fois besoin d’être informés et de s’exprimer. Des Etats Généraux sur l’école ou sur la santé doivent permettre à tous les acteurs de se rencontrer, de débattre, d’apporter des solutions. Chacun doit pouvoir s’exprimer là où il vit sur ce qui le concerne directement, et pas simplement de manière formelle : les parents d’élèves dans les conseils de crèches ou des écoles, les locataires auprès des bailleurs, les usagers des services publics. Beaucoup de ces représentations existent. Il faut les multiplier et les rendre effectives. Dans la vie locale, il faut généraliser les conseils de quartiers munis de pouvoirs et de budgets propres, composés de membres représentant réellement les forces vives du quartier.
4) Restaurer l’indépendance des médias

L’information et la culture ne sont pas des marchandises. En France, les médias sont confrontés à une triple donne : une concentration de plus en plus poussée ; des groupes - Bouygues, Lagardère, Dassault, Arnault, Bolloré - qui ne s’investissent dans la presse et les médias que pour servir leurs intérêts industriels dominants (armement, BTP, luxe, etc.) tout en tirant une bonne part de leur activité de marchés avec l’Etat ; les liens personnels de N. Sarkozy avec les dirigeants de ces groupes sont de notoriété publique réuni au au Fouquet’s le soir de son élection. Le pluralisme est gravement mis en cause par une double soumission aux grands groupes économiques et à cette intrusion du pouvoir politique en place. L’affaiblissement et l’appauvrissement de la télévision publique en est l’illustration flagrante. Nous pensons, nous, que l’indépendance des médias, la transmission du savoir, la liberté de l’information et de la presse sont plus que jamais décisives. Cela exige du courage et des mesures fortes : une grande réforme de « décartellisation » de l’audiovisuel, un refus de la concentration et la garantie du pluralisme par la loi, 25 l’interdiction aux sociétés tenant une part conséquente de leur revenu des marchés publics d’être en même temps éditeurs de médias, des moyens dignes de ce nom réaffectés à l’audiovisuel public. Nous devrons aider au développement et à la diversité des télévisions locales. Enfin, nous devrons réformer le mode de nomination des membres du CSA afin d’empêcher que 100 % des personnalités chargées de veiller au pluralisme soit désignées, comme aujourd’hui avec l’UMP, par le parti majoritaire.
5) Des élus dotés d’un véritable statut

L’amélioration de l’efficacité publique locale passe par l’élaboration d’un statut de l’élu. En effet, aujourd’hui, être élu local réclame une grande prise de risque professionnel, ce qui explique que beaucoup de nos élus locaux soient retraités ou fonctionnaires. On estime ainsi à 30 % la part des maires retraités (20 % de retraités en France). Il faut mettre au point un dispositif qui permette aux citoyens qui se mettent au service de leurs concitoyens, dans les majorités et dans les oppositions, de ne pas avoir à sacrifier leur carrière et de pouvoir reprendre une vie professionnelle normale après leurs mandats. Développer un dispositif de reclassement dans le privé, par exemple, maintenir la protection sociale pendant une période donnée après la fin du mandat, créer une allocation de retour à l’emploi dégressive, comme pour les députés est une nécessité pour la démocratie. La démocratie a un coût. Le peuple français doit l’assumer. Si nous ne voulons pas que, de fait, seuls les fonctionnaires, les professions libérales et les retraités puissent être représentés, si nous ne voulons pas que le cumul des mandats et des fonctions (SEM, syndicats mixtes…), dans le temps et dans l’espace, soit la seule réponse pour les élus, il faut être prêt à affronter une opinion publique qui n’est pas nécessairement favorable.
D- De nouveaux droits

Le parti socialiste a toujours été à la pointe du combat pour les libertés individuelles : l’abolition de la peine de mort, la décentralisation, la libéralisation de l’audio-visuelles, la parité et le pacs sont autant de conquêtes que nous devons défendre fièrement. Il doit continuer à l’être. Reprendre l’étendard des libertés est d’autant plus essentiel que Nicolas Sarkozy n’a de cesse d’y porter atteinte comme encore récemment avec les tests ADN pour les immigrés ou le fichage généralisé EDVIGE.
1) Reconnaître chacun dans sa différence et lutter contre les discriminations

Nous voulons instaurer le droit de vote des étrangers aux élections locales. Il faudra aller jusqu’au bout de la parité dans tous les domaines de la société. Nous devons lutter avec détermination contre les discriminations. Les discriminations raciales dans les embauches comme pour l’accès au logement doivent être éliminées. Nous condamnons toute forme d’homophobie. Les handicapés doivent pouvoir accéder à tous les bâtiments publics, mais aussi aux contenus. Le parti socialiste doit être à la pointe de ces combats, et porteur de réponses à la hauteur de l’enjeu. Les moyens de la HALDE devront être renforcés. Des moyens importants devront être alloués à la police, à l’inspection du travail et à la Justice pour déceler et réprimer les discriminations. Des efforts de formation spécifiques seront menés dans ces administrations.
2) Ne pas éluder les questions qui relèvent parfois de l’intime mais pour lesquels les français demandent des repères et des règles
Les techniques médicales et scientifiques ouvrent des champs de réflexion et de décision inexplorés. Les évènements subis jadis par l’humanité – la conception, la naissance, la mort – relèvent d’une décision libre et volontaire. Puisque la science repousse les frontières du possible, l’éthique et le 26 droit doivent s’étendre pour fixer les limites du souhaitable. Clonage reproductif, clonage thérapeutique, statut de l’embryon, procréation médicalement assistée, maternité pour autrui, fin de vie, suicide assisté – ces enjeux ne relèvent ni de l’évidence ni ne se réduisent à la seule autonomie individuelle. La droite sarkozyste y répond au coup par coup, sans autre boussole que l’émotion médiatique et sondagière. C’est ainsi que sont prises des décisions favorables aux lobbies intégristes et pro-life. Notre Parti doit définir une morale laïque, émancipatrice et humaniste, articulant libertés individuelles et projet collectif. Ne laissons pas au libéralisme et aux religions le soin de donner du sens à la vie. Nous croyons en particulier qu’il est grand temps de définir dans la loi, encadré de manière stricte, le droit de finir sa vie dans la dignité.

3) Défendre et promouvoir la laïcité républicaine
Nous avons tous la même part d’humanité en nous, et quels que soient notre âge, notre sexe, notre culture, notre orientation sexuelle nous avons droit à la même reconnaissance. C’est l’esprit même de notre pacte républicain et laïc. Alors que le communautarisme progresse et que prospèrent de nouveaux obscurantismes, nous réaffirmons que la laïcité est un pilier de l’égalité républicaine. La laïcité c’est la reconnaissance de toutes les croyances, philosophies et religions dès lors qu’elles respectent les règles communes. Inutile de dire combien les discours présidentiels de Latran et Ryad ont inquiété les républicains. Que dire de l’incroyable affirmation selon laquelle un prêtre vaudrait mieux que l’instituteur pour l’instruction des enfants ? La laïcité doit être défendue fermement et étendue. La laïcité, ce mot fort et simple dans ce qu’il implique, n’a pas à être qualifié par un adjectif quel qu’il soit. La grande loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat ne doit certainement pas être remise en cause. Une charte de la laïcité dans les services publics devra être mise en place et respectée - et d’abord au sein de l’hôpital public.
4) Une juste politique de l’immigration
Nous n’avons jamais pensé que les frontières de la France devaient être ouvertes à tout vent, que l’ensemble des sans papiers devaient être régularisés. Mais à un moment politique majeur dans notre pays, ayons le courage de ne pas cautionner par notre silence la peur de l’autre, l’intolérance. Ayons le courage de combattre la politique de la honte menée par Nicolas Sarkozy et Brice Hortefeux. Combien d’enfants humiliés séparés de leurs camarades de classe, combien d’angoisses vécues par leurs familles, combien d’humiliations, de déchirements, de morts en centres de rétention faudra-t-il pour réagir ? Cessons de parler de stocks et de flux. Parlons de ces hommes et femmes fuyant les guerres et la misère et laissant leur famille, pour l’inconnu. Rappelons ce que les étrangers ont apporté aux Français pour construire notre pays ou lorsqu’ils se sont battus à nos côtés pendant les deux guerres mondiales. Rétablissons aussi des vérités : ils occupent des emplois dont personne d’autre ne veut, apportent plus à notre système de protection sociale qu’ils n’en bénéficient. Cet apport est et sera de plus en plus essentiel dans un contexte de vieillissement démographique. Proposons une politique de l’immigration digne de la France et de ses valeurs, fondée sur un juste équilibre entre famille, travail et asile plutôt que sur le tri des immigrés, sur des accords négociés de co-développement, sur une politique de visa pour les étudiants facilitant les allers-retours, sur une politique de régularisation ouverte, fondée sur des critères clairs et explicites, reconnaissant ceux qui sont ici depuis longtemps et qui font la preuve de leur insertion. Les français nous suivront : ils l’ont montré par exemple par leur mobilisation nombreux aux côtés d’associations comme le Réseau Education Sans Frontières.
5) La culture pour faire civilisation
La culture n’est pas pour nous une question parmi d’autres, mais un élément central de la
vision de la société que nous défendons, parce qu’elle ouvre le cœur et l’esprit, parce qu’elle assure la conciliation entre l’homme, sa libre pensée, et le collectif, la société, parce qu’elle laisse sa trace. Alors qu’elle en faisait le socle d’un modèle partagé et reconnu dans le monde, la France traverse aujourd’hui une véritable crise du sens et des perspectives dans ce domaine. La France a besoin d’une politique culturelle qui redonnera du souffle à aux grandes institutions de notre pays, confortera la place des artistes et leur liberté de création, ouvrira de nouveaux champs de la démocratisation culturelle et de fera émerger de nouveaux outils au service de cette volonté : soutenir et renforcer les créateurs en leur donnant les moyens de s’installer et de travailler au cœur des villes et des quartiers ; conforter les nouvelles pratiques qui prennent leur place dans notre société comme le mouvement hip hop ; ouvrir à la culture l’ensemble des établissements scolaires ; soutenir les lieux non formatés au croisement de l’art et des pratiques culturelles qui permettent de réunir artistes et habitants ; et soutenir les filières culturelles dans nos universités ; porter une nouvelle régulation au niveau européen notamment dans les domaines du cinéma et de l’audiovisuel ; permettre un financement accru de la culture et proposer des mesures nouvelles d’incitation au mécénat culturel qui doit être ouvert également aux individus. Par ailleurs nous devons préparer une réforme globale du statut des intermittents du spectacle en concertation avec l’ensemble des partenaires concernés, la dernière réforme du protocole ayant accru la précarisation de l’emploi culturel et n’offrant aucun gage de pérennité, bien au contraire. Enfin, nous pensons que les socialistes doivent être porteurs de propositions fortes pour faire de l’internet ce formidable espace de liberté qu’il est potentiellement, à condition d’en favoriser le développement, d’en réguler le fonctionnement et de sortir d’une logique de criminalisation des internautes.
6) Une société de l’information ouverte
La révolution numérique ne se contente pas d’offrir à chacun de partager les moyens d’une autonomie plus grande pour l’accès aux savoirs, à l’information et à la culture. Elle bouleverse la société industrielle et accélère le passage à la société de la connaissance. Notre vigilance doit prévenir le risque de nouvelles fractures, géographiques ou sociales mais aussi l’émergence d’une surveillance généralisée. Nous oeuvrons pour une société de l’information ouverte, maîtrisant le pouvoir de transformation des nouvelles technologies pour améliorer la vie des Français.
IV – UNE EUROPE CLE DE VOUTE D’UN NOUVEL INTERNATIONATIONALISME

L’idéal socialiste est internationaliste et nos valeurs sont universelles. La paix et la solidarité entre les peuples ont toujours été notre préoccupation. Il est grand temps de les remettre au cœur de nos combats, à l’heure où la sécurité internationale reste menacée et où la mondialisation avance dans le plus grand désordre économique et social.
1) Réorienter l’Europe pour la relancer
L’Europe telle qu’elle a été conçue au départ par ses pères fondateurs est non seulement en panne, mais oublie même aujourd’hui sa mission. Et pourtant, rappelons-nous ce qu’elle a apporté : la paix ; la capacité de répondre aux défis de l’histoire : nous avons été au rendez-vous de la sortie de la dictature en Grèce, en Espagne et au Portugal ; la solidarité envers les régions moins développées et celles affrontant une crise de mutation économique, aujourd’hui remise en cause ; la défense des droits avec la Cour Européenne de Justice ; un rapprochement des peuples avec un million d’étudiants Erasmus. Mais aujourd’hui, nous ne nous reconnaissons pas dans une Europe qui accompagne le libéralisme au lieu de le réguler, qui ne protège plus contre les dérives de la mondialisation et les excès du marché, laisse gérer l’euro au nom de seuls objectifs financiers, et adopte des directives porteuses de régression Notre devoir à nous socialistes européens est de reprendre le combat européen. Sans une
Europe puissante et intégrée, nous perdrons la bataille économique et donc celle de l’emploi et du pouvoir d’achat. Le moment est venu que se lève une nouvelle génération d’hommes et de femmes de gauche qui fasse avancer à leur tour l’idéal européen.
L’Europe sociale est notre priorité. Les socialistes doivent continuer à se battre pour que dans chaque pays européen, soit créé un salaire minimum, pour mettre en place un droit à la formation tout au long de la vie, pour réduire le travail précaire et continuer à améliorer les conditions de travail, pour renforcer les droits des comités d’entreprise, pour protéger les plus fragiles, pour défendre les services publics. Une harmonisation fiscale est également nécessaire définissant une assiette commune et un taux plancher pour l’impôt sur les sociétés. Il ne peut pas y avoir de « passager clandestin » dans l’Union Européenne qui voudrait tirer les avantages de l’accès à un grand marché en attirant à lui les entreprises par une fiscalité anormalement basse. Il faut proposer immédiatement à nos partenaires une « clause de sauvegarde sociale » qui interdise qu’une directive européenne puisse avoir pour conséquence un recul social dans un pays.
L’Europe doit aussi être aussi le fer de lance du développement durable : une taxe carbone
pourrait être instaurée permettant de financer des équipements de transports en commun ; nous lançons aussi l’idée d’une communauté Européenne de l’énergie à l’image de cette formidable innovation politique que fut la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier, ainsi que d’une communauté européenne de la recherche et l’innovation, en s’appuyant sur l’outil des coopérations renforcées avec les pays qui le souhaitent. La politique agricole commune doit être refondée pour répondre aux défis du présent. Elle doit prendre en compte des objectifs nouveaux comme le droit à une alimentation de qualité, la santé humaine et animale, l’aménagement du territoire et l’environnement. L’Europe doit peser dans les instances internationales, pour défendre notre volonté d’un nouveau modèle de développement. Elle doit aussi faire entendre une voix forte contre l’unilatéralisme américain et son discours du choc des civilisations, au profit d’un monde multipolaire, développer une sécurité européenne porteuse de paix dans le monde, et aussi être sur tous les terrains où les droits et libertés des hommes et des femmes sont bafoués.
De nouvelles avancées devront être recherchées dans le domaine de la politique étrangère commune et de la coopération militaire. A l’heure des réductions budgétaires, il est prioritaire de mettre au moins en commun les approvisionnements militaires et les programmes technologiques. Cette ambition n’est possible qu’avec des moyens. Au-delà du lancement de grands emprunts, il faudra proposer de renforcer fortement le budget européen. Un impôt européen pourrait être créé, assis par exemple sur le bénéfice des sociétés pour financer cet effort et constituer un premier pas vers l’harmonisation fiscale que nous souhaitons. Nous devons également poursuivre de la quête d’une Europe plus démocratique dans ses institutions comme dans son fonctionnement : elles sont indispensables pour les nouvelles avancées majeures sur des questions comme la fiscalité, la défense, les droits sociaux….Nous devons faire progresser la perspective d’une démocratie européenne authentique avec un gouvernement européen responsable devant un parlement désigné par le suffrage universel. Enfin, nous avons de grandes ambitions pour l’Europe. Essayons de convaincre nos partenaires de les partager. Et si de grands bonds ne sont pas possibles, acceptons des pas décisifs, même modestes, qui vont dans le bons sens. Sans rejeter l’élargissement, nous prônons un approfondissement de l’Europe avec des pays qui le souhaitent. L’Europe n’a avancé que dans la différenciation, grâce à l’initiative d’un groupe de pays et parce que les autres ont admis de rester, durablement ou provisoirement, en dehors. A 27 pays membres, bientôt à 30 et peut-être davantage, l’« 29 Europe différenciée » peut être le meilleur moyen pour progresser vers plus d’efficacité. Les « coopérations renforcées » en fournissent l’instrument. Compte tenu de la diversité d’attitude des Etats européens, il apparaît raisonnable, dans cette perspective, d’avancer plus vite avec un premier cercle ou une avant-garde de pays euro-volontaires. Le moteur de ce cercle, ouvert à tous, pourrait être le couple franco-allemand, en coopération avec tous ceux qui le souhaitent. Rien ne serait pire que l’immobilisme. Car quand l’Europe n’avance pas, ce sont les puissances de l’argent qui progressent. Si nous ne portons pas ce projet d’une Europe plus forte, plus sociale et plus politique, une Europe qui soit le continent des droits de l’Homme, nos concitoyens - et ce serait grave - se détourneront non seulement de l’Europe mais aussi des partis pro-européens. Le parti socialiste doit revendiquer cette nouvelle ambition européenne notamment en vue des élections européennes de 2009. Pour progresser vers une véritable démocratie européenne, nous proposerons que le Parti socialiste européen (PSE) indique dès avant les élections de 2009 le nom de son candidat à la Présidence de la Commission.
2) Agir pour le Sud, maintenant !
Nous vivons dans un monde où la richesse globale n’a jamais été aussi forte et où elle n’a jamais été aussi inégalement répartie. Les trois personnes les plus riches du monde ont une fortune supérieure à celle des 48 pays les plus pauvres ; à l’autre bout, trois milliards de personnes vivent avec moins de deux dollars par jour. Au rythme actuel, l’objectif d’éducation primaire pour tous ne serait atteint qu’en 2120. Le paludisme, qui touche à 90% l’Afrique, fait quant à lui 2 millions de morts par an, un enfant toutes les 30 secondes. Voilà les défis majeurs pour le Sud. L’heure n’est plus aux hésitations. Trop de temps a été perdu. Trop de dégâts ont été causés. Penser le développement autrement, telle doit être notre ambition. Tout d’abord, il n’y aura de victoires décisives qu’en nous appuyant sur les acteurs du développement eux-mêmes ; mais il faudra aussi des moyens supplémentaires afin d’être à la hauteur des enjeux.
Nous mettons au débat des propositions concrètes : contrats de développement négociés
axés sur l’éducation et la santé, micro-crédits, mobilisation des élites qualifiées des diasporas, prise en charge de différentiels de salaires pour le retour de migrants hautement qualifiés, taxe sur la spéculation financière pour financer l’aide au développement, 0,7% du PIB consacré à l’aide au développement, annulation de dettes, politique volontariste de production de génériques, lutte contre le blanchiment et la fraude fiscale, aide au renforcement de la capacité étatique… Et puis nous devons arrêter de reprendre d’une main ce que l’on donne de l’autre. Il faut rompre avec une logique qui attribue une aide de 800$ par an à une vache européenne, cent fois supérieure à l’aide européenne à un Africain. Il faut aussi en finir avec des règles commerciales qui déstabilisent les économies du Sud : le cycle de DOHA pour le développement ouvert en 2001 doit s’achever sur un résultat positif pour les pays en développement. Au-delà, nous devons penser nos relations avec le Sud en termes de « progrès partagé ». Cela implique le respect mutuel, la reconnaissance de l’apport de chaque civilisation, les échanges culturels aussi.
3) Contre le choc des civilisations, un nouvel internationalisme
La paix est notre bien le plus précieux. Or, comment ne pas s’inquiéter de l’évolution actuelle du cours des choses ? Quatorze conflits armés sont en cours. Parfois aux portes de l’Union Européenne comme avec le conflit en Géorgie, sur fond de résurgence de la guerre froide que l’on croyait appartenir au passé. Les dépenses militaires ont augmenté de 45% au cours des dix dernières années avec une véritable course à l’armement dans certains pays comme la Russie. Pendant plus de 40 ans, la guerre froide a divisé une grande partie du monde en deux camps opposés. Le nouvel ordre mondial est beaucoup plus complexe et plus fragile, avec de nouvelles menaces, plus diverses et 30 imprévisibles : une nouvelle politique de sécurité internationale doit être conçue au niveau mondial. L’ONU, qui doit être réformée pour être plus efficace et mieux représenter les différentes régions de la planète, constitue pour nous le seul cadre possible. Le fiasco irakien montre à quel point toute action en dehors de ce cadre est dangereuse et vouée à l’échec. Georges BUSH a profondément déstabilisé le monde en lançant sa croisade du « bien » contre le « mal ». Nous devons tout faire pour éviter le choc des civilisations auquel cette politique nous mène. Le multilatéralisme doit être notre cadre d’action et l’alliance des civilisations notre objectif. A cet égard, nous sommes inquiets de l’évolution de notre mission en Afghanistan. Nous étions en 2001 dans une mission de paix sous l’égide de l’ONU. Nous avons glissé depuis quelques mois vers une mission offensive anti talibans sous l’égide de l’ONU, et derrière les Etats-Unis, avec les conséquences que l’on connaît : nous sommes aujourd’hui perçus de plus en plus comme une armée d’occupation. S’il n’est pas possible de nous retirer maintenant parce que nous ne pouvons pas baisser les bras face au terrorisme, nous souhaitons une réorientation de notre mission : nous devons intervenir prioritairement en appui à l’armée Afghane, des moyens doivent être engagés pour engager le développement du pays et des discussions doivent être engagées avec les chefs de tribus non liés avec Al Qaïda pour construire une issue politique. Dans le même registre, nous sommes opposés à la transformation que prépare Nicolas SARKOZY de notre armée en une simple division de l’OTAN, en y réintégrant le commandement militaire. Notre diplomatie en paierait le prix notamment en nous fragilisant aux yeux des pays arabes. Nous devons au contraire nous concentrer sur la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Aucun nouveau transfert de souveraineté n’est envisageable ni souhaitable en dehors de ce cadre. La montée en puissance de la capacité de l’Europe en matière de défense est une priorité : nous plaidons pour la création d’un corps d’armée européen sous commandement européen. Nous sommes également favorables à une défense européenne commune.
L’Union Européenne comme la France doivent aussi être à la pointe des efforts pour empêcher une course à l’armement. Nous devons appuyer la ratification mondiale de la Convention d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel, contribuer au travail d’Oslo visant à interdire les bombes à fragmentation, promouvoir un traité mondial sur le contrôle du commerce des armes, œuvrer pour la non prolifération des armes nucléaires et tout faire pour que l’Iran ne se dote pas de l’arme nucléaire. Nous devons agir à cet égard dans le cadre strict des instances internationales c’est-à-dire de l’ONU. Dans cette nouvelle alliance des civilisations que nous prônons, deux questions nous semblent très importantes. La première est celle du règlement du conflit israélo-palestinien, dramatique pour ceux qui en subissent directement les conséquences depuis des décennies, mais aussi pour l’ensemble du monde en alimentant les ressentiments entre les peuples. Des solutions existent. L’Europe et la France doivent pleinement s’engager pour un règlement négocié du conflit israélo- palestinien conforme aux résolutions de l’ONU. L’existence et la sécurité de l’Etat israélien et du futur Etat palestinien doivent être garantis. Le départ de l’administration Bush, et, espérons-le l’arrivée de Barak OBAMA aux responsabilités, doivent être mis à profit pour relancer et faire aboutir le processus de paix. La question de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne est également fondamentale. Rien ne serait pire que de revendiquer pour l’Europe de devenir un « club chrétien ». C’est la raison pour laquelle nous sommes favorables à la poursuite des négociations. Le chemin sera long et nous ne devrons faire aucune concession sur nos valeurs. Il faudra nous y préparer nous-mêmes.
Enfin, nous refusons que le combat de la France pour les droits de l’homme soit remis au
second plan : nous disons non à la diplomatie « du carnet de chèques » magnifiée par Nicolas SARKOZY. L’Etat doit bien sûr aider ses entreprises à conquérir des marchés et l’implication personnelle du chef de l’Etat ne nous choque pas. Mais la défense des Droits de l’Homme doit toujours primer. L’accueil en grande pompe des dirigeants, de la Libye ou de la Syrie est profondément critiquable. Ces actes, associés à des discours catastrophiques comme celui à Dakar en 2007, niant le 31 rôle de l’Afrique dans l’Histoire et mettant en doute ses perspectives d’avenir, écornent largement l’image de la France dans des pays qui attendent beaucoup de nous. Reprenons le flambeau d’une France porteuse des droits de l’Homme et d’un monde plus juste, d’un nouvel internationalisme en d’autres mots.
4) Faire respecter les normes sociales et écologiques dans les instances mondiales
Une réforme profonde des instances politiques mondiales est nécessaire. Le rôle de l’Europe est ici majeur : les européens doivent promouvoir ensemble la régulation, parler d’une même voix le plus souvent possible. Le système économique et financier doit être encadré et rééquilibré. Aujourd’hui dominé par les normes commerciales (OMC) et financières (FMI), il doit être rééquilibré par des normes sociales et environnementales. Nous sommes favorables à la création d’un Conseil économique et social mondial, arbitrant entre les différentes organisations internationales pour faire prévaloir les droits sociaux, la santé, la culture, l’environnement sur les règles financières et commerciales. La place de l’OIT doit être renforcée, le FMI recadré. Nous soutenons également la création d’une agence mondiale de l’environnement. La notion de biens publics mondiaux, représentatifs de l’intérêt général international, doit être promue au nom du développement durable que nous voulons pour notre planète. Le G8 doit s’élargir en G20 pour mieux intégrer les puissances émergentes.
V – CHANGER LE PARTI SOCIALISTE

Le rendez-vous de Reims, nous l’avons dit d’emblée, est un rendez-vous entre socialiste bien- sûr, mais pour nous c’est avant tout un rendez-vous avec les français. Pour être à la hauteur de l’enjeu, nous devons faire preuve de lucidité, de responsabilité, de fraternité. Tel est notre état d’esprit et tel est notre projet pour reconstruire le Parti socialiste.
1) Un pacte de confiance pour le renouveau du parti socialiste
Pourquoi nous nous sommes rassemblés
Notre rassemblement est né d’une conviction. C’était au lendemain des deux échecs de mai et juin 2007. L’urgence sociale et l’urgence démocratique en France et en Europe nous ont convaincus de croiser nos analyses et de dépasser la logique des courants. Changer le parti socialiste est notre ambition commune. Depuis un an, au sein de groupes de travail, au plan national comme au niveau local, nous avons tout mis sur la table : la crise de libéralisme, les difficultés de l’Etat-providence en crise, l’Europe en panne, la social-démocratie traditionnelle à bout de souffle, les alliances… Sans tabous et sans préjugés. Nous avons analysé le monde et construit des premières propositions Notre motion est le résultat d’un cheminement politique, mais aussi d’une fraternité retrouvée. Voilà longtemps que nous n’avions pas éprouvé le bonheur et l’efficacité du travail en commun, des idées échangées et pas seulement juxtaposées. Ce plaisir d’être ensemble, nous voulons qu’il rayonne dans tout le Parti socialiste. Comme chacune et chacun de vous, nous venons d’horizons divers et de sensibilités différentes. C’est le sens même de la synthèse chère à Jean Jaurès : rassembler des sensibilités différentes, qui gardent leur identité et sont décidées à travailler ensemble pour faire gagner la gauche et changer la vie. Avons-nous toujours été tous d’accord sur tout depuis toujours ? Bien sûr que non ! Sur l’orientation de l’Europe après l’élargissement, sur le rôle de l’Etat ou la nature des institutions, nous avons eu des différences d’analyse au cours des dernières années. Mais elles portaient sur les moyens, pas sur les fins. Sur les marges de manœuvre, jamais sur les objectifs : l’Europe sociale, un Etat présent, des institutions démocratiques. L’exemple du débat sur le traité constitutionnel européen est révélateur. Ce chapitre de notre histoire collective a été refermé au Congrès du Mans, il y a trois ans, lorsque a été votée la synthèse générale. Préparons les élections européennes de juin 2009 au lieu de refaire le match du référendum de 2005 ! Tous les socialistes sont des pro-européens convaincus. Nous sommes bien sûr tous des réformistes. Nous avons tous adoptés notre nouvelle déclaration de principe. Là aussi, rendons notre Congrès utile en évitant les faux débats. Oui, nous aimons et nous servons notre Parti. Oui, nous voulons allier l’expérience et le renouvellement. Beaucoup d’entre nous ont gouverné et milité avec François Mitterrand, puis aux côtés de Lionel Jospin. C’est un motif de fierté : même si tout n’a pas été réussi, nous assumons et nous revendiquons l’action des socialistes au pouvoir. D’autres camarades, plus jeunes, depuis qu’ils se sont engagés au Parti socialiste, n’ont connu que des présidents de la République de droite, Chirac puis Sarkozy. Nous voulons qu’ils connaissent l’alternance et qu’ils l’incarnent aux yeux des Français en accédant aux responsabilités du Parti, puis du gouvernement de la nation. Préparer une nouvelle génération politique, c’est aussi cela, reconstruire!
Nous souhaitons un Congrès politique

Les Français nous regardent. Ne pensons pas que les Français se désintéressent du rendez- vous des socialistes à Reims. Ils seront attentifs à nos comportements collectifs, aux arguments échangés et, surtout, aux choix qui seront faits. Bref, ils nous jugeront tous, nous encourageront ou nous sanctionneront. Nous le vérifieront dès les élections européennes de juin 2009 et les élections régionales de 2011. Nous devrons être à la hauteur ce grand moment démocratique en ayant un débat digne. Car nous voulons, le moment venu, rassembler les socialistes et convaincre les Français. Ne confondons pas 2008 et 2012. Certains veulent transformer le Congrès de Reims en pré- sélection voire en pré-désignation de notre candidat(e) à l’élection présidentielle. Pour nous, la priorité n’est pas de désigner un(e) candidat(e) à l’Elysée dès à présent… L’urgence, c’est de retrouver l’envie d’être ensemble pour bâtir un programme authentiquement de gauche, innovant et crédible.
Penser par nous-mêmes plutôt que par les sondages. Les sondages nous ont souvent donné des indications que nos concitoyens ont infirmées dans les urnes. Tirons-en des leçons ! Ce ne sont pas les instituts de sondage qui doivent fixer le cap du Parti socialiste, surtout quand, à l’instar de l’IFOP, ils sont présidés par la numéro un du MEDEF...
Nous voulons que le Parti renoue avec une haute conception de l’engagement politique
Finissons-en avec l’obsession présidentielle ! Historiquement, le socialisme est indissociable du parlementarisme. Nous refusons de croire au mythe de l’homme ou de la femme providentiel(le). Et ce que vit notre pays depuis l’élection de Sarkozy nous conforte dans ce rejet. Soyons cohérents : alors que nous combattons à juste titre l’hyper-présidentialisme dans le pays, quel sens y aurait-il à présidentialiser notre Parti ? Qui peut d’ailleurs prétendre aujourd’hui qu’il sera le meilleur candidat en 2012 ?
Réinstallons la confiance et le sens du collectif à la tête du Parti ! Comment être crédibles aux yeux des Français si nous continuons à offrir le visage de la division ? Retrouvons dans nos rangs la fraternité dont le socialisme est porteur ! Seul un contrat de majorité autour d’un objectif de travail programmatique permettra d’y parvenir. Prenons exemple sur l’état d’esprit qui, le plus souvent, prévaut 33 au plan local : dans les fédérations, on débat ! dans les sections, on s’épaule ! Socialistes, il est temps de nous retrouver !
Résistons à la dérive « people » du débat public ! Oui, nous défendons une conception exigeante de l’engagement politique ! Oui, nous pensons que parler de soi amène forcément à ne pas parler des Français. Or, nous sommes à leur service et au service de nos idées.
Nous proposons aux militants du Parti socialiste un pacte de confiance pour le changement
Ce pacte repose sur une démarche forte : nous voulons dépasser les courants pour conjuguer les engagements. Cette perspective renoue avec l’esprit du Congrès fondateur d’Epinay, avec la dynamique politique qui rendit possible mai 1981, avec la réflexion collective qui assura la victoire après la dissolution de 1997.
Cette démarche, c’est l’obligation que nous nous fixons d’être à la hauteur de la nouvelle donne mondiale dans toutes ses dimensions.
Elle se décline aussi dans des priorités authentiquement de gauche, concrètes et précises, qui la distinguent d’autres perspectives que nous respectons mais jugeons timorées voire dangereuses pour le Parti.
l Nous portons l’exigence du retour en force de la puissance publique face à la faillite du capitalisme financier. Pas question, pour nous, que le Parti Socialiste se convertisse au libéralisme! Ensemble, inventons un nouveau modèle de production et de partage des richesses.
l Nous proposons un nouveau pacte social et écologique en France capable de mobiliser les français et de moderniser l’économie. Nous refusons la fragmentation de la société, le repli individualiste et les atteintes à l’environnement. Ensemble, imaginons une nouvelle alliance sociale, populaire et majoritaire.
l Nous voulons sauver l’école laïque et républicaine. Ensemble, aux côtés des enseignants,
des élèves, des parents, faisons de nouveau de l’école le pilier de notre vivre ensemble.
l Nous souhaitons relancer et réorienter l’Europe. Aujourd’hui, la crise est réelle entre les
peuples et la construction européenne. Ensemble, redonnons des couleurs de gauche et du souffle à l’Europe en la rendant plus volontaire et plus solidaire. Nous proposons que la majorité qui émergera de notre Congrès soit soudée par un pacte de confiance dont l’unique objectif sera de travailler collectivement pour préparer un projet de gauche porteur d’espérance pour les Français.
3) Donner la priorité à la réflexion collective et au débat militant
Nous proposons de remettre le Parti socialiste au travail
Quand on ne réfléchit plus assez, on perd ! En 1981, le succès de François Mitterrand avait
été préparé par un foisonnement d’idées dans tout le Parti. On y débattait alors avec les partenaires sociaux, les acteurs associatifs, les défenseurs des droits de l’homme, les universitaires, les scientifiques, les artistes. Même chose en 1997 : deux ans plus tôt, les « Assises de la transformation sociale » avaient donné naissance à la gauche plurielle. Hélas, entre 2002 et 2006, aucune Convention nationale n’a eu lieu dans le Parti alors que Sarkozy, de son côté, avait mobilisé l’UMP autour d’ateliers de réflexion pendant de nombreux mois.
D’ici 2010, nous organiserons cinq Conventions nationales. Elles aborderont les thèmes
suivants : la régulation du capitalisme financier et le libre échange ; la relance et la réorientation de l’Europe dans la mondialisation ; la politique économique et sociale pour reconstruire la France après 34 Sarkozy ; les nouvelles attentes sociales et familiales ; les menaces contre la République et la laïcité. Chacun de ses rendez-vous permettra la pluralité des expressions, donnera lieu à des textes et sera tranché par un vote des adhérents. Grâce à la mise en commun des intelligences et des expériences, le Parti socialiste disposera d’un programme d’action pour la législature 2012-2017.
Nous voulons un Parti du respect, donc du débat ; un Parti de militants
Avoir de bonnes idées ne suffit pas : il faut un Parti socialiste qui parle d’une même voix et qui donne à chacun sa place. L’une des missions de la direction nouvelle que nous voulons pour le Parti consistera à organiser la parole collective dans le respect de deux exigences : la liberté de débattre au sein du Parti et le respect des décisions lorsqu’elles sont prises. Lorsque nous avons adopté une ligne, nous devons parler d’une même voix, dès lors que la position a été élaborée collectivement et précédée d’un véritable débat mené jusqu’à son terme. Le débat est un signe de bonne santé pour une formation politique. Encore faut-il lui donner les moyens de le faire vivre !
La première priorité est de retrouver l’envie d’être ensemble. Comment être crédibles aux yeux des français si nous continuons à offrir le visage de la division et des ambitions personnelles ? Retrouvons de la fraternité et de la convivialité entre nous. Nous voulons être une équipe soudée et renouvelée dont le seul objet sera de travailler pour préparer un projet porteur d’espérance pour les français et le rendre crédible à leurs yeux.
Le Bureau National doit redevenir la véritable instance exécutive du Parti. Chaque mardi,
ses membres se réunissent au siège national. Malheureusement, ces séances relèvent parfois de la succession de monologues et pas de l’échange d’idées ou de points de vue. Il doit être le lieu du débat de la prise de position claire du parti vis-à-vis de lui-même et de l’opinion.
Le Conseil National doit retrouver la place centrale de Parlement du Parti. Réuni trop
rarement, son déroulement est souvent factice… Résultat : les sujets sont traités superficiellement. Pour nous, le Conseil National doit se réunir au moins une fois chaque trimestre, ses débats être préparés en amont dans des commissions permanentes sous la responsabilité d’un secrétaire national, ses délibérations se traduire par des votes.
Le Comité Economique et Social doit être réactivé. Notre Parti n’est plus assez en phase avec le mouvement social. Le Comité Economique et Social, créé il y a un peu plus de dix ans, n’a jamais occupé la juste place qui doit lui revenir. Ses avis sont rarement sollicités et, quand c’est le cas, ses préconisations trop peu suivies d’effets. C’est pourquoi nous proposons que ses membres soient associés à la préparation du Bureau National et du Conseil National. De même, il serait utile d’auditionner régulièrement des personnalités de la société civile (responsables syndicaux, dirigeants associatifs, experts) afin d’éclairer et stimuler la réflexion collective.
La Fédération Nationale des Elus (FNESR) doit devenir un acteur majeur de notre vie
collective. Le PS n’est pas la SFIO : seule une coordination nationale de nos élus locaux peut nous rendre forts face à la pseudo-décentralisation Sarkozy-Fillon ! Améliorons ce qui existe déjà au lieu de bâtir de nouvelles usines à gaz. Développons et modernisons la FNESR qui fait vivre, à l’échelon national et départemental, notre réseau d’élus socialistes ouvert à des centaines d’élus républicains.
Des primaires dignes de ce nom pour mettre le Parti en position de force face à la droite
en 2012. Le débat collectif, ce sera aussi, le moment venu, la désignation de notre candidat(e) à l’élection présidentielle. Réglons cette question avec sagesse et souci de l’intérêt général. Notre réflexion sur la question des primaires par d’un double constat : personne n’est satisfait de la façon dont elles se sont déroulées lors de la dernière présidentielle ; elles n’ont pas permis d’enclencher une 35 dynamique de rassemblement et de mobilisation de la gauche autour de notre candidate. La désignation de celui ou de celle qui nous représentera ne doit pas être le dernier acte d’une guérilla entre prétendants socialistes, mais le premier acte de la campagne contre nos adversaires de droite.
C’est pourquoi nous organiserons de vraies primaires, si possible ouvertes. Elles auront
lieu au printemps 2011, un an avant le grand rendez-vous avec les Français. Elles seront rythmées par d’authentiques débats contradictoires approfondis dans plusieurs grandes villes de France. Elles seront médiatisées afin que les adhérents, les sympathisants et les électeurs puissent se passionner pour le débat démocratique en notre sein. Aujourd’hui, ce sont les militants qui décident. Nous travaillerons à ouvrir plus largement la décision à ceux (sympathisants, citoyens…) qui se reconnaissent dans le socialisme, et au-delà autant que le dialogue avec nos partenaires le permettra, afin de donner plus de force à notre candidat. Les principes et modalités seront arrêtés par le Conseil National.
3) Un parti ouvert sur la société et sur la scène internationale
Nous souhaitons un Parti socialiste divers et ouvert
Veillons à mieux représenter la société si nous voulons réellement la transformer. Nous voulons garantir la parité, la diversité sociale et culturelle, le renouvellement générationnel dans toutes nos instances. Investissons aussi dans la formation des cadres et des militants : ne pensons pas que le Parti socialiste est à l’abri de la dépolitisation ambiante ! De même, parce que nous sommes en démocratie médiatique, développons nos moyens de communication (pourquoi ne pas créer notre propre chaîne de télévision, « PS-TV », sur le Net voire sur la TNT ?) et menons, une fois par an, une grande campagne nationale pour faire adhérer sur des bases politiques.
Ouvrons les portes et les fenêtres à d’autres formes de militantisme. Des centaines de
milliers de femmes et d’hommes ont envie de s’engager à gauche, mais ne souhaitent pas, dans un premier temps, adhérer au Parti socialiste. Devons-nous, pour autant, ne pas leur parler ? Bien sûr que non ! Dotons-nous d’une multitude d’organismes associés permettant à ces citoyens de nous rejoindre pour défendre des causes communes telles que le combat contre la pauvreté, pour l’économie sociale, les services publics. Dans le même sens, le Parti socialiste doit se doter d’un secteur « Entreprises » à la hauteur des défis industriels, sociaux, environnementaux de la mondialisation.
Nous voulons que le Parti socialiste redevienne un Parti influent sur la scène européenne et internationale
Nous devons prendre une dimension pleinement globale et nos dirigeants s’habituer à être aussi souvent à Bruxelles, Pékin, Sao-Paulo au Dakar que rue de Solférino. Réinstallons notre Parti au cœur du Parti Socialiste Européen et de l’Internationale Socialiste. Investissons les instances multilatérales de la gauche européenne et mondiale avec la volonté de faire entendre notre point de vue de socialistes français et républicains, qu’il s’agisse du libre-échange, de la financiarisation de l’économie, du besoin vital d’une économie non marchande, de l’indispensable harmonisation fiscale et sociale en Europe. En un mot, réaffirmons haut et fort que le socialisme est un internationalisme !
4) Des alliances claires et une opposition résolue à la droite

Nous voulons des alliances claires et nous réaffirmons notre attachement au rassemblement de la gauche.
Ces derniers temps, la confusion a régné sur le plan stratégique. Notre Congrès doit mettre fin à la ligne politique en zigzag illustrée, notamment, entre les deux tours de la dernière élection présidentielle. Posons la vraie question : le PS confirme-t-il son adhésion au rassemblement de la gauche ou lui préfère-t-il une autre perspective, celle des alliances avec le centre et le centre droit ?

Avec nous, c’est clair : il n’y aura pas de renversement d’alliances avec le centre. Aux élections municipales et cantonales de 2008, notre parti avait fixé, lors du Bureau National du 15 janvier 2008, une ligne claire vis-à-vis du MODEM. Un éventuel accord local était soumis à trois conditions. 1) D’abord rassembler la gauche. 2) Ensuite que le projet de la gauche soit approuvé par le MODEM 3) Enfin, que le MODEM condamne sans réserve la politique menée par Nicolas SARKOZY. C’est en application de cette décision collective nationale que des accords avec le MODEM ont été conclus dans plusieurs villes françaises. La situation nationale est bien différente. François Bayrou, certes s’oppose à Nicolas SARKOZY, mais refuse d’adhérer au projet des socialistes et de la gauche. A lui de sortir de l’ambiguïté. Or aujourd’hui, son projet est flou quand il n’est pas contraire à ce à quoi nous croyons : n’a-t-il pas combattu les 35 heures, été favorable à l’allongement de l’âge du départ à la retraite ou encore à la réduction du périmètre de l’Etat ? Et jugeons aussi aux actes : entre les deux tours de la présidentielle, le candidat Bayrou n’a pas appelé à voter pour la gauche contre Sarkozy.
Pour nous c’est clair, le rassemblement de la gauche est prioritaire. Il n’exclut pas que le PS agisse avec d’autres démocrates. Nous savons que la situation de la gauche est profondément différente du moment d’Epinay, quand deux grands partis – les communistes et nous – structuraient pour l’essentiel l’électorat de gauche. Il existe des millions de femmes et d’hommes qui refusent la politique de N. Sarkozy et qui attendent un projet différent pour la France et pour l’Europe. A nous de les convaincre que c’est par le vote socialiste que le changement est possible.
Face à Sarkozy, la gauche doit se mettre en capacité de s’unir : c’est le devoir du Parti
socialiste d’y parvenir. N. Sarkozy restera dans l’histoire comme le leader qui a réussit l’union des droites dans les urnes, des libéraux aux lepénistes. Pour battre ce bloc des droites, la gauche doit lutter contre sa propre fragmentation. Force principale de la gauche, notre Parti a autant besoin de ses partenaires que ceux-ci ont besoin de lui. Mettons en place une véritable coordination nationale entre le PS, le PCF, les Verts, le MRC et les Radicaux de gauche, pour combattre ensemble (et non côte à côte) la politique de la droite au Parlement. Imaginons des campagnes communes en direction des Français. Cette coordination préfigurera peut-être les bases d’un « Parti de la Gauche » suffisamment fort pour battre Sarkozy et assez divers pour permettre le respect de l’identité de chacune des composantes. Loin d’un simple accord d’appareils (ou de morceaux d’appareils), c’est bien une mutation qu’il nous faut accomplir.
Encore faut-il un grand Parti socialiste ! Pour que la gauche soit forte, il faut un Parti socialiste fort – ce qui ne veut pas dire dominateur. Fixons-nous l’objectif d’atteindre la masse critique indispensable à une dynamique victorieuse. A l’instar des principales formations socialistes et social- démocrates en Europe, nous devons réunir 30 % à 35 % de l’électorat dès le premier tour des élections.
A l’extrême gauche, nous disons : protester, c’est bien ; protester et agir, c’est mieux. La
LCR rebaptisée « parti anti-capitaliste » peut être un aiguillon pour la gauche, non une solution. En refusant de participer à l’élaboration d’un programme de gouvernement alternatif à la droite, en préférant « la lutte révolutionnaire » à la démocratie parlementaire, certains dirigeants et appareils à l’extrême gauche ,n’aident pas la gauche. Les critiques contre la gauche qui veut gouverner sont d’autant plus injustifiées qu’élus et militants socialistes sont présents et actifs ! Aux côtés des formations de toute la gauche, des syndicalistes, des associatifs, nous avons combattu le CPE, nous défendons le service public postal, nous agissons aux côtés des salariés menacés par les délocalisations. Il est logique qu’aux dernières élections municipales, des représentants de l’extrême gauche, soucieux d’agir pour nos concitoyens, aient intégré des listes conduites par le PS.
Nous voulons une opposition résolue et responsable à la droite
Depuis que N. Sarkozy a été élu, le Parti socialiste peine à se faire entendre. Qui n’a pas
rencontré sur un marché des concitoyens nous apostropher : « Vous, les socialistes, on ne vous entend 37 pas! ». Pour nos militants et nos cadres fédéraux, pour nos élus locaux et nos parlementaires, cette interpellation résonne comme une injustice. Sur le terrain, par des tracts, des campagnes d’affichage, des interventions dans la presse locale, la participation à des luttes sociales, nous montons individuellement et collectivement au front contre la droite Sarkozy-Fillon. Comment se fait-il, dès lors, que nos actions et nos propositions restent souvent sans écho ?
Notre stratégie d’opposition au pouvoir actuel est inadaptée. Bien sûr, toute défaite présidentielle est suivie d’une période de disgrâce dans l’opinion – c’est aux dirigeants du Parti de la rendre la plus brève possible... Evidemment, la polyphonie qui émane du sommet du Parti est profondément contreproductive. Mais la vraie raison de notre faiblesse est ailleurs. Nous n’avons pas suffisamment convaincu une majorité de Français qu’en lieu et place de l’UMP, elle mènerait une politique profondément différente dans ses résultats. Trop souvent nous nous sommes focalisés sur « style de gouvernance », « le discours de la méthode » ou le « rythme des réformes ». Si nous voulons que notre parole porte, c’est le contenu de la politique menée qu’il faut dénoncer : politique économique, sociale, fiscale, éducative, culturelle, écologique, européenne, africaine, et même stratégique et militaire en Afghanistan. Après le Congrès, l’opposition socialiste doit devenir réellement forte et efficace.
CONCLUSION
Le Congrès de Reims doit représenter un nouvel espoir pour les français. Espoir qu’un mouvement est lancé qui permettra à la gauche française de penser et de proposer un nouveau modèle de société.
Soyons aussi enthousiastes pour inventer ce projet de demain : retrouver les chemins d’une croissance forte et durable ; réinventer des règles qui encadrent et qui protègent car nous savons que les crises énergétiques, écologiques, sociales, alimentaires et financières ont aujourd’hui pour cause en commune la dérégulation ; redonner sa chance à chacun ; construire un monde plus juste et moins dur, en France comme dans le monde grâce à une Europe forte et sociale. Pour réussir cela, le travail est immense. Il nous faut réconcilier les aspirations individuelles et les protections collectives, réinventer les réponses d’aujourd’hui à partir de nos valeurs de toujours. L’heure n’est pas aujourd’hui à s’interroger sur celui ou celle qui mènera la bataille de la prochaine élection présidentielle. L’heure est venue de s’interroger sur ce que nous sommes et sur ce que nous voulons proposer aux Français. Laissons le « je » au vestiaire et soyons prêts à rentrer sur le terrain des idées et des actions avec le « nous » !
Nous avons besoin d’un Parti Socialiste qui sorte fortifié de notre Congrès, uni dans la bataille des idées et porteur d’un projet fort. Nous avons besoin d’un Parti Socialiste qui rassemble toutes les formidables énergies qui le composent au service d’une seule et même ambition : une société plus juste. Nous avons besoin d’un Parti Socialiste qui retrouve l’envie du travail collectif, l’envie des idées partagées.
Nous avons besoin d’un Parti Socialiste dont le Premier Secrétaire aura pour mission d’animer un collectif rassemblé autour d’un seul et même objectif : porter nos idées de justice sociale et de progrès et proposer à nos concitoyens un projet pour l’avenir. Nous voulons rassembler autour d’un socialisme fier de ses valeurs, et rénové au diapason de ce monde qui bouge sans cesse autour de nous. Nous voulons retrouver la gauche collective, créative, solidaire et joyeuse. Retrouvons cette joie d’être de gauche, d’être à gauche.

Nos valeurs constituent la véritable identité de notre pays. La France n’a jamais été aussi forte dans son histoire et les Français jamais aussi heureux que lorsqu’ils ont été unis par la fraternité et ont porté haut les Droits de l’Homme ici et ailleurs.
Redonnons-leur cette envie. Travaillons à partir de nos motions, échangeons, inventons.
Emparons-nous du débat d’idées, laissons de côté le choc de personnalités. Les Français nous regardent. Ils attendent de nous une autre perspective. Ils veulent que nous soyons à la hauteur. Alors, soyons-le !

C-Hamon “Un monde d’avance” Regardons les choses en face.

Le monde change, le vent souffle et il peut nous porter loin. Mais, pour cela, nous devons enfin reprendre l’initiative et ne plus subir. Ne plus subir la droite, son discours et son agenda. Ne plus subir l’air du temps, la dictature de l’opinion et des médias. Ne plus subir les évolutions imposées par nos adversaires comme une fatalité insurmontable. Ne plus subir le temps comme un agent érosif de nos valeurs.
Le vent souffle. Il nous portera loin si nous orientons les voiles dans le bon sens…
Le néo-libéralisme sombre. Le monde est confronté à quatre crises majeures – crise financière, énergétique, alimentaire et environnementale - dont la simultanéité met en évidence les dangers et les limites de ce qu’il est convenu d’appeler la « mondialisation libérale ». En moins d’une semaine, le capitalisme financier, arrimé sur la dérégulation, la privatisation à outrance, le tout marché et le libre-échange sans limites, a vu voler en éclat la suprématie que lui conférait son caractère prétendument « indépassable » ou « incontournable ».
Seul le recours massif à l’action publique et aux contribuables a permis de mettre un terme provisoire au chaos créé par la spéculation et la subordination de l’intérêt général aux intérêts particuliers. La véritable hiérarchie entre l’économie et la politique a ainsi pu être rétablie. Si l’on ne change pas radicalement de cap, les conséquences de ce chaos, aujourd’hui encore largement occultées, se feront durement sentir pour les plus faibles, dans les mois et les années à venir. La fameuse « économie de l’intelligence », si chère aux tenants de la suprématie du tout-marché, vient se noyer dans la fameuse :« privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes ». Il en va de même en matière alimentaire, énergétique et environnementale. Si de solides régulations ne sont pas mises en place, par l’action publique concertée portant l’intérêt général, cette tendance désastreuse ne pourra que se renforcer.
Le vieux est mort et le neuf hésite à naître.
Le monde qui disparaît engloutit bien des certitudes. Mais ce constat doit-il nous nous réjouir ou nous inquiéter ? Nous réjouir dès lors que le néo-libéralisme et son cortège d’inégalités, de violences et d’injustice agonisent.
Nous inquiéter aussi devant la montée des nationalismes, l’incitation au « choc des civilisations », la radicalisation religieuse et la multiplication des régimes autoritaires. Nous inquiéter devant le caractère irréversible de nombreuses blessures infligées à l’environnement. Nous inquiéter enfin, devant la surdité de certaines autorités politiques ou financières confrontées à l’ampleur d’une crise qu’elles n’ont su ni anticiper, ni comprendre, ni résoudre.
Face à cette métamorphose, la France, livrée au pouvoir d’un seul homme, ne va pas mieux que ses voisins. Elle va même beaucoup plus mal.
A la crise sévère de nos finances publiques, s’ajoutent le retour de l’inflation et la chute brutale de la croissance qui nous placent en situation de récession. C’est la pire des situations : « la stagflation », que l’on croyait ne jamais revoir. La faiblesse de l’investissement public et privé - scandaleusement attribuée par la droite aux 35 heures ou au code du travail - est la véritable cause de notre perte de compétitivité : elle débouche sur un déficit record de notre balance commerciale. De délocalisation en plans sociaux - c’est désormais le tour des secteurs automobile et aéronautique - la désindustrialisation croissante de notre pays constitue une lourde menace pour notre niveau de vie et l’avenir de notre recherche que l’on s’obstine à délaisser. Le taux de chômage réel remonte, malgré un camouflage statistique très politique. De surcroît, la dégradation de la qualité des emplois et des conditions de travail, pèsent très fortement sur nos concitoyens. Plus des deux tiers des emplois créés au cours des dernières années sont des emplois intérimaires ou des temps partiels subis et mal payés. C’est ce qui explique l’apparition de travailleurs pauvres, que l’on s’apprête à cantonner dans le RSA aux côtés des Rmistes. D’une manière générale le pouvoir d’achat des salariés et des retraités recule : traduction implacable de la captation de plus de 10 points de valeur ajoutée par le capital au détriment des salaires, résultant de l’essor sans précédent du capitalisme financier. Pour la droite, la « valeur travail » est bien évidemment sans rapport avec sa rémunération. A cette tendance de fond s’est superposé un recul des politiques de redistribution, fiscales et sociales, qui se traduit aujourd’hui par une remontée vertigineuse des inégalités. Les écarts de salaires et de revenus ne défient plus seulement la justice sociale : ils attentent au bon sens. Voilà ce qui, si les mots avaient encore un sens, devrait être la première préoccupation des socialistes.
Le contexte international n’est pas étranger à la détérioration de la situation.
Mais, en France, la droite en porte la responsabilité principale. Ses choix fiscaux, comme les 14 Milliards d’euros en faveur des plus riches dès le début de législature, ont aggravé l’état de nos finances publiques. Ils privent, de surcroît, notre pays de toute marge de manœuvre budgétaire pour éviter la récession, sans avoir la moindre conséquence positive sur l’investissement privé.
Suppression de l’impôt sur la fortune, bouclier fiscal, niches fiscales dont le coût est supérieur au double du déficit budgétaire, démantèlement des 35 heures et du code du travail… sont la marque d’une politique conservatrice, affichée au mépris de la plus élémentaire justice sociale. Simultanément, la protection sociale recule, qu’il s’agisse des retraites ou de la santé, au profit d’un secteur privé, dont la débâcle nord-américaine augure mal de la pérennité. Gageons que dans les mois à venir, nous entendrons moins parler des fonds de pensions qui séduisaient tant, parfois, hélas, jusque dans nos rangs. Le déficit de notre régime de santé - bien que préoccupant, mais lié, en réalité, au niveau de l’emploi et au périmètre de l’assiette de perception des cotisations- va s’avérer être peu de chose, comparé à la contribution du trésor américain au sauvetage, en catastrophe, des compagnies d’assurances privées.
La prétendue « rupture » prônée par Nicolas Sarkozy, se résume en réalité à un alignement sur le néo-conservatisme américain, au moment où celui-ci échoue. Elle ne se cantonne pas au domaine économique et social. Elle ne se contente pas de l’appauvrissement des catégories populaires de plus en plus fragilisées et du harcèlement fiscal et tarifaire des classes moyennes, elle s’étend aussi à l’ensemble de l’action publique. De la politique étrangère qui faisait jusque ici l’objet d’un consensus relatif entre gauche et droite, en passant par la personnalisation grotesque du pouvoir, les atteintes aux libertés publiques en matière politique et pénale, le démantèlement organisé des services publics. La remise en cause frontale de la laïcité traduit bien la volonté de rompre avec notre modèle républicain.
En fait de rupture, le gouvernement nous fait entrer dans une période réactionnaire, au sens étymologique du terme, telle qu’en a connu périodiquement la France. Seules, l’hypermédiatisation, parfois étrangement servile, de l’agitation présidentielle, et la faiblesse insigne d’une opposition politiquement indéterminée, parviennent encore à brouiller cette réalité.
Car il faut se rendre à l’évidence : l’opposition, c’est à dire pour l’essentiel notre parti, porte sa part de responsabilité dans ce scénario médiocre. Alors que nous n’avons jamais disposé d’autant d’atouts (trois groupes parlementaires puissants, la majorité des départements, des régions et des municipalités, grandes et moyennes), notre parti n’a pas la faveur des Françaises et des Français qui jugent son action timorée, brouillonne et son projet inexistant ou illisible. Alors même que le contexte politique, aussi bien national qu’international, nous est favorable, nous nous trouvons, le plus souvent, incapables de répondre aux attentes de nos électeurs.
Contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire, ces carences ne peuvent en aucun cas s’expliquer par des raisons purement « socialo-socialistes ». Ni l’absence de leader avéré, ni notre diversité interne, ne nous permettent de comprendre cette situation. Le mal est plus profond. La social-démocratie européenne a subi 13 défaites sur les 15 derniers scrutins. Est-ce, dans chacun de ces treize partis, faute de leaders ou de discipline ? Ou bien est-ce le résultat de l’acceptation, par la social-démocratie, des principes néolibéraux, des valeurs de nos adversaires ? Reconnaissons-le, cette seconde hypothèse paraît tout de même plus vraisemblable !
Nous avons bien perdu, dans les dernières décennies, la bataille culturelle, c’est à dire la bataille politique au niveau le plus élevé et le plus profond. Il est temps, plus que temps, d’inverser la tendance. L’avenir du PS ne peut être le passé de la social-démocratie européenne.
Nous n’avons pas gagné d’élection présidentielle depuis 20 ans, ni d’élections législatives depuis 11 ans. Et rien n’indique que nous serions en mesure de l’emporter aujourd’hui, malgré les cafouillages et les échecs de la droite au pouvoir. Imputer cette position de faiblesse à la qualité des équipes ou à l’état du navire est un peu court : comme nous l’a appris Sénèque, « il n’y a pas de bons vents pour le marin qui ne sait pas où il va ».
Le cap, la ligne, le projet : peu importent les mots choisis. Ce qui est essentiel pour un parti politique, ce qui entraîne l’adhésion ou motive la critique, c’est son orientation politique : les valeurs qu’il défend et les moyens qu’il préconise pour les mettre en œuvre. La société qu’il dessine, l’horizon qu’il propose.
Le PS n’est pas à court d’idées. Ses valeurs sont, plus que jamais, d’actualité. Son patrimoine historique ou la relation privilégiée qu’il devrait entretenir avec le progrès, lui fournissent la matière pour bâtir un véritable projet alternatif à celui des conservateurs. Mais notre visibilité est brouillée par les concessions incessantes à une pensée qui n’est pas la nôtre.
Nous avons gagné les élections chaque fois que nous avons eu un temps d’avance. Un temps d’avance sur l’adversaire, un temps d’avance dans la compréhension du monde, un temps d’avance sur les métamorphoses de la société.
Aujourd’hui nous devons avoir un monde d’avance. Là où la droite contemple les ruines d’un modèle de développement fondé sur le laisser-faire généralisé, la gauche est seule légitime pour lever une nouvelle espérance. A nous de reconstruire l’espoir à gauche.



Regardons les choses en face.
Le monde change, le vent souffle et il peut nous porter loin. Mais, pour cela, nous
devons enfin reprendre l'initiative et ne plus subir. Ne plus subir la droite, son discours
et son agenda. Ne plus subir l'air du temps, la dictature de l'opinion et des médias. Ne
plus subir les évolutions imposées par nos adversaires comme une fatalité
insurmontable. Ne plus subir le temps comme un agent érosif de nos valeurs.
Le vent souffle. Il nous portera loin si nous orientons les voiles dans le bon sens.
Le néo-libéralisme sombre. Le monde est confronté à quatre crises majeures – crise
financière, énergétique, alimentaire et environnementale - dont la simultanéité met en
évidence les dangers et les limites de ce qu'il est convenu d'appeler la « mondialisation
libérale ». En moins d'une semaine, le capitalisme financier, arrimé sur la dérégulation,
la privatisation à outrance, le tout marché et le libre-échange sans limites, a vu voler
en éclat la suprématie que lui conférait son caractère prétendument « indépassable »
ou « incontournable ».
Seul le recours massif à l'action publique et aux contribuables a permis de mettre un
terme provisoire au chaos créé par la spéculation et la subordination de l'intérêt
général aux intérêts particuliers. La véritable hiérarchie entre l'économie et la politique
a ainsi pu être rétablie. Si l'on ne change pas radicalement de cap, les conséquences de
ce chaos, aujourd'hui encore largement occultées, se feront durement sentir pour les
plus faibles, dans les mois et les années à venir. La fameuse « économie de
l'intelligence », si chère aux tenants de la suprématie du tout-marché, vient se noyer
dans la fameuse :« privatisation des bénéfices et nationalisation des pertes ». Il en va
de même en matière alimentaire, énergétique et environnementale. Si de solides
régulations ne sont pas mises en place, par l'action publique concertée portant l'intérêt
général, cette tendance désastreuse ne pourra que se renforcer.
Le vieux est mort et le neuf hésite à naître.
Le monde qui disparaît engloutit bien des certitudes.
Mais ce constat doit-il nous nous réjouir ou nous inquiéter ?
Nous réjouir dès lors que le néo-libéralisme et son cortège d'inégalités, de violences et
d'injustice agonisent.
Nous inquiéter aussi devant la montée des nationalismes, l’incitation au « choc des
civilisations », la radicalisation religieuse et la multiplication des régimes autoritaires.
Nous inquiéter devant le caractère irréversible de nombreuses blessures infligées à
l'environnement. Nous inquiéter enfin, devant la surdité de certaines autorités
politiques ou financières confrontées à l'ampleur d'une crise qu'elles n'ont su ni
anticiper, ni comprendre, ni résoudre.
Face à cette métamorphose, la France, livrée au pouvoir d'un seul homme, ne va pas
mieux que ses voisins. Elle va même beaucoup plus mal.
A la crise sévère de nos finances publiques, s'ajoutent le retour de l'inflation et la chute
brutale de la croissance qui nous placent en situation de récession. C'est la pire des
situations : « la stagflation », que l'on croyait ne jamais revoir. La faiblesse de
l'investissement public et privé - scandaleusement attribuée par la droite aux 35
heures ou au code du travail - est la véritable cause de notre perte de compétitivité :
elle débouche sur un déficit record de notre balance commerciale. De délocalisation en
plans sociaux - c'est désormais le tour des secteurs automobile et aéronautique - la
désindustrialisation croissante de notre pays constitue une lourde menace pour notre
niveau de vie et l'avenir de notre recherche que l'on s'obstine à délaisser. Le taux de
chômage réel remonte, malgré un camouflage statistique très politique. De surcroît, la
dégradation de la qualité des emplois et des conditions de travail, pèsent très
fortement sur nos concitoyens. Plus des deux tiers des emplois créés au cours des
dernières années sont des emplois intérimaires ou des temps partiels subis et mal
payés. C'est ce qui explique l'apparition de travailleurs pauvres, que l'on s'apprête à
cantonner dans le RSA aux côtés des Rmistes. D'une manière générale le pouvoir
d'achat des salariés et des retraités recule : traduction implacable de la captation de
plus de 10 points de valeur ajoutée par le capital au détriment des salaires, résultant
de l'essor sans précédent du capitalisme financier. Pour la droite, la « valeur travail »
est bien évidemment sans rapport avec sa rémunération. A cette tendance de fond
s'est superposé un recul des politiques de redistribution, fiscales et sociales, qui se
traduit aujourd'hui par une remontée vertigineuse des inégalités. Les écarts de salaires
et de revenus ne défient plus seulement la justice sociale : ils attentent au bon sens.
Voilà ce qui, si les mots avaient encore un sens, devrait être la première préoccupation
des socialistes.
Le contexte international n'est pas étranger à la détérioration de la situation.
Mais, en France, la droite en porte la responsabilité principale. Ses choix fiscaux,
comme les 14 Milliards d'euros en faveur des plus riches dès le début de législature,
ont aggravé l'état de nos finances publiques. Ils privent, de surcroît, notre pays de
toute marge de manœuvre budgétaire pour éviter la récession, sans avoir la moindre
conséquence positive sur l'investissement privé.
Suppression de l'impôt sur la fortune, bouclier fiscal, niches fiscales dont le coût est
supérieur au double du déficit budgétaire, démantèlement des 35 heures et du code
du travail… sont la marque d'une politique conservatrice, affichée au mépris de la plus
élémentaire justice sociale. Simultanément, la protection sociale recule, qu'il s'agisse
des retraites ou de la santé, au profit d'un secteur privé, dont la débâcle nord-
américaine augure mal de la pérennité. Gageons que dans les mois à venir, nous
entendrons moins parler des fonds de pensions qui séduisaient tant, parfois, hélas,
jusque dans nos rangs. Le déficit de notre régime de santé - bien que préoccupant,
mais lié, en réalité, au niveau de l'emploi et au périmètre de l'assiette de perception
des cotisations- va s'avérer être peu de chose, comparé à la contribution du trésor
américain au sauvetage, en catastrophe, des compagnies d'assurances privées.
La prétendue « rupture» prônée par Nicolas Sarkozy, se résume en réalité à un
alignement sur le néo-conservatisme américain, au moment où celui-ci échoue. Elle ne
se cantonne pas au domaine économique et social. Elle ne se contente pas de
l'appauvrissement des catégories populaires de plus en plus fragilisées et du
harcèlement fiscal et tarifaire des classes moyennes, elle s'étend aussi à l'ensemble de
l'action publique. De la politique étrangère qui faisait jusque ici l’objet d'un consensus
relatif entre gauche et droite, en passant par la personnalisation grotesque du pouvoir,
les atteintes aux libertés publiques en matière politique et pénale, le démantèlement
organisé des services publics. La remise en cause frontale de la laïcité traduit bien la
volonté de rompre avec notre modèle républicain.
En fait de rupture, le gouvernement nous fait entrer dans une période réactionnaire,
au sens étymologique du terme, telle qu'en a connu périodiquement la France. Seules,
l'hypermédiatisation, parfois étrangement servile, de l'agitation présidentielle, et la
faiblesse insigne d'une opposition politiquement indéterminée, parviennent encore à
brouiller cette réalité.
Car il faut se rendre à l’évidence : l'opposition, c'est à dire pour l'essentiel notre parti,
porte sa part de responsabilité dans ce scénario médiocre. Alors que nous n'avons
jamais disposé d'autant d’atouts (trois groupes parlementaires puissants, la majorité
des départements, des régions et des municipalités, grandes et moyennes), notre parti
n'a pas la faveur des Françaises et des Français qui jugent son action timorée,
brouillonne et son projet inexistant ou illisible. Alors même que le contexte politique,
aussi bien national qu'international, nous est favorable, nous nous trouvons, le plus
souvent, incapables de répondre aux attentes de nos électeurs.
Contrairement à ce que l'on voudrait nous faire croire, ces carences ne peuvent en
aucun cas s'expliquer par des raisons purement « socialo-socialistes ». Ni l'absence de
leader avéré, ni notre diversité interne, ne nous permettent de comprendre cette
situation. Le mal est plus profond. La social-démocratie européenne a subi 13 défaites
sur les 15 derniers scrutins. Est-ce, dans chacun de ces treize partis, faute de leaders ou
de discipline ? Ou bien est-ce le résultat de l'acceptation, par la social-démocratie, des
principes néolibéraux, des valeurs de nos adversaires ? Reconnaissons-le, cette
seconde hypothèse paraît tout de même plus vraisemblable !
Nous avons bien perdu, dans les dernières décennies, la bataille culturelle, c'est à dire
la bataille politique au niveau le plus élevé et le plus profond. Il est temps, plus que
temps, d'inverser la tendance.
L’avenir du PS ne peut être le passé de la social-démocratie européenne.
Nous n'avons pas gagné d'élection présidentielle depuis 20 ans, ni d'élections
législatives depuis 11 ans. Et rien n'indique que nous serions en mesure de l'emporter
aujourd'hui, malgré les cafouillages et les échecs de la droite au pouvoir. Imputer cette
position de faiblesse à la qualité des équipes ou à l'état du navire est un peu court :
comme nous l'a appris Sénèque, « il n'y a pas de bons vents pour le marin qui ne sait
pas où il va ».
Le cap, la ligne, le projet : peu importent les mots choisis. Ce qui est essentiel pour un
parti politique, ce qui entraîne l'adhésion ou motive la critique, c'est son orientation
politique : les valeurs qu'il défend et les moyens qu'il préconise pour les mettre en
œuvre. La société qu'il dessine, l'horizon qu'il propose.
Le PS n'est pas à court d'idées. Ses valeurs sont, plus que jamais, d'actualité. Son
patrimoine historique ou la relation privilégiée qu'il devrait entretenir avec le progrès,
lui fournissent la matière pour bâtir un véritable projet alternatif à celui des
conservateurs. Mais notre visibilité est brouillée par les concessions incessantes à une
pensée qui n'est pas la nôtre.
Nous avons gagné les élections chaque fois que nous avons eu un temps d'avance. Un
temps d'avance sur l'adversaire, un temps d'avance dans la compréhension du monde,
un temps d'avance sur les métamorphoses de la société.
Aujourd'hui nous devons avoir un monde d'avance.
Là où la droite contemple les ruines d'un modèle de développement fondé sur le
laisser-faire généralisé, la gauche est seule légitime pour lever une nouvelle espérance.
A nous de reconstruire l’espoir à gauche.



I. S’OPPOSER

Nous avons un devoir de réussite.
Le congrès de Reims, ne doit pas être un congrès comme un autre où les socialistes se
parlent à eux-mêmes et oublient de parler aux Français.
Nos compatriotes souffrent, l'angoisse, la désespérance sociale sont fortes.
C'est d'abord à tous ceux qui subissent la politique mise en place par la droite que nous
devons nous adresser en leur ouvrant de nouvelles perspectives, en montrant que la
régression n'est pas une fatalité, en rendant l'espoir au pays.
Les attentes sont importantes et nous devons y répondre avec conviction, en affirmant
le projet d'une gauche décomplexée qui s'oppose résolument à l'arrogance de la
droite.
Pour cela il faut rompre avec nos mauvaises habitudes.
Réapprendre la fierté de porter une politique de progrès social et des libertés, ne pas
avoir peur d'affronter les privilèges, de proposer des mesures qui inversent la tendance
profondément inégalitaire sur laquelle nous sommes engagés et que le gouvernement
actuel renforce considérablement.
S'opposer aussi. S'opposer d'abord. S'opposer sans donner le sentiment – comme nous
le faisons trop souvent – d'avoir toujours besoin de nous justifier de notre rejet radical
de la politique impulsée par la majorité actuelle.
Un an après son élection très – beaucoup trop - confortable à la présidence de la
République, le divorce entre le pays et Nicolas Sarkozy saute aux yeux.
Ce divorce est dû en partie à un style de gouvernement. Mais il est surtout le produit
d'une politique qui est à la fois réactionnaire et anachronique.
Réactionnaire. Le mot n'est pas convenu. Il ne s'agit pas d'une formule attendue, une
ritournelle de congrès, un jugement facile permettant de caractériser, quelque soit la
période, les politiques de droite.
Non, la politique impulsée par le président de la République est bien réactionnaire au
sens propre. Il s'agit d'orientations qui imposent à notre pays une régression de plus
d'un demi-siècle. Régression sociale, régression des libertés, régression de la place de
la France dans le monde. Régression généralisée qui a l'audace d'appeler « modernité
» ce qui n'est qu'un vaste retour en arrière.
En un an, la liste est déjà longue :
• Le paquet fiscal, première mesure « phare » prise au lendemain de l'élection
présidentielle, qui offre 15 milliards d'euros aux plus riches, affaiblit la
capacité d'intervention de la puissance publique et se révèle – qui pourrait en
être surpris ? - inefficace sur le plan de l’investissement budgétaire.
• La baisse du pouvoir d'achat des plus démunis qui, dans les faits, doivent
travailler plus tout en voyant leur pouvoir d'achat se restreindre.
• La mise à mort des 35 heures, actée à coups « d’assouplissements » successifs
qui ont été autant de dégradations des conditions de travail des salariés, dont
l’élément le plus flagrant est la comptabilité du travail en jours pour des
personnels non cadres pourtant soumis à des directives précises.
• Le financement du RSA, présenté hypocritement comme une concession à la
gauche et qui revient à taxer les épargnants des classes moyennes et
populaires tout en protégeant simultanément d’un bouclier fiscal les plus
favorisés et en accusant implicitement les chômeurs d'être responsables de
leur situation.
• La privatisation de la Poste qui parachève un processus de démantèlement
des services publics et aggravera considérablement les déséquilibres entre les
territoires.
• Le « Grenelle de l'environnement », après quelques effets d'annonces, s'avère
un abandon, par la puissance publique, de toute politique de lutte contre le
dérèglement climatique.
• La reprise de l'augmentation du nombre de chômeurs, malgré une
démographie favorable au moment où les classes d'âge du baby boom
commencent à partir à la retraite.
• L'appauvrissement des retraités qui, dans leur grande majorité, ne peuvent
toucher une pension à taux plein quand l'âge moyen de départ des salariés est
de 58 ans.
• Le démantèlement du Code du Travail, passé à l’acide des exigences du
MEDEF
• Le creusement des inégalités entre les territoires, notamment par la politique
de désengagement de la puissance publique et le transfert de compétences
sans compensations financières. Cela est particulièrement vrai en milieu rural,
mais aussi dans les banlieues totalement laissées en déshérence par un
gouvernement qui a eu l'audace de proposer, à grand renfort de publicité
médiatique, un plan Marshall pour les quartiers sans accorder aucun moyen
financier : tant pis pour la rigueur de la référence historique.
• Les régressions imposées au système éducatif, à grands coups de restrictions
budgétaires aboutissant à la surcharge des classes, à l'abandon de toute
pédagogie innovante, à la disparition de postes d'enseignants comme des
autres adultes encadrants, à la réduction du temps scolaires par la
suppression du samedi dans le primaire et d'une années d'étude dans la
préparation du baccalauréat professionnel. Dans le même temps, les attaques
contre les personnels enseignants se multiplient : remise en cause du droit de
grève par le service minimum d'accueil, insultes grossières à l'encontre des
maîtres des écoles maternelles.
• Enfin, les valeurs républicaines qui devraient être un ciment démocratique
commun aux différentes formations politiques sont aussi mises à mal.
o Les libertés sont menacées par les réformes pénales ou encore celles
relatives à l’immigration ou à la constitution de fichiers.
o L’égalité est entamée et ce dès le plus jeune âge dès lors que
l’éducation est progressivement démantelée, au détriment de la
mixité sociale.
o La fraternité est bousculée par un climat de violence sociale et par les
dérives communautaristes.
o La laïcité, si outrageusement remise en cause par l’immersion
croissante de la religion dans les propos du chef de l’Etat comme il le
signifia lui-même dans son discours du Latran.
o L’adoption du nouveau traité européen par voie parlementaire et non
référendaire est le signe d’une défiance profonde dans le peuple et d’un mépris démocratique par rapport au vote passé.
o La réforme des institutions au plan national a consacré la
présidentialisation de notre système politique.
o La place de la France dans le monde est remise en cause par un
alignement atlantiste qui aboutit à la volonté de la réintégration de la
France dans le commandement intégré de l'OTAN et au
renforcement des effectifs français en Afghanistan : en redéfinissant,
au passage, la mission originelle de nos troupes dans ce pays, dans le
seul but de satisfaire aux exigences étasuniennes.
o Et que dire de ces insultes lancées, dans le pire style colonial, au
continent africain par le chef de l'Etat dans son tristement célèbre
discours de Dakar où il osé affirmer que «le drame de l’Afrique, (est)
que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire».
De surcroît cette politique ne se contente pas d'être réactionnaire, elle est aussi
profondément anachronique. Le projet de Nicolas Sarkozy est bien d'imposer à la
France le modèle dépassé que les conservateurs ont élaboré dans les années 1980 et
qui combine une politique économique ultra-libérale avec une restriction des libertés
publiques.
Un modèle qui, d'un côté, veut consacrer la victoire du capitalisme anglo-saxon, un
capitalisme d’actionnaires à l’horizon borné par les chiffres de son prochain bilan
annuel et qui modifie fondamentalement les rapports entre le travail et le capital au
profit exclusif de ce dernier. La substitution du capitalisme patrimonial ou de
management par ce capitalisme actionnarial ne modifie en aucun cas les objectifs
fondamentaux du capitalisme – l’accumulation – mais elle permet d’en décupler les
moyens au profit des seuls actionnaires. Contentons-nous de rappeler ici que la part de
la valeur ajoutée consacrée à la rémunération du travail est passée de 70% au début
des années 1980 à moins de 60% aujourd’hui et que la part des salaires dans le PIB a
diminué de 11points en 20 ans.


Source INSEE / OFCE

Dans le même temps, l’isolement des individus face aux règles implacables du marché a pour conséquence une « atomisation » dela société. Dans cette situation les citoyens
se tournent vers la collectivité pour solliciter sa protection. Alors que les socialistes
sont trop souvent atones pour répondre aux préoccupations sociales, les
conservateurs, pourtant responsables de l’effacement de l’Etat, ont su inventer un
discours qui se fait partiellement l’écho de cette attente. Puisqu’il ne faut surtout pas
protéger le salarié dans l’entreprise, on parle de sa sécurité à l’extérieur de son lieu de
travail. Il n'est alors plus question que de politiques sécuritaires, de contrôles accrus
sur les citoyens, d'attaques contre les immigrés, pour essayer de rassurer des
populations que l’on a isolées.
Ces orientations se sont, peu ou prou, imposées dans l'ensemble des pays, sans,
notons-le, que la gauche ait su construire un vrai discours alternatif capable de
mobiliser les citoyens.
Pourtant, le paradoxe est bien que l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la
République est intervenue au moment même où cette vague conservatrice vient
s'échouer sur les rives du monde réel.
C'est bel et bien un système qui en train de faire la preuve de sa faillite que la majorité
actuelle incarne aujourd'hui.
La convergence et la coïncidence de quatre crises mondiales majeures bouleversent les
principes sur lesquels les sociétés occidentales fondaient leur prospérité et leur
développement. Le modèle économique libéral montre des limites sérieuses quant à sa
capacité à répondre à la réalité sociale et aux nécessités de développement au niveau
mondial.
• La crise financière actuelle – des subprimes à AIG en passant par la banque
Lehman - montre l'impasse dans laquelle le libre-échange sans frein, les
déréglementations généralisées, enferment nos économies en les faisant
entrer dans une période de récession. Le constat est largement partagé, y
compris dans les rangs de ceux qui ont impulsé ces politiques. Le président de
la commission des services financiers du congrès américain estimait ainsi
récemment que « nous traversons une crise mondiale en raison des
déréglementations excessives », tandis que le président de la Réservé
fédérale affirmait la nécessité d'un « cadre plus solide pour la surveillance des
règles prudentielles des banques d'investissement et des autres grands
négociants de titres ».
• La crise écologique prouve de la manière la plus éclatante – mais aussi la plus
inquiétante – les risques qu'un monde sans règles fait peser, non seulement
aux rapports sociaux, mais aussi à la préservation même de la planète.
• Les émeutes de la faim qui éclatent dans les pays du Sud permettent de
prendre la mesure d'une crise alimentaire d'une gravité tout à fait
exceptionnelle. La mise en concurrence des productions alimentaires locales
avec celles, importées et subventionnées, des pays développés, ainsi que la
réorientation des productions vers les besoins de grands groupes industriels –
notamment pour la production d'énergie – en sont les causes essentielles.
• La crise énergétique actuelle rend inepte le désarmement de la puissance
publique dans un domaine qui engage de façon évidente notre avenir.
La politique menée par Nicolas Sarkozy repose ainsi, en grande partie, sur une volonté
d'appliquer de façon dogmatique un système qui est en pleine déroute. Au moment où
nous entrons dans le second âge de la globalisation, il ne fait que reprendre, en les
amplifiant, des vieilles recettes qui ont fait la preuve de leur inefficacité et de leur
nocivité.
Il y a bien une profonde dichotomie entre les orientations de la droite et les besoins du
pays.
C'est pour cela que nous devons affirmer avec force un autre projet de société. Les
Socialistes doivent anticiper la société post-libérale et proposer un Etat régulateur et
innovateur comme réponse à l’urgence sociale, économique et écologique. Cette
proposition c’est à la gauche de la porter et de l’imposer dans le débat démocratique
alors que la droite démantèle la puissance publique.
Mais pour cela, il faut commencer par le commencement et dire clairement que le
vieux système libéral en bout de course est aux antipodes ne notre projet. Qu'il n'y a
rien dans ces orientations - qui constituent l'alpha et l'oméga de la politique du
gouvernement - qui puisse être considéré comme compatible avec nos convictions,
avec nos valeurs, avec la vision que nous devons porter pour la France et l'Europe du
XXIe siècle.
Nous opposer donc pour proposer un nouvel élan à la France. Nous opposer avec nos
partenaires de la gauche, en dialoguant avec les mouvements sociaux et les
mobilisations citoyennes. Comprendre que le temps d'une politique de gauche est
arrivé, qu'il est non seulement nécessaire pour réduire les inégalités mais aussi
indispensable pour sortir notre société des crises qu'elle traverse.
Or, ce devoir d'opposition, nous ne l'avons, jusqu'à présent, pas rempli comme nous
aurions dû le faire. Telle est tout du moins la conviction des signataires de cette
motion. Conviction partagée par une majorité de nos compatriotes : 52% des Français,
55% des électeurs de gauche, estiment actuellement que le Parti Socialiste s'impose
insuffisamment au gouvernement (source IFOP, août 2008).
Cette situation s'explique en partie par notre propension à concentrer notre attention
sur nos problèmes internes, nos chamailleries entre écuries présidentielles, le choc des
ego de certains de nos responsables.
Mais plus fondamentalement, nous devons chercher les raisons de ce déficit
d'opposition, dans notre trop grande acceptation du modèle dominant, nos difficultés
à résister à la pensée unique produite par les promoteurs d'un monde sans règles. Il
n'a jamais été aussi facile d'être de gauche mais pourtant Nicolas Sarkozy trouve
toujours un socialiste pour dire publiquement qu'i partage ses choix. Ainsi , sur
chaque sujet, un seul d'entre nous parvient à disqualifier le travail de tous. Le résultat
de ces hésitations est bien que, bien que, alors que la droite traverse les pires
difficultés, nous restons insuffisamment audibles, que nous n'apparaissons pas comme
porteur d'une véritable alternative à celui que Nicolas Sarkozy met en place : 67% des
français estiment que le Parti socialiste n'est pas porteur d'un projet pour la France.
C'est avec cela que le congrès de Reims doit rompre.
Il doit rendre au Parti Socialiste la voix d'une opposition résolue à une droite
réactionnaire, anachronique, libérale et atlantiste.
Il s'agit bien d'une condition nécessaire pour que nous portions un projet de société
qui soit en résonance avec les attentes de nos compatriotes.

II. PROPOSER
Pour que notre congrès réponde aux attentes qu’il suscite, notre premier devoir est
d’écarter un certain nombre de faux débats dans lesquels on souhaiterait nous
enfermer.
Premier faux débat. On voudrait nous faire croire que s’opposent, au Parti socialiste,
partisans et adversaires de l’économie de marché. Pas de collectivistes chez les
socialistes. Pour nous, la question n’est pas celle de l’acceptation ou non de l’existence
du marché, mais celle des réponses politiques proposées pour le réguler et redistribuer
les richesses. C’est pourquoi nous entendons laisser en dehors de la sphère marchande
un certain nombre d’activités correspondant à des droits fondamentaux. C’est
pourquoi nous n’avons pas renoncé à transformer les règles du système économique.
Deuxième faux débat. Les clivages opposeraient les « modernes » aux « archaïques ».
Comme si la modernité se résumait à la soumission docile aux modèles dominants
imposés par ceux qui en bénéficient et l’archaïsme s’incarnait dans l’espoir d’une
réduction des inégalités. La modernité ne peut pas être entendue comme l’acceptation
d’un libéralisme aujourd’hui dépassé. De même qualifier d’archaïque la fidélité aux
valeurs fondamentales du socialisme et la reconnaissance de l’histoire de la gaucheet
de ses luttes c’est l’idéologie dominante.
Troisième faux débat. Les socialistes se diviseraient entre « audacieux » - ceux qui
voudraient « lever les tabous » - et « timides » - ceux qui voudraient « occulter certains
problèmes ». Nous devons être en capacité d’aborder collectivement l’ensemble des
questions. Pour autant cela ne peut signifier qu’il y aurait un courage politique
particulier à parler le langage de la droite.
Quatrième faux débat. Les divergences qui existent entre nous opposeraient
«individu» et «collectif». Pour nous, c’est autour d’un projet collectif que s’articule le
combat pour les libertés individuelles qui ne peuvent jamais être déconnectées des
questions sociales, sans prendre le risque de les voir confisquées par quelques
privilégiés. Alors que les conservateurs veulent démanteler le droit du travail afin,
justement, de ramener les rapports sociaux à de simples relations individuelles, nous
devons combattre avec la même ténacité pour toutes les libertés et tous les droits,
qu’ils soient individuels ou collectifs.
Laisser derrière nous ces faux débats ouvre l’opportunité de renouveler ensemble
notre projet politique, en proposant aux français les voies d’une véritable alternative.
Cette alternative passe tout d'abord par une contribution de notre force politique à
des solutions globales, pour une réorientation à gauche des politiques menées : dans
les domaines économiques, de la construction européenne, de l’environnement ou de
la régulation des échanges mondiaux. Nous devons ensuite identifier les domaines
dans lesquels la puissance publique, nationale ou locale, dispose de marges de
manœuvre importantes et où son action est prioritaire pour définir une stratégie de
transformation sociale : l’éducation, la recherche, la politique salariale, la protection
sociale, l’aménagement du territoire et plus précisément l’action en faveur des
quartiers populaires et le logement. Enfin les terrains sur lesquels nous devons mener
une véritable bataille culturelle et idéologique contre la droite pour gagner à nouveau
les élections : la valeur travail, la justice et la sécurité, la culture, la laïcité, les enjeux
d’une société ouverte, la lutte contre les discriminations.
1. Sortir du Libre-échange généralisé.

Si le libre échange généralisé n’est pas à l’origine de la crise économique née dans les
années 70 il en a été le principal accélérateur. Sa capacité à limiter considérablement
les moyens d’action économiques a permis à cette crise de s’installer pour une durée
sans équivalent. L’enracinement dans le chômage de masse, par exemple, est pour une
part importante due à cette perte de marge de manœuvre économique et politique.
L’échec de ce modèle de développement est aujourd’hui patent. Nos territoires sont
minés par les délocalisations et l’absence de perspectives industrielles. Le théorème de
la concurrence « libre et non faussée » produit son cortège de déréglementations et
d’inégalités.
Le libre échange est devenu un dogme dangereux. En son nom, des centaines de
milliers d’emplois ont été détruits, des services publics démantelés, des garanties
sociales anéanties et des Etats mis en faillite. Il met en péril une nécessaire
transformation de l’appareil productif français et européen qui permettrait de prendre
en compte l’économie de la connaissance. Il est incompatible avec une préservation de
l’environnement et une prise en compte sérieuse du changement climatique, la
logique exclusive du profit étant sa seule motivation.
Le débat sur le libre-échange évolue. L’ambition de mieux protéger les populations et
de retrouver les instruments d’un développement juste est aujourd’hui de retour.
Au moment où partout dans le monde des pays ou des groupes régionaux cherchent
par tous les moyens à se défendre, il est dramatique de constater le jusqu’au-boutisme
libéral de l’Union européenne.
L’Europe ne protège pas sa population. Au sein de la social-démocratie européenne le
sujet reste tabou. C’est même le Commissaire travailliste au Commerce, Peter
Mandelson, qui vantait, encore récemment, les mérites du libre échange, en s’en
prenant aux orientations économiques et commerciales des candidats démocrates à la
Maison Blanche.
Il faut en passer par un rééquilibrage entre le marché et la puissance publique. A la fois
pour des raisons d’efficacité économique et d’égalité sociale. Aujourd’hui deux faits
sont indiscutables. D’abord, historiquement, la croissance mondiale a été plus forte
dans les périodes d’échanges équilibrés (1880-1914 puis 1945-1980) que dans les
périodes où le libre-échange a dominé. Il faut signaler que ces périodes ont toujours
correspondu à celles où les progrès sociaux ont été les plus importants. Le second fait
est qu’un calcul honnête des différentes mesures impulsées par l’OMC ne montre
aucun gain du libre-échange. En réalité, profitent des déréglementation organisée par
l'OMC les pays qui conservent de fortes barrières protectrices explicites ou implicites.
Ceux qui « jouent le jeu » sont les grands perdants notamment dans le Tiers-monde.
Car il est faux d’affirmer que la mondialisation profite aux plus pauvres, bien au
contraire. L’essentiel des gains du libre-échange se concentre sur quelques pays. Ses
coûts, en revanche, sont considérables. L’Afrique en est la première victime ainsi
qu’une partie de l’Amérique Latine et certains pays d’Asie.
Enfin est-il sérieux de continuer à faire vivre l’idée que la division internationale du
travail partagerait le monde entre ceux qui sont entrés dans l’économie de «
l’intelligence » et ceux qui se borneraient à être des pays atelier, entre ceux qui «
pensent » et ceux qui « fabriquent » ? Il n’est pas inutile de rappeler qu’aujourd’hui
que Lenovo – 3e fabricant mondial d’ordinateurs personnels – est une entreprise
chinoise et que Tata Motors – 4e constructeur automobile mondial – est un groupe
indien.

Nous voulons choisir la coopération plutôt que la concurrence. Il faut bâtir une Europe
de paix et de progrès social et non une simple zone de libre échange. C’est pourquoi
nous devons rendre sa finalité première à la construction européenne, celle d’un
ensemble intégré à l’intérieur de ses frontières et protégé vis-à-vis de l’extérieur. Nous
devons mettre en œuvre les mesures qui permettent de rééquilibrer les échanges :
• Activer le tarif extérieur commun au niveau européen
La stratégie économique européenne doit s’inscrire dans le cadre de la préférence
communautaire, défendue par les pères fondateurs de l’Europe. Il définit les principes
d’une politique tarifaire de nature à défendre les industries et les emplois européens
dès lors qu’ils sont menacés par une concurrence déloyale. Le tarif extérieur commun,
inscrit dans le traité de Rome, doit être activé pour lutter contre le dumping social et
environnemental.
• Baisser les taux européens
S’il nous a protégés, dans un premier temps, de la flambée des cours de l’énergie,
l’euro fort pénalise les exportations européennes et encourage une concurrence
déloyale sur le marché intérieur en favorisant l’entrée de produits fabriqués à bas
coûts. L’euro surévalué pousse nombre d’entreprises à délocaliser. Alors que le taux de
change d’équilibre entre l’euro et le dollar se situe aux environs de 1 euro = 1,2 dollar,
l'euro vaut désormais aux alentours de 1,45 dollars. Il faut donc ajuster à la baisse